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Quand toute la vie passait par les téléphonistes

Du téléphone à cornet où Séraphin Poudrier hurlait en parlant au premier ministre jusqu’au téléphone cellulaire, l’histoire de la téléphonie a progressé très vite. Jusqu’au début des années 1960, les téléphonistes étaient capitaines des communications.

Des téléphonistes matanaises en 1962

Avec leur système de clés et de fiches, ces femmes mettaient les abonnés en contact.

Photo : Archives Société d'histoire et de généalogie de Matane- Fonds La Voix gaspésienne

À Matane, nombre de jeunes femmes ont pratiqué ce métier, profitant de cette opportunité d’émancipation.

La Société d’histoire et de généalogie (SHGM) de Matane leur rend hommage dans le tout nouveau numéro de la revue Au pays de Matane.

La vie sociale, économique et même politique… tous les appels passaient par les consoles des téléphonistes, ou opératrices comme on le disait à l’époque.

Avec leur système de clés et de fiches, ces femmes mettaient les abonnés en contact.

L’opératrice doit avoir une belle personnalité, rapporte-t-on dans l'article. L’amabilité, la courtoisie et l’efficacité étaient les principales qualités recherchées par l’employeur.

Le tact et la discrétion étaient aussi de mise. Je me souviens à quel point le système était ouvert en ce qui concerne la sécurité, mentionne une de ces anciennes travailleuses, Rollande Imbeault Ruston.

« [Techniquement, nous aurions pu] écouter n’importe quelle conversation. Nous n’avions pas prêté serment, mais nous savions que c’était à nous de garder ces secrets. »

— Une citation de  Rollande Imbeault Ruston, ex-téléphoniste

Au début des années 1950, les téléphonistes gagnaient 50 cents l’heure en commençant et jusqu’à 1 $ l’heure. Nous ne devions pas être bilingues, mais nous devions passer un test d’écriture et de géographie, se rappelle une autre ex-opératrice, Burniss Perry.

Une jeune femme avec un casque d'écoute et une console de travail.

Burniss Perry avait 17 ans quand elle a commencé comme téléphoniste.

Photo : collection Burniss Perry

Des jeunes femmes à l’avant-garde

L’auteur de l’article, Romain Pelletier, estime qu’il était important de leur rendre hommage. Elles ont perdu leur emploi du jour au lendemain en 1962, avec l'avènement de la téléphonie automatique, précise-t-il. 

L'ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Voix gaspésienne a pu reconstituer l'histoire de la téléphonie de Matane en fouillant dans les archives du journal.

« Dans les heures d'affluence, c’est un bourdonnement incessant, des lumières qui s’allument et s'éteignent (pas longtemps), des fiches qu’on pose et enlève, et cela sans moment de répit. On a calculé que l'opératrice pouvait répondre à plus de 1200 appels à l'heure. »

— Une citation de  Extrait du journal La Voix gaspésienne
Rose-Claire Rivard et Anita Gauthier dans les années 1958-1960.

Rose-Claire Rivard et Anita Gauthier dans les années 1958-1960

Photo : Collection Jeannine Harrison

Romain Pelletier situe le contexte dans lequel elles évoluaient.

« Il n'y avait pas tellement de possibilités d'emploi pour de jeunes femmes. Le métier leur donnait accès à une certaine modernité, la possibilité de sortir, d’être indépendantes. »

— Une citation de  Romain Pelletier, auteur
L'immeuble de la Compagnie de Téléphone Nationale, sur la rue Saint-Pierre à Matane, en 1931.

L'immeuble de la Compagnie de Téléphone Nationale, sur la rue Saint-Pierre à Matane, en 1931

Photo : Archives SHGM- Studio Victor Sirois

Que de bons souvenirs

Burniss Perry avait 17 ans quand elle a commencé à travailler pour Québec Téléphone. Elle ne garde que de bons souvenirs de cette époque.

L'atmosphère était tellement agréable! On a eu de beaux moments, raconte-t-elle, des fous rires. Des fois, on avait besoin de lâcher notre fou parce que notre travail exigeait de la concentration. On fêtait toujours les anniversaires et là, ça tournait en partys de filles. Dans ce temps-là, on allait danser au Club Mantane. 

Retrouvailles des ex-téléphonistes en 1983

Retrouvailles des ex-téléphonistes en 1983

Photo : Collection Burniss Perry

Les téléphonistes recevaient parfois des invitations de la part d’abonnés pour aller danser. Des fois on acceptait, quand la voix nous plaisait, se souvient-elle. Mais avec notre métier, on avait vite compris que la voix et le physique ne correspondaient pas toujours. Comme on n’avait aucune idée du garçon à l’autre bout, on avait développé un truc. De part et d’autre, nous donnions une description vestimentaire pour se reconnaître.

On lui disait par exemple, je vais porter une blouse blanche et une jupe noire, poursuit-elle. Pour arriver au club, on n’était pas habillées comme on avait dit. On attendait de voir si le garçon était à notre goût et si oui, on allait aux toilettes enfiler la tenue qu’il s’attendait de voir, se remémore-t-elle en riant.

Burniss Perry(à gauche) en compagnie de quelques-unes de ses anciennes collègues téléphonistes et de Romain Pelletier (derrière) qui signe l'article dans la revue Au pays de Matane.

Burniss Perry (à gauche) en compagnie de quelques-unes de ses anciennes collègues téléphonistes et de Romain Pelletier, au lancement du 112e numéro de la revue Au pays de Matane

Photo : Radio-Canada / Brigitte Dubé

Le métier de téléphoniste était aussi délicat. C’était un peu le 911 du temps. Des fois, on sentait le désarroi dans la voix des gens et on prenait l’initiative de leur envoyer de l’aide, ajoute Mme Perry. On était invisibles, mais on était là pour les gens.

Plusieurs téléphonistes de Matane ont gardé contact et se voient encore tous les deux mois, en souvenir du bon vieux temps.

La directrice de la revue d’histoire, France Bernier, se réjouit de ce travail de recherche sur un sujet qui n’avait jamais été traité. 

Elle mentionne qu’un autre texte de la revue Au pays de Matane parle de l’artiste et ancien professeur du Cégep de Matane Delphis Bélanger. Aujourd’hui décédé, il s’est impliqué dans diverses sphères du développement de la ville de Matane.

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