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Comment un athlète de haut niveau prépare son retour à l’entraînement post-COVID?

Montage d'un homme qui semble essoufflé entouré d'illustrations de virus.

Comment un athlète de haut niveau prépare son retour à l’entraînement post-COVID? Des experts et des athlètes racontent.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

En moins de deux ans, près de 2 millions de Canadiens ont contracté la COVID-19. Certains n’ont eu aucun symptôme, et d’autres ont été frappés de plein fouet. Les sportifs de haut niveau n'y ont pas échappé. Pour eux, le chemin d’un retour à l'entraînement ne s’annonce pas sans embûches et c’est encore plus vrai pour les équipes chargées de les encadrer.

Le marathonien gatinois Éric Deshaies l’a eu tout sauf facile, lui qui a été cloué au lit pendant 10 jours. Et à la fin de sa quarantaine, il n’était pas au bout de ses épreuves, lorsqu’il a remis ses espadrilles.

« Dès que je mettais de l’intensité, je me suis aperçu que je ne pouvais pas faire ça. »

— Une citation de  Éric Deshaies, marathonien

Obligé de faire une pause, il a fini par retrouver sa forme physique pré-COVID, au point de se lancer avec succès dans le défi de courir 10 marathons en 10 jours, puis quelques mois plus tard, d’avaler 35 fois la distance de 6,704 km pour remporter le Big Wolf’s Backyard Ultra.

Un coureur en action près d'un petit boisé porte des lunettes de soleil et un chandail à manches longues bleu et jaune.

Éric Deshaies a participé à des courses d'endurance partout dans le monde (archives).

Photo : Gracieuseté de Richard McDonald

Mais n’est pas Éric Deshaies qui veut. C’est un extraterrestre! lance Guy Girard, kinésiologue pour Santé universelle, à Gatineau.

Le biologiste de formation Jean-Philippe Morency est lui aussi ébahi du niveau de forme physique du marathonien de 47 ans.

Il a été très malade et il fait des performances sportives hors du commun. Je connais d’autres personnes qui l’ont eue il y a un an et demi, et ils ne peuvent toujours pas aller marcher. Pourquoi? On ne le sait même pas. Les scientifiques vont devoir étudier ça, dit celui qui est également connu pour son passé d’athlète et d’entraîneur en athlétisme.

La clé : un retour pas à pas

Heureusement, ce ne sont pas tous les athlètes qui ont été terrassés par la COVID-19. Les basketteurs des Gee-Gees de l’Université d’Ottawa Borys Minger et Charles-Antoine Gaba ont relativement été épargnés par la maladie, par comparaison avec Éric Deshaies.

Si le premier n’a pas eu le moindre symptôme après l’avoir contractée au mois de juillet, de sorte que son retour au jeu a été assez facile, son coéquipier, lui, a eu des symptômes très typiques de la COVID : nez qui coule, mal de gorge, un peu de toux ainsi que la perte de l’odorat et du goût.

Photo de Borys Minger.

Borys Minger avoue avoir trouvé sa quarantaine longue, mais il s'estime chanceux de s'en être tiré sans le moindre symptôme.

Photo : Radio-Canada / Olivier Periard

Quand Charles-Antoine Gaba a voulu renouer avec le parquet de basketball, il s’est contraint à y aller une étape à la fois.

Tu commences à faire du spinning à 50 % de tes capacités, ensuite tu augmentes graduellement de jour en jour par rapport à notre état. On augmente à 70 %, puis à 80 %, jusqu’à 100 % au bout de 10 jours.

Photo de Charles-Antoine Gaba, les bras croisés.

Charles-Antoine Gaba en est à sa deuxième année d'admissibilité avec les Gee-Gees de l'Université d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Olivier Periard

Le hockeyeur Samuel Emery, qui défend les couleurs des Griffons du Cégep de l’Outaouais, a lui contracté la COVID-19 en octobre 2020, et le virus ne l’a fait souffrir que pendant deux jours.

Son processus de retour au jeu s’est déroulé, somme toute, sans anicroche. Au début, j’avais le souffle court. J’ai eu besoin de deux ou trois semaines pour le retrouver, mais après ça, j’étais correct, de dire l’ancien de l’Intrépide de Gatineau.

Photo de Samuel Emery sur la patinoire.

Samuel Emery a été repêché par les Olympiques de Gatineau, en 8e ronde, lors de l'encan 2019.

Photo : Radio-Canada / Olivier Periard

Un suivi médical prudent

L'apparition de la COVID-19 étant encore très récente, peu d’études scientifiques ont été faites sur la manière d’encadrer les sportifs qui en ont été atteints. Par contre, on sait que si le sportif reprend l’entraînement à haute intensité trop rapidement, les conséquences peuvent être dommageables pour sa santé. Pour cette raison, la prudence est de mise.

« Il fallait faire attention de ne pas les ramener trop vite [les joueurs], car ça s’attaque au système immunitaire et au cœur. »

— Une citation de  Louis Robitaille, entraîneur-chef et directeur général, Olympiques de Gatineau

C’est une étape qui demande un counseling extrêmement précis et pointu. Pour les préparateurs haute performance, c’est un travail énorme, fait savoir Guy Girard.

C’est une maladie qui est nouvelle, alors on en apprend beaucoup sur le tas, mais la chose la plus importante est qu’il faut gérer cela un pas à la fois. Le retour doit se faire extrêmement lentement, poursuit le kinésiologue.

Les athlètes, ces compétiteurs nés, sont des chevaux de course qui ne demandent qu’à aller sur le terrain immédiatement, et d’y aller à fond de train. Guy Girard l’a constaté au cours des derniers mois.

L’universitaire ne veut pas perdre sa bourse d’études. Le professionnel ne veut pas perdre son poste et son chèque de paie. L’olympien doit revoir son cycle.

S’inspirer des commotions cérébrales

Pour s’assurer du bien-être de ses étudiants-athlètes, l’Université d’Ottawa a mis sur pied, tôt dans la pandémie, un protocole pour encadrer leur retour au jeu, avec l’aide d’un groupe de thérapeutes, assistés par des médecins et des cardiologues.

On se rencontrait chaque mois pour revoir et modifier notre protocole, car on en apprenait de plus en plus sur le virus, détaille Danika Smith, agente de conformité et des services aux étudiants-athlètes de l’établissement scolaire, qui a campé un rôle d’administratrice.

Photo de Danika Smith.

Avant d'être conseillère principale à l'Université d'Ottawa, Danika Smith a été capitaine de l'équipe de hockey des Gee-Gees.

Photo : U Sports

« C’est comparable à une commotion cérébrale. Il faut y aller une étape à la fois et faire des suivis quotidiens. Chaque jour, on les rencontrait et on leur faisait remplir un questionnaire. »

— Une citation de  Shannon Walsh Moreau, thérapeute adjointe

Pour les deux basketteurs des Gee-Gees, la COVID-19 a davantage été un défi psychologique. Je suis quelqu’un d’actif, qui aime bouger tous les jours. Là, j’habitais seul, dans une résidence universitaire. C’était difficile, raconte Charles-Antoine Gaba, un avis que partage son ami Borys Minger.

Au fil des semaines, Mme Walsh Moreau a en effet constaté que certains étudiants-athlètes qui ont dû se soumettre à une quarantaine dans leur résidence ont aussi fait face à des défis en santé mentale.

Il fallait prendre soin d’eux, car ils n’avaient pas les mêmes ressources qu’un étudiant qui vit encore chez ses parents. Il fallait leur amener leur épicerie, explique-t-elle.

Le travail psychologique est le plus important et le plus long, renchérit le kinésiologue Guy Girard.

Gérer l’humain avant le sportif

Au printemps 2021, les Olympiques de Gatineau ont été affligés par une importante flambée de COVID-19, et ce, même s’ils jouaient dans un environnement protégé. En tout, 19 joueurs ont été infectés et le directeur général et entraîneur-chef Louis Robitaille a lui-même été malade.

Tu mets ton chapeau de père de famille. Tu penses à ces jeunes-là, se souvient le papa de trois enfants, qui a dû puiser dans ses réserves pour gérer tout cela de front.

Avant que toutes ces jeunesses sur lames pensent à remettre un seul pied sur la patinoire, ils ont dû se soumettre à un protocole très rigoureux : Il y avait une grosse machine derrière le retour au jeu et une batterie de tests, dont un électrocardiogramme.

Louis Robitaille en entrevue dans le vestiaire des Olympiques.

Louis Robitaille est encore reconnaissant du soutien reçu de la part de la LHJMQ lors de l'éclosion chez les Olympiques.

Photo : Radio-Canada / Jacques Corriveau

L’homme de hockey affirme que l’organisation et la LHJMQ ont aussi approché cela comme un retour après une commotion cérébrale. Pendant les premiers entraînements, les hockeyeurs des Olympiques étaient munis d’un moniteur cardiaque. Les entraîneurs et l’équipe médicale suivaient les résultats en temps réel. On se disait : ‘’Lui, baisse-le un petit peu’’, ou encore : ‘’Lui, il en a eu assez, sors-le’’, raconte Louis Robitaille.

« On s’en foutait du hockey [...] On ne voulait pas qu’un joueur aggrave son état. »

— Une citation de  Louis Robitaille, entraîneur-chef et directeur général, Olympiques de Gatineau

En boni, tout cela se déroulait à l’approche des séries éliminatoires. Pour une rare fois, le compétiteur né qu’est Louis Robitaille dira qu'il se foutait du hockey.

Sept mois plus tard, l’entraîneur-chef et directeur général le dit avec soulagement : les 19 patineurs se portent bien et ne traînent plus de séquelles de la COVID-19. Et ça, pour Louis Robitaille, ça vaut bien plus que n’importe quelle victoire.

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