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Route 132 : la Gaspésie ne sera pas enclavée

Un enrochement au niveau de la route dont des morceaux ont été arrachés par les éléments.

Des pans de la 132 ont été avalés par la mer et le vent.

Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin

Interpellé par la députée de Gaspé, Méganne Perry-Melançon, et le préfet de la Haute-Gaspésie, Guy Bernatchez, le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, indique que des travaux sont en cours pour sécuriser la route 132 le long du littoral.

Le ministre assure que la direction territoriale demeure aux aguets et qu’elle est bien au fait des fragilités de la route et des sites problématiques. On ne lésinera pas. Les sommes seront au rendez-vous pour prévenir, réparer, s’il le faut, et s’assurer qu’on n'enclave pas la Gaspésie au cours des prochains mois.

Vendredi dernier, une partie de la route 132 a été emportée par les vagues dans le secteur de Marsoui, en Haute-Gaspésie.

C’était la seconde fois en cinq ans. La dernière fois, en 2016, la route avait été complètement sectionnée, isolant complètement le village de La Martre.

Les vagues qui mangent la route

Un littoral sans glace, une marée haute, de fortes rafales du nord-ouest et voilà que les vagues se jettent sur la route.

Des vagues déferlent sur la route 132 dans le secteur de Rimouski-Est.

Vendredi dernier, les vagues empiétaient sur la route même à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

C’est une image de plus en plus fréquente pour tous les automobilistes qui roulent sur la 132 en Haute-Gaspésie à l’automne.

C’est spectaculaire, commente le ministre des Transports, François Bonnardel, à la vue des images de la mer démontée qui grugeait la route vendredi dernier en Haute-Gaspésie.

Spectaculaire et destructeur. La direction régionale du ministère des Transports Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine a répertorié 273 sites problématiques menacés par l’érosion. La liste a été présentée au printemps dernier aux maires et mairesses concernés.

Une partie de l'enrochement sur 4 km pour protéger la route 132 des assauts du fleuve Saint-Laurent dans le secteur de Marsoui, en Gaspésie.

Un enrochement qui s'étend sur 4 km a été construit pour protéger la route 132 des assauts du fleuve Saint-Laurent dans le secteur de Marsoui, en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada

Professeur et titulaire de la Chaire de recherche en géoscience côtière à l’Université du Québec à Rimouski (Université du Québec à Rimouski), Pascal Bernatchez dirige le laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières. Il connaît bien le littoral de la Haute-Gaspésie. C’est là, dit-il, que l’on dénombre le plus grand nombre de secteurs côtiers qui risquent de subir les aléas des tempêtes.

Des élus comme le préfet de la Haute-Gaspésie, Guy Bernatchez, ou la députée de Gaspé, Méganne Perry-Melançon, aimeraient qu’un comité soit mis en place dès maintenant pour analyser des solutions.

Le ministre Bonnardel répond qu’une étude d’impacts sera lancée cet automne pour faire la liste de tous les travaux à réaliser afin d'assurer la sécurité de la route le long du littoral, explique le ministre.

Le dépôt de l’étude d’impacts est prévu pour 2024. Le ministre assure que les étapes suivantes auront lieu rapidement. Dès la fin de l’étude, l’analyse environnementale se fera. On pourra identifier spécifiquement ces sites, donner le coût, donner l’échéancier.

Les travaux de protection à long terme pourraient donc ne commencer qu’en 2026.

Arrimer les solutions à la géographie locale

Tout n’est pas à faire. Plusieurs projets de recherche ont été financés par le ministère des Transports au cours des dernières années.

Ces études ont permis, selon Pascal Bernatchez, de développer des outils qui seront utilisés pour analyser la portée des solutions sur les sites les plus menacés.

Il souligne qu’il existe notamment une multitude de murs de protection selon l’endroit où ils sont installés et les infrastructures à protéger. Ces outils aideront à mieux choisir les infrastructures à construire.

Le chercheur observe que plusieurs solutions, comme l’installation d’un brise-lame, ne pouvaient pas être envisagées jusqu'à peu en raison du couvert de glace. Celui-ci est de moins en moins présent.

La route 132 en hiver, en Haute-Gaspésie.

La route 132 en hiver, en Haute-Gaspésie

Photo : Radio-Canada

De même, la géomorphologie du littoral, bordée par une plateforme rocheuse, permettrait d’ancrer des installations de protection plus durables. C’est souvent la mise en place de plus d’un type d’ouvrages qui augmente la capacité de faire face aux tempêtes, relève le spécialiste.

Pascal Bernatchez ajoute qu’il y aura tout de même des tempêtes plus destructrices que d’autres, ce qui pourrait amener à l’implantation d’un système de surveillance et d’alerte. Il rappelle que les Européens, qui ont une vaste expérience en milieu côtier, doivent conjuguer, eux aussi, avec des parties de route ou de chemin de fer emportées par des tempêtes.

Déménager la route?

Quant à déménager la route sur la montagne, le chercheur n’y voit pas vraiment d'avantage compte tenu du relief accidenté. Selon lui, les forts dénivelés des anciennes vallées glaciaires, les crues-éclairs des rivières et les différents types de mouvements de terrain ne sont pas propices à l’aménagement d’une route.

Cet avis rejoint celui du préfet de la Haute-Gaspésie, Guy Bernatchez, qui rejette l’idée d’un nouveau tracé dans les montagnes.

La route 132 longe la Haute-Gaspésie. Aucune autre route ne permet d'y circuler.

La route 132 longe la Haute-Gaspésie. Aucune autre route ne permet de circuler entre les villages de La Martre jusqu'à Sainte-Madeleine-de-Rivière-Madeleine.

Photo : Radio-Canada

Le préfet de la Haute-Gaspésie estime qu’il n’y a pas eu assez d’argent investi jusqu’à maintenant dans la protection de la route 132 et que la qualité des travaux n’a pas toujours été au rendez-vous. On n’est pas le seul pays avec une route sur le bord de la mer, observe Guy Bernatchez.

Le ministre Bonnardel admet que les travaux comme la réflexion auraient dû être amorcés il y a déjà 10 ans.

Jusqu’à maintenant, les investissements en prévention ont aussi été insuffisants, convient le ministre. En prévention, on a mis 3 millions de dollars au ministère des Transports et 6 millions de dollars en réaction aux événements comme celui qui est arrivé il y a quelques jours.

En attendant, à Marsoui, les vagues ont emporté une section du muret de ciment qui protégeait le bord de la route. Il devait être réinstallé au printemps.

Dans un tweet, le ministre des Transports, François Bonnardel, a toutefois fait savoir que les travaux permanents pour sécuriser la route 132 entre La Martre et Marsoui seront devancés. Les travaux seront plutôt réalisés dans les prochaines semaines.

Des travaux temporaires d’enrochement sont en cours ce qui devra permettre de rouvrir la circulation sur les deux voies d'ici vendredi.

Avec la collaboration d'Isabelle Lévesque et de Kim Bergeron

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