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Le marché immobilier a la cote dans le métavers

Une femme portant un casque de réalité virtuelle pointe le ciel, devant un écran vert.

Le concept de métavers est un univers parallèle accessible par le biais d'un casque de réalité virtuelle, par exemple.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Agence France-Presse

Dépenser des millions pour des terrains virtuels peut sembler saugrenu, mais l'enthousiasme pour les univers parallèles pousse des personnes et des organisations à miser gros sur l'immobilier numérique.

Cette semaine, l'entreprise Republic Realm, basée à New York, a annoncé avoir dépensé la somme record de 4,3 millions de dollars américains (5,4 millions de dollars canadiens) pour l'achat d'un terrain sur The Sandbox, une plateforme donnant accès à un monde virtuel où les personnes participantes peuvent discuter, jouer et même assister à des concerts.

Sur le site concurrent Decentraland, la société canadienne Tokens.com, spécialisée dans les cryptomonnaies, avait déboursé 2,4 millions de dollars américains (3 millions de dollars canadiens) en novembre pour un achat immobilier.

Quelques jours auparavant, la Barbade, un petit pays des Caraïbes, avait dit vouloir établir une ambassade dans le métavers, ce réseau d'espaces virtuels interconnectés, parfois décrit comme l'avenir d'Internet.

Métavers, un mot qui marque 2021

L'intérêt pour le métavers (contraction de méta et univers) a grimpé en flèche depuis octobre, après la décision de Facebook de faire de cette idée son nouveau projet d'entreprise, le groupe allant jusqu'à renommer sa maison mère Meta.

Un homme agite les mains en présentant un logo et un nouveau nom d'entreprise.

Mark Zuckerberg a dévoilé le nouveau nom de son entreprise en octobre dernier.

Photo : Facebook

Ce tournant stratégique a fait découvrir le terme à des millions de gens bien plus rapidement que j'aurais pu l'imaginer, reconnaît Cathy Hackl, consultante en technologie pour des entreprises souhaitant entrer dans le métavers.

Selon la base de données sur les cryptomonnaies Dapp, plus de 100 millions de dollars américains (126,5 millions de dollars canadiens) ont été dépensés la semaine passée pour des achats immobiliers sur les quatre principaux sites du métavers que sont The Sandbox, Decentraland, CryptoVoxels et Somnium Space.

Pour Mme Hackl, l'explosion du marché, qui fait interagir propriétaires, locataires et responsables de développement foncier, n'est pas une surprise.

On essaye de traduire dans le monde virtuel ce qu'on sait faire avec les biens physiques, indique-t-elle à l'AFP.

S'il faudra du temps avant que ces sites ne soient de vrais métavers, permettant aux internautes d'explorer des mondes parallèles par le biais de casques de réalité virtuelle, les terrains numériques fonctionnent déjà comme des actifs financiers, à l'instar de biens fonciers, explique Mme Hackl.

On peut construire dessus, les louer ou les vendre, affirme-t-elle.

Tokens.com a acquis une parcelle de choix sur Decentraland dans le quartier de Fashion Street (rue de la Mode), que la plateforme veut transformer en destination pour les magasins virtuels des groupes de luxe.

Un homme portant un casque de réalité viruelle regarde l'intérieur du Château de Versailles.

Des lieux réels pourraient être visités virtuellement par des internautes dans le métavers. Ici, une image de VersaillesVR, une visite virtuelle du château de Versailles, en France.

Photo : Capture d'écran YouTube

Si je n'avais pas fait de recherches et compris qu'il s'agit de propriétés de grande valeur, ça paraîtrait complètement fou, admet le patron de Tokens.com, Andrew Kiguel.

M. Kiguel a travaillé pendant 20 ans comme banquier d'investissement dans le secteur de l'immobilier. Selon lui, les terrains virtuels représentent une chance semblable aux biens du monde réel : ils se situent dans un quartier en vogue très fréquenté.

Ce sont des lieux pour la publicité et les événements où les gens vont se rassembler, explique-t-il, mentionnant un récent festival musical qui a attiré quelque 50 000 personnes sur Decentraland.

Des objets de mode virtuels vendus au gros prix

Les marques de luxe s'aventurent déjà dans le métavers : un sac à main Gucci s'est vendu sur la plateforme Roblox plus cher que sa version physique. M. Kiguel espère que la Fashion Street deviendra l'équivalent de la 5e Avenue à New York.

Quant à savoir comment dégager des revenus, ça peut être aussi simple que de posséder un panneau publicitaire ou aussi complexe que d'avoir une boutique avec une vraie personne salariée, explique-t-il.

On pourrait rentrer avec son avatar, regarder des modèles en 3D d'une chaussure qu'on pourrait tenir entre ses mains et poser des questions, ajoute-t-il.

Dès 2006, une promotrice immobilière avait fait parler d'elle après avoir vendu un terrain pour 1 million de dollars américains (1,27 million de dollars canadiens) dans le monde virtuel Second Life, site précurseur du métavers.

Second Life est toujours en activité, mais les adeptes de ses plateformes rivales plus récentes soulignent une différence majeure.

Sur Decentraland, tous les achats, qu'il s'agisse d'immobilier ou d'œuvres d'art virtuelles, se font par le biais de jetons non fongibles (JNF, ou non-fungible token, NFT, en anglais).

Des internautes ont dépensé des dizaines de milliers de dollars pour ces objets numériques, le concept suscitant à la fois enthousiasme et scepticisme.

Le métavers propulsé par la chaîne de blocs

M. Kiguel pense que la propriété numérique va devenir courante dans les prochaines années grâce à la technologie de la chaîne de blocs (blockchain), qui garantit la sécurité et la transparence des transactions.

Je peux voir l'historique des propriétaires, ce que ça a coûté et comment c'est passé d'une personne à une autre, détaille-t-il.

L'investissement comporte toutefois des risques, à commencer par la volatilité des cryptomonnaies utilisées pour acheter les JNF.

Par ailleurs, si les concerts virtuels sur Roblox ou Fortnite ont attiré des dizaines de millions de personnes, la rareté des données sur le métavers suggère que la fréquentation de sites comme Decentraland est loin derrière celle de réseaux sociaux établis comme Facebook ou Instagram.

La valeur des investissements immobiliers dans le métavers dépendra du nombre de personnes se rendant sur ces plateformes.

Je sais que ça a l'air un peu absurde, reconnaît M. Kiguel. Mais il y a une vision derrière tout ça.

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