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Au Québec, la pandémie n’aurait pas nui au taux de diplomation au secondaire

Un groupe d'étudiants lors de leur remise des diplômes.

Des spécialistes estiment que les mesures de soutien mises en place ont contribué au taux de diplomation.

Photo : Associated Press / Mark Felix

L'école à distance, au plus fort de la pandémie, faisait craindre une diminution du taux de diplomation chez les jeunes du secondaire. S'il est encore trop tôt pour crier victoire, tout indique que le Québec a évité le pire.

Les chiffres provisoires, obtenus par Radio-Canada, indiquent que le niveau de réussite est comparable à celui des années antérieures. Il aurait même légèrement augmenté.

Le taux de diplomation et de qualification permet de suivre le cheminement d'une cohorte d'élèves qui achèvent le secondaire. Ceux, en difficulté, qui suivent des cours pour adultes et les décrocheurs qui retournent sur les bancs d'école pour obtenir leur diplôme font également partie de la statistique.

Comme ils doivent effectuer une sixième ou une septième année pour terminer leur formation, le ministère de l'Éducation suit le groupe pendant sept ans, au lieu de cinq.

La cohorte de 2013 avait obtenu un taux de 81,8 % et celle de 2014 obtient légèrement plus avec 82,1 %. C'est cette cohorte qui a été suivie jusqu'en 2020-2021.

En revanche, la majorité des élèves avaient déjà effectué leur 5e secondaire avant les premières vagues de la pandémie. Ceux qui devaient effectuer une 6e ou une 7e année les ont quant à eux réalisées en pleine crise de la COVID-19. Le contexte pandémique n'a donc pas été facile pour un bon nombre d'élèves de cette cohorte, qui ont tout de même réussi.

Le psychologue et spécialiste de la réussite scolaire Égide Royer est encouragé par ces chiffres. Cependant, il préfère attendre avant de se réjouir trop rapidement.

M. Royer rappelle que les élèves de la cohorte de 2014 n'ont pas eu à faire d'examen ministériel à la fin de leur année, ce qui aurait un impact non négligeable sur les données.

Ça a amené une imprécision au niveau de la diplomation et ça a peut-être gonflé les chiffres de diplomation, explique-t-il.

Delphine Collin-Vézina, professeure à l'école de service social de l'Université McGill, fait le même constat. La cohorte de 2014 n'est pas celle qui aura été la plus touchée par la pandémie, selon elle.

On va voir avec les résultats des élèves qui sont entrés en 2015 ou 2016 et qui étaient vraiment ceux qui avaient 16-17 ans au moment où le secondaire 5 arrive pour eux dans un contexte de pandémie.

Des chiffres gonflés par l'absence d'examen ministériel?

La cohorte de 2015 n'a pas encore achevé le cycle de sept ans mesuré par le ministère de l'Éducation. Mais après seulement cinq ans, le gouvernement remarque une différence importante pour ce groupe.

Déjà, le taux de diplomation et de qualification se dirige vers une augmentation de 4 %, comparativement aux cohortes de 2013 et de 2014. Ce sont ces élèves qui se sont retrouvés majoritairement en 5e secondaire au plus fort de la pandémie et qui n'ont pas eu à passer d'examen ministériel.

Cet examen permet d'évaluer les notions supposément apprises par tous les élèves québécois, indépendamment de l'école où ils étudient.

Leur diplomation s'appuie donc uniquement sur les notes attribuées par leurs professeurs. Cette augmentation marquée apparaît étroitement liée à la situation de pandémie et à l'absence d'épreuves uniques en juin 2020, indique le ministère de l'Éducation sur son site web.

Au regard de l'annulation des épreuves uniques en juin 2021, il est possible d'anticiper que le taux de diplomation et de qualification au secondaire [...] de la cohorte de 2016 sera tout aussi élevé.

« Lorsque la COVID sera passée, ce pourcentage-là de diplomation va probablement redescendre un peu et s'inscrire dans la continuité de ce qu'on avait avant la COVID [...] C'est conjoncturel. C'est un taux de diplomation COVID, si on peut l'appeler ainsi, à cause du contexte. »

— Une citation de  Égide Royer, psychologue et spécialiste de la réussite scolaire

On n'est pas encore rendus à pouvoir célébrer notre réussite, croit aussi Delphine Collin-Vézina. C'est un résultat qui nous indique qu'il peut y avoir eu quand même certaines stratégies qui ont été efficaces pour maintenir des jeunes en difficulté vers la diplomation, alors qu'ils étaient dans des 6e ou 7e années.

L'importance de maintenir les mesures de soutien

Égide Royer fait partie des spécialistes qui ont formulé des recommandations au ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, sur les mesures de soutien aux élèves.

Avec ses collègues, il a plaidé pour l'annulation des épreuves ministérielles, en raison du stress et des circonstances exceptionnelles d'apprentissage occasionnés par la pandémie.

Bien qu'il soit encore difficile de mesurer leurs effets, il estime que ces mesures auront sûrement aidé les élèves et contribué au taux de diplomation.

Pour lui, il est fondamental de les poursuivre. Il donne l'exemple du programme de tutorat, les programmes d'Alloprof et les services accrus aux élèves handicapés ou en difficulté.

Je m'attends à ce que, malgré la COVID, on maintienne notre taux de diplomation dans les prochaines années [...] Probablement qu'on va réussir à limiter les écarts ou les retards d'apprentissage.

Le ministre Roberge n'a pas voulu commenter le taux de diplomation provisoire, mais son cabinet rappelle que le gouvernement investit massivement pour la réussite des élèves [...] Il a annoncé un Plan de relance pour la réussite éducative de 110 M$, un programme national de tutorat, l'embauche de ressources en milieu défavorisé, et 73 M$ pour l'ajout de professionnels et de classes spéciales afin de donner les services aux élèves en grandes difficultés.

Il rappelle, en outre, que les efforts pour garder les écoles ouvertes et maintenir la fréquentation scolaire obligatoire durant la pandémie ont sûrement porté leurs fruits.

Il ne faut certainement pas quitter notre mode de vigie ou de sentinelle, parce que l'effet à plus long terme de la pandémie pourrait quand même être important pour ces jeunes en termes d'acquis, ajoute Mme Collin-Vézina.

Je pense qu'on peut être vraiment très fiers de certaines initiatives qui ont été mises en place [...] et je ne doute pas de l'impact positif, mais je crois qu'il est trop tôt pour se féliciter et de vraiment penser que nos efforts ont été suffisants. Il va falloir attendre plusieurs années pour vraiment documenter l'impact de cette pandémie.

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