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Myanmar : « La situation est pire aujourd’hui qu’après le coup d’État »

Un manifestant muni d'un drapeau.

Le reportage de Philippe Leblanc

Photo : Reuters

Au Myanmar, un tribunal a condamné lundi l'ex-cheffe du gouvernement civil, Aung San Suu Kyi, à quatre ans de prison, une peine réduite finalement à deux ans, pour incitation aux troubles publics et violation des règles sanitaires liées à la COVID.

Le chaos règne dans ce petit pays d'Asie du Sud-Est depuis le coup d'État du 1er février 2020. Plus de 1000 dissidents ont été tués dans la dernière année et 8000 ont été arrêtés.

Deux jeunes cinéastes, une Myanmaraise qui ne peut pas dévoiler son identité et une Française, témoignent de la dictature avec des images inédites tournées dans le pays. Leur court-métrage intitulé 1er février a été présenté en première mondiale au Festival international du film de Singapour.

Mo Mo (nom fictif), vous vivez au Myanmar. Comment allez-vous et comment percevez-vous les récents développements concernant Aung San Suu Kyi?

Mo Mo – Cette révolution me fait passer par plusieurs états émotifs. Ça change de mois en mois. Récemment, la motivation et la détermination ne m’envahissaient plus autant qu’avant. L'espoir et le désir de changement sont encore présents, mais ils croulent sous le poids de ma vie de tous les jours.

Le danger est si grand chaque jour et j’entends tellement de mauvaises nouvelles chaque jour au Myanmar. Il n’y a pas de vraie justice ici, donc les développements ne sont pas surprenants. Personne n’est surpris, car on s’y attendait.

Pourtant, un sentiment d’optimisme se dégage du court-métrage 1er février qui est une réflexion sur la liberté.

Mo Mo – Nous avons effectué le tournage en mars et avril 2020 et nous étions remplies d’espoir à ce moment-là. Moi, c’était la première fois que je voyais et que je participais à des manifestations gigantesques. Nous étions nombreux dans la rue, mais la junte militaire ne nous écoutait pas du tout.

Nous croyions que si le monde se soulevait avec nous, ça apporterait le changement souhaité. Mais rien ne s'est passé. Au contraire, la junte militaire a augmenté la pression, kidnappé des manifestants. Il y a des morts dans les rues. La situation est pire aujourd’hui qu’après le coup d’État.

Leïla Macaire, vous êtes une réalisatrice française. Comment voyez-vous la situation au Myanmar?

Leïla Macaire – Le Myanmar, pour moi, ça a été le premier pays dans lequel j’ai voyagé toute seule et dans lequel j’ai été toute seule pour la première fois loin de chez moi. En fait, ce pays a représenté à la fin de ce voyage un énorme sentiment de liberté, de me sentir bien au moment présent avec la découverte et la rencontre.

C’est pour ça qu’un an après, dans la même période quand il y a eu ce coup d’État, ça m’a énormément touché. Le paysage a complètement changé et c’est ça qui m'a interrogé.

Ce court-métrage est personnel, mais il semble aussi universel, non?

Mo Mo  Nous parlons de liberté, comment on peut la vivre en étant seule et sereine, mais aussi dans un groupe réuni pour un idéal. Cette forme de liberté peut être irrésistible. Il y a plusieurs mouvements dans le monde, pas juste au Myanmar, qui se battent pour que justice soit faite.

Leïla Macaire  Ce film cherche vraiment à montrer le regard d’une Française et d’une Birmane qui ont des chances, des situations politiques et des vies différentes. La différence entre les gens dans le monde, c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup.

On est tellement habitués à la violence partout qu’il y en a qu’on oublie. On parle plus de celles pour lesquelles on a des intérêts géopolitiques.

L’important, c’est de montrer avec ce film qu’on peut quand même continuer à avoir des liens entre nous, à créer des choses et à faire unité malgré les malheurs qui puissent arriver dans certaines parties du monde.

Que souhaitez-vous maintenant?

Mo Mo  C’est évident! (rires). Je souhaite que le peuple du Myanmar remporte sa bataille. C’est possible, car nous n’abandonnons pas.

Leïla Macaire  Ce que j'espère, c’est juste que Mo, un jour, ressente la même sécurité que moi là où elle habite. J’espère qu'elle et moi, on se rencontre, qu’on soit ensemble en personne. Pas unies dans la peur, mais juste avec des questionnements autour de la création.

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