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Analyse

Quels défis attendent le nouveau chancelier allemand, Olaf Scholz?

Gestion de la pandémie de COVID-19, lutte contre les changements climatiques, diplomatie : de nombreux dossiers chauds attendent le nouveau chancelier, qui prend les rênes de l’Allemagne aujourd’hui.

Portrait d'Olaf Scholz.

Olaf Scholz devient chancelier de l'Allemagne, succédant à Angela Merkel.

Photo : Getty Images / Sean Gallup

« C’est important de rappeler que la pandémie est loin d’être terminée », a tenu à lancer Olaf Scholz lors d’une conférence de presse, lundi.

Le dirigeant social-démocrate en profitait justement pour annoncer que Karl Lauterbach, un élu de son parti qui est aussi épidémiologiste, allait occuper la fonction clé de ministre de la Santé dans le nouveau gouvernement.

Depuis quelques semaines, la quatrième vague déferle sur l’Allemagne, avec plusieurs dizaines de milliers de nouveaux cas d’infection enregistrés chaque jour. Le pays le plus populeux d’Europe déplore plus de 100 000 morts depuis le début de la pandémie.

Vu le taux d’occupation dans les urgences, des patients sont transportés de certaines régions, comme la Bavière, pour être traités ailleurs dans le pays.

Pour éviter la propagation du virus, certains marchés de Noël, qui sont des incontournables dans le pays en décembre, ont été contraints de fermer.

Étant donné ce contexte, la gestion de la pandémie est sans contredit le premier défi que devront affronter le nouveau chancelier et les membres de son gouvernement.

Dans ce pays décentralisé, où chaque région (land) dispose d’importants pouvoirs, développer une stratégie nationale comporte son lot de difficultés.

Olaf Scholz ne cache pas sa volonté de multiplier les efforts pour assurer une couverture vaccinale plus large. Pour l’instant, environ 70 % des Allemands sont adéquatement vaccinés, ce qui place le pays derrière d’autres nations européennes comme la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal.

Deux employés d'un centre de vaccination sont de dos. Ils font face à une porte sur laquelle est affiché un pictogramme représentant une seringue piquant un virus.

Centre de vaccination contre la COVID-19 à Duisburg, en Allemagne, le 12 octobre 2021.

Photo : Associated Press / Martin Meissner

Avant de devenir chancelier, Olaf Scholz s’est dit favorable à l’idée d’imposer la vaccination, à l’instar de ce qu’a annoncé le gouvernement de l’Autriche voisine. Le Parlement allemand devra se prononcer sur un projet de loi allant dans cette direction d’ici la fin de l’année.

Le nouveau chancelier devra contrer des oppositions, explique Alexandre Robinet Borgomano, responsable du programme Allemagne à l’Institut Montaigne.

Selon l’expert, l’opposition au vaccin se constate chez les sympathisants de diverses formations politiques, notamment à l’extrême droite, mais aussi chez certains écologistes, dont la formation fait partie de la coalition gouvernementale. Il ajoute que certains libéraux, également partenaires de coalition, pourraient se montrer critiques d’une imposition vaccinale qui pourrait aller à l’encontre de la défense des libertés.

Bien qu’elle ne s’annonce pas de tout repos, la gestion de cette crise pourrait profiter au nouveau dirigeant, croit Alexandre Robinet Borgomano, surtout en raison des importantes critiques formulées à l’endroit du gouvernement sortant dans ce dossier.

« S’il arrive dans les mois qui viennent à augmenter massivement le nombre de vaccinations et à casser la chaîne de contamination, on pourra considérer qu’il est un bon leader. »

— Une citation de  Alexandre Robinet Borgomano, de l’Institut Montaigne

Un virage vert

Si la gestion de la pandémie s’impose en ce début de mandat, le gouvernement devra rapidement poser des gestes dans un autre dossier majeur.

Pendant la campagne électorale cet automne, un enjeu revenait quand on demandait aux électeurs allemands quelle était leur priorité : l’environnement et la lutte contre les changements climatiques.

De la fumée s'échappe des grandes cheminées de la centrale.

La centrale thermique de Niederhaussem, en Rhénanie du Nord, fonctionne au lignite, un charbon très polluant.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

En formant une coalition avec les libéraux, mais surtout les verts, les sociaux-démocrates d’Olaf Scholz se sont engagés à agir de manière ambitieuse dans ce dossier.

Or, la tâche s’annonce majeure.

Au sein de l’Union européenne, l’Allemagne demeure le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre.

L’accord de coalition indique que, pour renverser la tendance, le gouvernement proposera des projets de loi visant à réduire les émissions dans plusieurs secteurs, comme les transports et la construction.

La nouvelle alliance au pouvoir promet surtout de mettre fin à la production d’énergie par le charbon en 2030, soit huit ans avant ce qui était prévu.

Berlin misera notamment sur un développement rapide des énergies renouvelables pour compenser ce manque à gagner.

Selon Alexandre Robinet Borgomano, la mise en œuvre d’un tel plan environnemental nécessite des investissements massifs qui devront se traduire par l’abandon de la stratégie de l’endettement zéro, qui a longtemps été la signature du gouvernement d’Angela Merkel.

Des politiciens debout, tenant un document dans leurs mains.

Les sociaux-démocrates d'Olaf Scholz seront à la tête d'une coalition avec les verts et les libéraux.

Photo : Getty Images / Carsten Koall

La vitesse à laquelle la transition promise par Olaf Scholz pourra être effectuée pourrait aussi être influencée par des facteurs extérieurs, notamment la crise énergétique qui se profile en Europe, mais aussi les tensions avec la Russie à propos de l’alimentation en gaz naturel de l’Allemagne.

L’Allemagne et le monde

Ce dossier du gaz naturel rappelle d’ailleurs l’un des autres grands chantiers que devra entreprendre le nouveau gouvernement à Berlin : redéfinir sa politique en matière de relations internationales, notamment vis-à-vis de la Russie et de la Chine.

Pendant la campagne électorale, la candidate verte Annalena Baerbock, qui occupera les fonctions de ministre des Affaires étrangères, évoquait le besoin d’augmenter la pression sur la Russie dans le dossier ukrainien. Elle a également déclaré que l’Allemagne et l’Europe étaient dans une compétition systémique avec la Chine.

L’Allemagne entend rompre avec les années Merkel dans ce changement par le commerce qui s’est avéré être un échec, explique Alexandre Robinet Borgomano, de l’Institut Montaigne. Un changement de ton qui pourrait s’accompagner de conséquences économiques pour les entreprises allemandes en Chine, avec lesquelles le gouvernement pourrait avoir à composer.

Après seize années au pouvoir des conservateurs d’Angela Merkel, le nouveau gouvernement entend incarner le changement.

Pour mettre ses réformes en œuvre, le nouveau chancelier, réputé pour son calme et son pragmatisme, devra donc visiblement affronter son lot de défis externes… sans compter celui de gérer une coalition à trois partis, une première dans l’histoire du pays.

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