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Hécatombe dans les CHSLD : les signaux étaient clairs, tonne l’opposition

Dominique Anglade en point de presse.

Les chefs des partis d'opposition, dont Dominique Anglade, réclament d'une seule voix la tenue d'une commission d'enquête publique indépendante.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Radio-Canada

« Scandaleux » et « troublant ». C'est ainsi que réagissent les partis d'opposition devant les courriels qui indiquent que des gestionnaires avaient alerté le gouvernement dès mars 2020 sur le risque d'une « hécatombe » dans les CHSLD du Québec.

Mardi, lors d'une conférence de presse commune, les trois partis d'opposition ont réclamé en bloc au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) la tenue d'une commission d'enquête publique indépendante.

La libérale Dominique Anglade, cheffe de l'opposition officielle, Vincent Marissal, de Québec solidaire (QS), et Joël Arseneau, du Parti québécois (PQ), disent avoir formulé cette demande maintes fois. En le faisant maintenant d'une seule voix, ils souhaitent accentuer la pression sur le premier ministre François Legault.

François Legault a une relation trouble avec les faits et la vérité, a dénoncé la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade, pour qui le premier ministre fait clairement de l’aveuglement volontaire.

Des courriels déposés en preuve, et consultés par Radio-Canada, dans le cadre de l'enquête de la coroner Géhane Kamel sur les décès du printemps 2020, montrent que dès la mi-mars 2020, soit un mois avant le drame au Centre d'hébergement et de soins de longue durée Herron, des gestionnaires avaient tiré la sonnette d'alarme sur la catastrophe à venir, en s'adressant à de hauts fonctionnaires du ministère de la Santé du Québec.

Ces mêmes courriels révèlent que le gouvernement semble avoir tardé à agir, malgré les demandes répétées d'aide urgente de la part de ces gestionnaires. Ils évoquaient, en somme, tous les problèmes que la Protectrice du citoyen a soulevés dans son bilan : le manque d'équipements, les transferts de patients des hôpitaux vers les Centre d'hébergement et de soins de longue durée, les déplacements de personnel entre les établissements et les ruptures de services en raison du manque d'employés.

Les courriels ont été soumis en preuve devant la coroner par Annick Lavoie, directrice de l'Association des établissements privés conventionnés (AEPC). En entrevue mardi à Midi info sur ICI Première, Mme Lavoie a affirmé que ces courriels témoignaient du désespoir et des embûches éprouvés par les membres de l'Association durant la première vague.

Pourquoi leurs appels répétés n'ont-ils pas été entendus en hauts lieux? Mme Lavoie dit ne pas avoir de réponse à ce jour.

Les propriétaires gestionnaires des établissements privés conventionnés sont sur le terrain [...], il n'y avait pas quelqu'un de plus branché qu'eux autres, rappelle-t-elle.

La première vague de COVID-19 a fait environ 4000 morts dans les Centre d'hébergement et de soins de longue durée du Québec au printemps 2020.

« Aujourd’hui, on a appris qu’il y a des informations qui émanaient de la base, des gens sur le terrain, et que le gouvernement n’a quand même rien fait. C'est scandaleux ce qui s'est produit. [...] Il est clair qu’il y a de l’information qui est cachée aux Québécois. Le gouvernement ne nous dit pas tout. »

— Une citation de  Dominique Anglade, cheffe du PLQ
Mme Anglade parle au micro pendant que MM. Marissal et Arseneau l'écoutent.

La cheffe de l'opposition officielle, la libérale Dominique Anglade, et les porte-parole des deuxième et troisième groupes d’opposition en matière de santé, le député solidaire Vincent Marissal et le péquiste Joël Arseneau.

Photo : Radio-Canada

Chaque enquête a son mandat précis

À ceux qui suggèrent d'attendre les conclusions d'enquêtes en cours avant d'en déclencher une autre, les partis d'opposition estiment qu'il n'y a pas de raisons d'attendre.

Les commissions d'enquête publiques peuvent ratisser très large, a fait valoir Vincent Marissal, et permettent de délier des langues.

Lorsqu'une telle commission est déclenchée par le gouvernement, c'est la volonté suprême de l'État d'aller faire la lumière qui est exprimée, selon le député solidaire.

Autrement, ce qu'on entend, ce sont des faux-fuyants de la part du gouvernement, de la part de M. Legault, qui semblent avoir des choses à cacher, a dit encore M. Marissal.

Chaque enquête a son mandat très précis, a expliqué Joël Arseneau, chef parlementaire du PQ, qui insiste pour qu'un exercice soit mené de façon beaucoup plus élargie.

M. Arseneau s'indigne d'apprendre que les mots "catastrophe" et "hécatombe" aient été prononcés, écrits dans les courriels.

Les informations sont troublantes sur le portrait de la situation qu’on faisait dans les médias et ce qui se passait sur le terrain, a-t-il ajouté, en référence au fait que le premier ministre affirmait publiquement disposer d'assez d'équipements de protection individuelle, alors que c'était faux.

« Ce qu’on essaie de découvrir, c’est : est-ce que le gouvernement savait vraiment? Et plus on creuse, plus on se rend compte qu’il savait. Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas agi? C'est la question que tout le monde se pose. »

— Une citation de  Joël Arseneau, chef parlementaire du Parti québécois

Selon le député des Îles-de-la-Madeleine, la ligne de défense du gouvernement – à savoir qu'il a fait son possible puis qu'il n'était pas au courant de ce qui se passait – bien, elle semble affaiblie de façon importante.

Apprendre du passé

En août 2020, le gouvernement Legault a confié à la commissaire à la santé et au bien-être le mandat d’évaluer la performance du système de santé durant la pandémie, en particulier l’offre de soins et de services aux aînés.

La commissaire Joanne Castonguay a déposé au début de septembre un rapport préliminaire, et son rapport final est attendu à la fin du mois.

En ce qui a trait à l'enquête de la coroner, cette dernière entendra en janvier prochain de nouveaux témoins et n'écarte pas la possibilité de réentendre des témoins.

Selon Annick Lavoie de l'AEPC, il ne fait pas de doute qu'il y aura une autre pandémie. D'où la nécessité de faire la lumière et d'apprendre des erreurs du passé. Est-ce que ça passe par une enquête publique? Je ne sais pas.

Mme Lavoie déplore que l'Association ne soit toujours pas invitée à siéger aux deux tables de gestion du ministère de la Santé et des Services sociaux. Ce qu'on a demandé à maintes reprises avant la pandémie, pendant la pandémie et encore aujourd'hui, dit-elle.

L'AEPC regroupe 30 propriétaires gestionnaires qui représentent une soixantaine d'établissements. C'est un service public universel, mais géré par le privé, précise Annick Lavoie.

Au plus fort de la crise, ça aurait été facile pour nous de lever le drapeau et d'avoir une voix claire [...], conclut-elle.

L'évolution de la COVID-19 d'heure en heure.

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