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Une mine « carbonégative », c’est possible?

Les installations de la minière Vale à Sudbury.

Les résidus miniers issus de l'extraction d'un gisement de Nickel près de Timmins pourraient capturer plus de 3 fois l'équivalent du CO2 qui sera émis par l'entreprise.

Photo : Radio-Canada / ICI Radio-Canada/Yvon Thériault

L’entreprise Canada Nickel fonde beaucoup d’espoir sur des gisements dans la région de Timmins, dans le Nord de l'Ontario, pour alimenter le marché des véhicules électriques, tout en affichant un bilan carbone neutre, voire négatif.

Plus précisément, l’entreprise, mise sur pied il y a un peu plus de deux ans, explore en ce moment le potentiel de séquestration de carbone des résidus miniers du gisement Crawford.

La substance qui permet de capter le carbone dans ce cas est l’oxyde de magnésium, explique Boyd Davis, copropriétaire de Kingston Process Metallurgy (KPM), qui collabore avec Canada Nickel.

Cette substance est présente en plus ou moins grande quantité dans plusieurs minéraux qui se trouvent à travers le sulfate de nickel que l’entreprise souhaite extraire.

Lorsque ces minéraux, comme l’olivine, la serpentine ou la brucite, sont en contact avec du gaz carbonique (CO2), il se produit une réaction chimique appelée carbonatation minérale avec l’oxyde de magnésium.

Le résultat est du carbonate de magnésium, une poudre blanche inerte et non toxique, notamment utilisée par les gymnastes et haltérophiles comme anti-transpirant.

Deux échantillons minéraux.

L'échantillon du haut, contenant de l'oxyde de magnésium, a été extrait cet automne. Celui du bas à été extrait un an plus tôt, et la surface présente une carbonatation minérale.

Photo : Canada Nickel

La carbonatation minérale se produit naturellement, mais seulement à la surface des minéraux, où il y a un contact direct avec le CO2, explique M. Davis.

Selon des tests en laboratoire, effectués en collaboration avec l’Université Queen’s, les résidus auraient le potentiel de capturer l’équivalent de plus de trois fois l’empreinte carbone de la mine.

Les chercheurs tenteront de maximiser ce potentiel, notamment en analysant les meilleures façons d’étendre ou d’entreposer les résidus.

Il s’agit d’un des aspects du projet qu’étudient Kingston Process Metallurgy et l’Université Queen’s.

Nous voulons fournir une approche intégrée sur la façon dont le projet minier est développé en regard des gaz à effet de serre, explique Boyd Davis, copropriétaire de KPM.

Chris Bataille, chercheur associé de l’Institut du développement durable et des relations internationales, souligne que pour que le projet de Canada Nickel soit valable, il faut démontrer que le CO2 capturé ne l’aurait pas été même sans l’intervention de l’entreprise.

Il ne faut pas compter deux fois le CO2 qui aurait été capturé de toute façon sans l'existence de la mine, explique M. Bataille.

Il ajoute qu’il ne faut pas que la séquestration du carbone empêche les entreprises de réduire leurs émissions de CO2.

Le PDG de Canada Nickel, Mark Selby, assure que la mine sera alimentée par de l’hydroélectricité, ce qui limite son empreinte carbone au départ.

La capture de carbone s’ajoute, selon lui, à d’autres initiatives pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

« Nous allons concevoir la mine pour qu’elle émette le moins de carbone possible, et tout le carbone que nous allons capturer avec les résidus, c’est un bonus qui a une grande valeur. »

— Une citation de  Mark Selby, PDG de Canada Nickel

Grâce au surplus de CO2 potentiellement capturé, l’entreprise pourrait vendre des crédits carbone.

Encore une fois, Chris Bataille souligne que cela peut avoir un effet contre-productif, en réduisant le prix du carbone sur le marché et par la même occasion l’efficacité d’un tel programme.

Il admet toutefois que les initiatives vertes sont souvent coûteuses et, sans incitatifs financiers ou législatifs, certains pourraient hésiter à les mettre en place.

« Il est essentiel que les entreprises se dirigent vers la carboneutralité, voire la "carbonégativité." »

— Une citation de  Chris Bataille, chercheur associé de l’Institut du développement durable et des relations internationales

Le PDG de Canada Nickel est convaincu de pouvoir obtenir les liquidités nécessaires pour l’exploitation responsable du gisement Crawford.

Il affirme qu’il existe plusieurs programmes de financement gouvernementaux, et plusieurs entreprises, notamment dans le domaine des véhicules électriques, souhaitent s'approvisionner en nickel de la façon la plus écologique possible.

Mark Selby prévoit l’étude de faisabilité et les autres démarches préliminaires à l’ouverture de la mine seront complétées vers 2025, avec un début des activités d’exploitation dans la 2e moitié de la décennie.

Il estime que la construction de la mine pourrait générer 1000 emplois, et quelques centaines de travailleurs seraient nécessaires lors de la phase d’exploitation.

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