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La dernière génération de mineurs de charbon dans les Rocheuses?

Troy Cook dans le bureau du syndicat des mineurs.

Troy Cook a grandi à Fernie, à 20 minutes de route de Sparwood. Dans son école, presque tous les pères de famille travaillaient dans les mines.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Plus de 80 % du charbon métallurgique exporté par le Canada provient de la vallée Elk, située en Colombie-Britannique, à une soixantaine de kilomètres de la frontière albertaine. Ces mines sont vitales pour l'économie locale, mais la technologie et la pression environnementale pourraient sonner le glas de cette industrie.

Dans la famille de Troy Cook, on est mineur depuis quatre générations. Son arrière-grand-père creusait la roche sous terre en Tchécoslovaquie.

Troy Cook travaille pour la mine Elkview, à Sparwood, depuis 34 ans. Le charbon est dans son ADN. Je suis fier d’être un mineur de charbon. J’ai eu une belle vie, dit-il.

Après toutes ces années à extraire du charbon métallurgique, servant à fabriquer de l'acier, Troy Cool souffre tout de même de maux de dos et de problèmes auditifs.

Depuis 2000, il s’est éloigné de la frénésie des carrières à ciel ouvert pour s’engager pleinement au sein de la section locale 9346 du syndicat des Métallos, qui représente près de 800 travailleurs. J’aime aider les gens. Plus jeune, je voulais être un artiste, mais il faut payer les factures, vous savez!

Troy Cook n'est pas optimiste en qui concerne l'avenir, notamment à cause de l’automatisation des procédés. Son employeur, Teck Resources, remplace des chauffeurs de camion par des camions autopilotés.

Certaines fosses ouvertes sont déjà totalement automatisées, explique-t-il. Beaucoup de travailleurs sont inquiets, surtout les nouvelles recrues qui ne feront clairement pas toute leur carrière à la mine.

Troy Cook, qui est dans la cinquantaine, pense qu'il fait partie de la dernière génération de mineurs dans la région.

Un camion vert dans la ville de Sparwood.

Les rues de Sparwood sont remplies de référence à l'importance des mines pour la ville. À l'entrée, un camion vert ayant autrefois oeuvré dans une mine.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Un géant mondial

Teck Resources est le deuxième exportateur mondial de charbon métallurgique, élément essentiel à la fabrication d’acier utilisé ensuite pour construire des usines, des éoliennes, des autobus, des vélos et même des ustensiles de cuisine.

Le charbon extrait des Rocheuses est acheminé par train aux terminaux portuaires de Vancouver. La roche noire est chargée dans des bateaux en direction de l’Asie. Sur les 5,9 millions de tonnes de charbon métallurgique vendues par l'entreprise au troisième trimestre 2021, 32 % se dirigeaient vers la Chine.

La mine Elkview contrôlée par l'entreprise Teck Resources vue du ciel.

L'entreprise Teck refuse l'accès aux médias sur ses exploitations minières. Les images sont rares. Ce cliché date d'août 2020.

Photo : David McIntyre

En raison de la forte demande de matières premières, le prix du charbon s’envole en 2021. Teck Resources a enregistré un bénéfice ajusté record d'un milliard de dollars à la fin de son troisième trimestre, soit 7 fois celui de 2020.

Le grand patron de la région

Avec quatre mines à ciel ouvert dans la Vallée Elk, l'entreprise emploie près de 5000 personnes, soit plus que le nombre d'habitants à Sparwood qui était de 3490, selon le dernier recensement. Certains viennent d'Alberta et du Québec pour y faire leur vie.

Je ne sais pas ce que je ferais sans ce travail, dit Frank Roesger, opérateur de tracteur à Elkview, âgé de 50 ans et fils de mineur. C’est très important pour la région. Les mines permettent de faire vivre beaucoup de familles et d’entreprises.

La moitié du budget municipal dépend de l'exploitation minière. Grâce à leur participation à l’assiette fiscale, la Ville peut offrir des routes en bon état et des installations de loisirs pour les familles, ajoute David Wilks, le maire de Sparwood.

Le maire de Sparwood, David Wilks, assis dans la salle de son conseil municipal.

Selon le maire de Sparwood, les mines de charbon sont une bénédiction. Chaque employé gagne au moins 100 000 dollars par an.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Sans les mines, les impôts résidentiels seraient nettement plus élevés. Il faudrait y ajouter 3,3 millions de dollars, c'est énorme, explique David Wilks, persuadé qu’il ne sera plus de ce monde au moment de la fermeture des cratères.

L'innovation menaçante

Même si certaines mines de la vallée Elk renferment assez de charbon pour rester actives encore 30 ans, certains experts prédisent une fin anticipée au secteur.

Traditionnellement, la transformation se fait dans un haut fourneau où le charbon métallurgique est fondu, à 1500 degrés Celsius, avant d'être converti en acier. Les sidérurgistes chinois et indiens fonctionnent toujours ainsi.

À cause de ce procédé, la sidérurgie est l'industrie lourde la plus polluante en termes d'émissions de CO2, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Une innovation retient toutes les attentions et, contrairement, à ce que pensent les mineurs, ce n'est pas l'hydrogène. Il existe des procédés de rechange très efficaces qui produisent 30 fois moins de gaz à effet de serre, par exemple le recyclage de ferraille brûlée dans un four à arc électrique, explique Seth Feaster, expert à l'Institut d'économie de l'énergie et d'analyse financière.

Ces fours [à arc électrique] produisent plus d’acier avec beaucoup moins de charbon, résume Colton Vessey, doctorant de l’Université de l’Alberta en géochimie.

Un four à arc électrique dans une usine de l'État de l'Indiana, aux États-Unis.

Un four à arc électrique est utilisé dans la production d'acier pour fondre des ferrailles d'acier. Utilisant majoritairement de l'énergie électrique, il réduit les émissions et les risques.

Photo : Getty Images / Scott Olson

Si la Chine change de cap

Aux États-Unis, 70 % de l'acier utilise déjà cette méthode, explique Seth Feaster. Si la Chine, LE plus important client de l'industrie, impose l'utilisation de ce procédé pour diminuer son empreinte carbone, les mines de charbon de Teck Resources pourraient devenir obsolètes d'ici 10 à 15 ans, croit-il.

La pression des marchés financiers pourrait aussi faire baisser la production de charbon métallurgique au Canada. L’industrie est fortement encouragée à s’orienter vers des ressources énergétiques plus vertes, dit Colton Vessey.

Une roche de charbon.

Sur les 60 millions de tonnes de charbon produites au Canada chaque année, presque la moitié est du charbon métallurgique, aussi appelé charbon à coke ou charbon sidérurgique.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Teck Resources devrait même profiter du prix actuel élevé du charbon métallurgique pour vendre ses mines à une autre entreprise et se concentrer sur l’extraction de cuivre, qui devrait augmenter à l’avenir, selon Seth Feaster.

À long terme, surtout au Canada, les investisseurs seront beaucoup plus sensibles à l'impact climatique de leurs investissements, explique-t-il.

En attendant que l’innovation et les politiques écologiques mettent fin à l’industrie, le maire de Sparwood, David Wilks, espère que ses successeurs sauront convertir la vallée Elk en une destination touristique. À condition que les exploitants des mines remettent en état la nature exploitée depuis plus de 100 ans.

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