•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les double vaccinés ont-ils besoin d’une dose de rappel s’ils ont déjà été infectés?

Au Canada, le Québec fait bande à part dans ses recommandations concernant les personnes ayant déjà été infectées par le virus.

Une personne injecte un vaccin.

Une personne reçoit une dose du vaccin contre la COVID-19.

Photo :  CBC / Evan Mitsui

En raison de l'arrivée au pays du variant Omicron, le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) du Canada a récemment recommandé aux provinces d'offrir une dose de rappel à tous les Canadiens de 18 ans et plus qui ont reçu leur deuxième dose depuis au moins six mois, qu'ils aient été infectés ou non par le passé.

C'est que le CCNI ne considère pas qu’une infection est l’équivalent d’une dose du vaccin, contrairement à son équivalent québécois. Ainsi, estime-t-il, une personne ayant déjà été infectée devrait recevoir la série complète de vaccins contre la COVID-19, y compris la dose de rappel.

Rappelons que la compagnie Pfizer-BioNTech a indiqué cette semaine que deux doses ne semblent pas être suffisantes pour neutraliser le variant Omicron. Le vaccin ne protège pas pour la vie, et Omicron nous le rappelle, dit le Dr André Veillette, immunologiste à l'Institut de recherches cliniques de Montréal.

De plus, une étude préliminaire de l’Afrique du Sud (Nouvelle fenêtre) montre que les personnes qui ont été infectées dans le passé ont plus de risques de réinfection avec le variant Omicron qu’avec le variant Delta.

Le CCNI précise toutefois qu’on ne connaît pas actuellement le degré d'innocuité et d'efficacité réelle d'une troisième dose chez les personnes qui ont déjà été infectées par le SRAS-CoV-2 et qu’il continue de surveiller les données à ce sujet.

Des recommandations différentes au Québec

Tandis que toutes les provinces au pays appliquent ce que recommande le CCNI, le Québec a des recommandations différentes pour les personnes qui ont été infectées par la COVID-19.

Au Québec, on ne recommande ni la deuxième dose ni la dose de rappel pour les personnes qui ont déjà été infectées. En fait, le gouvernement (Nouvelle fenêtre) estime qu’une seule dose est suffisante pour les personnes qui ont eu la COVID-19.

Le Comité sur l'immunisation du Québec (CIQ) considère (Nouvelle fenêtre) qu’une infection au SRAS-CoV-2 procure une protection robuste contre la COVID-19 et que cette protection pourrait être plus durable que celle que procure une dose.

Il apparaît dès lors qu’une dose de rappel chez une personne ayant déjà reçu deux doses de vaccin et ayant fait une infection confirmée est peu utile, quelle qu’ait été la séquence de l’infection et des deux vaccinations, peut-on lire dans un document de l’INSPQ (Nouvelle fenêtre) du 1er novembre dernier.

La vaccination des personnes déjà infectées augmente la protection, mais le Comité sur l'immunisation du Québec estime que le bénéfice de doses supplémentaires est modeste.

On considère que deux doses avec une infection, c’est bien protégé. Les bénéfices [d’une troisième dose] sont plus grands pour ceux qui n’ont pas été infectés, dit la Dre Caroline Quach, pédiatre microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine et présidente du Comité sur l'immunisation du Québec.

Des études, comme celle-ci de la Suède (Nouvelle fenêtre), montrent qu’une dose du vaccin après une infection offre déjà un niveau d’immunité élevé. Il faut noter que cette étude ne tient pas compte du variant Omicron.

Toutefois, tout Québécois qui a été infecté peut demander une deuxième dose et même une dose de rappel.

La [deuxième dose ou la] dose de rappel pourrait être donnée si la personne désire toujours la recevoir après avoir donné un consentement éclairé et avoir reçu toutes les informations utiles pour sa prise de décision, confirme le MSSS.

La Dre Quach précise qu'une personne infectée très tôt pendant la pandémie pourrait considérer une dose de rappel, puisque son niveau d'immunité a probablement diminué (comme c'est le cas avec l'immunité conférée par le vaccin).

Si vous avez été infecté en mars 2020, il y aurait un avantage à aller chercher la troisième dose, dit la Dre Quach. De plus, avec l’arrivée du variant Omicron, une dose de rappel offrirait une couche supplémentaire de protection, ajoute-t-elle.

D'autres pourraient désirer une dose de rappel pour satisfaire à une exigence du pays où ils entendent se rendre (certains pays ont annoncé qu'ils exigeront une dose de rappel aux voyageurs).

La Dre Quach rappelle que la dose de rappel ne cause pas plus d’effets secondaires que les deux premières doses. En fait, en Israël [qui a été l’un des premiers pays à offrir une troisième dose], les cas de myocardites sont moins élevés, dit-elle.

Par contre, la dose de rappel n’est pas du tout recommandée chez les Québécois de 70 ans et plus qui ont été infectés. Cette recommandation survient après que plusieurs aînés en RPA et en CHSLD, infectés par le passé et qui ont reçu une dose de rappel, ont subi des effets secondaires sévères.

Cependant, il faut noter que ces personnes ont reçu une dose de 100 mg du vaccin de Moderna. Or, quelques jours après les faits, l'Agence américaine des médicaments (FAD) recommandait d'administrer une dose de 50 mg. La forte dose administrée à ces aînés a probablement contribué aux réactions plus sévères, croit le Dr Veillette.

Les personnes immunodéprimées ou dialysées – qu'elles aient été infectées ou non – devraient sinon recevoir trois doses, sauf celles âgées de 5 à 11 ans qui recevront deux doses, indique par ailleurs le CIQ.

Une infection équivaut-elle à une dose?

Selon André Veillette, il vaudrait mieux offrir la dose de rappel à toutes les personnes qui ont déjà été infectées. C’est très variable, la protection que l'infection donne. Ça varie avec la sévérité, le moment de l'infection, dit-il, en ajoutant que l’immunité naturelle acquise après une infection n’est pas nécessairement la même d'une personne à l’autre.

D’ailleurs, aux États-Unis, où l'on offre une dose de rappel à tous ceux qui ont 18 ans et plus, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (Nouvelle fenêtre) (CDC) indiquent que les personnes atteintes d'une infection symptomatique au SRAS-CoV-2 ont tendance à avoir un niveau d’anticorps plus élevé que les personnes asymptomatiques.

De plus, les personnes hospitalisées ont tendance à avoir davantage d’anticorps que les personnes qui n’ont pas été hospitalisées. Une étude de l’Université Yale (Nouvelle fenêtre) montre par ailleurs que le niveau d'anticorps augmente en fonction de la sévérité de l'infection.

Les CDC ajoutent que des études ont démontré qu’une personne infectée par la souche originale du SRAS-CoV-2 possède moins d’anticorps qui peuvent neutraliser certaines nouveaux variants. Par exemple, selon cette étude de l’Université de l’Oregon, (Nouvelle fenêtre) environ 43 % des personnes guéries n'avaient pas d'anticorps neutralisants détectables – le type nécessaire pour prévenir la réinfection.

Pour ces raisons, les CDC estiment que les vaccins offrent une protection plus fiable que celle conférée par une infection.

Tout comme la Dre Quach, le Dr Veillette s’inquiète aussi de la baisse de l'immunité chez les gens infectés au tout début de la pandémie.

Les CDC notent que l'immunité induite par l'infection ou par le vaccin dure au moins six mois, mais que l'administration de doses supplémentaires permet d'augmenter le niveau d’immunité (Nouvelle fenêtre) chez une personne auparavant infectée.

Enfin, souligne le Dr Veillette, il est très possible qu’une personne allant chercher sa dose de rappel ne sache même pas qu’elle a été infectée, parce qu’elle aurait été asymptomatique. Or, il n’y aucun moyen de vérifier si chaque individu a bel et bien été infecté ou encore si son niveau d’immunité est suffisamment élevé.

Pour ces raisons, André Veillette croit que les provinces devraient prendre l’avis du CCNI sur les doses de rappel et l'offrir à tous les Canadiens, qu'ils aient été infectés ou non.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !