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Édifice contaminé à Kemptville : la GRC refuse de divulguer un nouveau rapport

Le sous-sol de l'ancien Centre de formation de la GRC à Kemptville couvert d'eau.

Le sous-sol de l'ancien Centre de formation de la GRC à Kemptville.

Photo : Photo GRC

Une firme externe, embauchée par la Gendarmerie royale du Canada, a produit un rapport sur les dangers associés à l’ancien Centre de formation de la Gendarmerie royale du Canada à Kemptville, au sud d’Ottawa.

Mais la Gendarmerie royale du Canada refuse de le rendre public pour l'instant.

La police fédérale a lancé un processus d'examen de l'ancien édifice en réaction à un reportage de Radio-Canada, publié il y a deux ans presque jour pour jour.

Ce reportage avait révélé la forte présence de nombreux produits toxiques dans l'ancien édifice que la Gendarmerie royale du Canada a occupé de 1988 à 2006.

Un édifice blanc avec plusieurs fenêtres sur un terrain légèrement enneigé

L’ancien Centre de formation était situé au 270 route rurale 44 à Kemptville. L’édifice a été démoli en 2007. (archives)

Photo : Radio-Canada

L'enquête de Radio-Canada avait permis d'identifier au moins six membres de la Gendarmerie royale du Canada qui sont morts prématurément de maladies neurologiques ou de cancers et qui avaient tous séjourné au Centre de Kemptville.

BluMetric Environmental

C'est la compagnie BluMetric Environmental Inc., dont le siège social est à Ottawa, qui a produit le récent rapport sur l'édifice de Kemptville.

Le consultant avait pour tâche notamment d'effectuer une analyse minutieuse des dangers présents sur le site et quantifier tout risque potentiel d'expositions passées, a écrit Gail Johnson, dirigeante principale des ressources humaines de la GRC dans une mise à jour publiée le 1er décembre 2021 sur le site web de la police fédérale.

Moisissure sur le mur de l'entrée vers l'atelier et le gymnase de l'ancien Centre de formation de la GRC à Kemptville

De la moisissure est visible sur le mur de l'entrée vers l'atelier et le gymnase de l'ancien Centre de formation de la GRC à Kemptville.

Photo : Photo GRC

À la suite de la publication de cette note, Radio-Canada a demandé à la Gendarmerie royale du Canada le nom du consultant et une copie du rapport. Si la Gendarmerie royale du Canada a accepté d'identifier la compagnie, elle a refusé de communiquer le rapport, affirmant que le processus n'est pas terminé.

Dans sa mise à jour récente, Mme Johnson a écrit : Nous consultons actuellement Santé Canada, en tant qu'autorité de service public pour la santé au travail, sur le rapport produit par le consultant. Nous consulterons ensuite nos intervenants internes, tels que nos comités nationaux d'orientation en matière de santé et de sécurité.

Dans sa note, elle ne donne pas d’échéancier précis.

Tellement en colère

Encore des délais, a réagi Brian en lisant la mise à jour de la Gendarmerie royale du Canada. Nous avons accepté de taire son nom de famille en raison de la nature de son travail. Cet ancien membre de l'escouade Spéciale I de la GRC a été formé dans l'édifice de Kemptville en 2004 et en 2005.

Des personnes dont le visage est brouillé sont dans un couloir. L'un d'entre eux est sur un escabeau et tient des câbles sortant du plafond.

Le Centre de Kemptville a surtout servi d’école pour les membres de l’escouade Spéciale I, chargée d’installer de l’équipement électronique lors d’opérations d’infiltration.

Photo : Gracieuseté

Il n'en revient pas que la GRC étudie toujours la situation, deux ans après les révélations de Radio-Canada.

Durant des années, Brian a souffert de fatigue chronique et de problèmes de sinus après son passage à Kemptville.

Un autre membre de l'escouade Spéciale I, Mike, aurait aussi souhaité des résultats plus concrets. Mike, un nom fictif, est le policier qui a dénoncé publiquement, il y a deux ans, la situation dans l'ancien édifice de Kemptville.

Un homme anonyme, de dos, devant le terrain de la GRC

« Mike » en 2019, sur les lieux où se trouvait auparavant le Centre de formation de la GRC à Kemptville, Ontario.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Il a failli mourir en 2010 d'une maladie infectieuse causée par un champignon. Son médecin a établi un lien direct entre sa maladie et les conditions de son environnement de travail à Kemptville. Aujourd'hui encore, Mike souffre de problèmes pulmonaires importants.

Je suis tellement en colère pour le manque de validation et de reconnaissance de ce à quoi nous avons été exposés pendant toutes ces années, affirme Mike. L’année dernière, un rapport médical a reconnu chez Mike un trouble de stress post-traumatique attribuable en partie au long combat qu’il a mené dans ce dossier.

C’est grâce à des demandes d’accès à l’information que Mike a découvert des rapports d'inspection de 1997 à 2007 qui révélaient la présence notamment d'amiante, de silice, de moisissures toxiques et de plomb dans l'eau de l’édifice de Kemptville.

Si Mike se réjouit que la direction actuelle de la Gendarmerie royale du Canada reconnaisse les problèmes associés à Kemptville, il espère que les prochaines étapes seront plus rapides.

Mike et Brian voudraient que la Gendarmerie royale du Canada établisse une liste des maladies qui pourraient avoir été causées par les contaminants détectés à Kemptville et qu'elle identifie des professionnels de la santé capables de les soigner. Jusqu'à maintenant, les agents ont été laissés à eux-mêmes.

D'autres agences à Kemptville

Au fil des ans, le Centre de formation de Kemptville a aussi accueilli d'autres équipes de la Gendarmerie royale du Canada, des membres du Service canadien du renseignement de sécurité et de la Défense nationale, ainsi que des corps policiers comme la Force constabulaire royale de Terre-Neuve.

Des agents de la Gendarmerie royale du Canada se souviennent aussi d’y avoir côtoyé des agents de forces de sécurité étrangères, notamment des États-Unis. La Gendarmerie royale du Canada n’a pas voulu dire si elle avait informé ces agences de l’exposition possible à des produits toxiques.

Lors de la crise du verglas, en 1998, le Centre a aussi hébergé, durant des semaines, des militaires, des travailleurs des services d'urgence et des membres de la communauté.

Avant d'être utilisé par la Gendarmerie royale du Canada, l'édifice a aussi servi de résidence pour les étudiants du Kemptville Agricultural College, au début des années 80.

Brigitte Bureau

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