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Douleur et solidarité après une éclosion mortelle de COVID-19 à Dalhousie

Avec 25 infections et 7 morts, la COVID-19 a durement frappé la Villa Renaissance de Dalhousie en octobre. Témoignages sur le coût humain et psychologique de cette éclosion mortelle.

Réa Bérubé et Denise Savage se tiennent dans les bras l'un de l'autre.

C'est la première fois que Réa Bérubé et Denise Savage se rencontrent en personne après que cette dernière ait accompagné la mère de Mme Bérubé, Ann Bérubé, qui est décédée de la COVID-19 en octobre dernier.

Photo : Radio-Canada

Janique LeBlanc

Réa Bérubé et Denise Savage se sautent dans les bras avec émotion. C’est la première fois qu’elles se rencontrent en personne, mais les deux étrangères sont unies par le même drame : l’éclosion mortelle de COVID-19 à la Villa Renaissance de Dalhousie.

Le 16 octobre, Réa Bérubé apprend que sa mère de 88 ans, Ann Bérubé, a contracté la COVID-19 au foyer de soins. Peu après, l’infirmière de l’équipe de réponse rapide de gestion des éclosions, Denise Savage, lui annonce que son état se détériore. Elle m'a informée qu'il y avait déjà des crépitements dans le poumon antérieur gauche de Maman, raconte Réa Bérubé.

Villa Renaissance de Dalhousie.

Il y a eu sept morts pendant l'éclosion de COVID-19 à la Villa Renaissance de Dalhousie.

Photo : Radio-Canada

C’est triste à dire, mais ses symptômes du variant Delta ou de la COVID ont évolué très vite, se souvient Denise Savage. L’infirmière constate que sa patiente a le bout du nez, les oreilles et les lèvres bleus et beaucoup plus de mal à respirer. La famille donne son accord pour que Mme Bérubé reçoive les médicaments qui lui éviteront toute souffrance.

Dire au revoir à sa mère à distance

Le foyer organise un appel vidéo entre Ann Bérubé et ses six enfants. Les visites étant interdites, ces derniers n’ont pas vu leur mère en personne depuis près de deux mois, soit lors de sa fête de 88 ans, le 28 août. J’ai trouvé ça très réconfortant et ma famille aussi, dit Réa Bérubé.

Les enfants disent à leur mère qu’ils l’aiment et lui font leurs au revoir. Malgré une tempête de pluie et de vent, Réa va voir sa mère à la fenêtre de sa chambre.

Ann Bérubé étendue dans son lit, une infirmière lui pose la main sur l'épaule.

Les derniers moments d'Ann Bérubé ont été adoucis par la présence de personnel infirmier dévoué à la Villa Renaissance de Dalhousie.

Photo : Gracieuseté

C'était un moment que je n'oublierai jamais de ma vie, raconte Denise Savage émue.

« De voir cette famille l'autre bord de la fenêtre, c'est un sentiment d'impuissance. T'aimerais tellement pouvoir leur parler. »

— Une citation de  Denise Savage, infirmière de l’équipe de réponse rapide de gestion des éclosions

Aussi difficile qu’était la situation et aussi malade qu’était Mme Bérubé, ils m'ont fait sentir qu'ils me faisaient confiance même si j'étais une pure étrangère, raconte l'infirmière.

Réa Bérubé et Denise Savage avec masques.

Denise Savage (à droite) a soigné la mère de Réa Bérubé (à gauche), Ann Bérubé, décédée de la COVID-19 à la Villa Renaissance.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Réa Bérubé a passé trois heures et demie sous la pluie à regarder sa mère et les soins qu’on lui prodiguait. C'était ma façon d'accompagner maman [...], j'avais de la peine, mais j'étais en paix de voir qu'elle n'était pas en détresse. Ça m'aide à accepter ce qui est arrivé, confie-t-elle le visage serein.

Dans la chambre, l’infirmière auxiliaire, Natalie Poirier, tenait la main de Mme Bérubé. Dans les derniers moments comme ça, ça t'arrache le cœur. C’est comme un membre de la famille, se souvient l’infirmière qui connaissait depuis longtemps Ann Bérubé, une bénévole de longue date de la communauté.

Ann Bérubé s'est éteinte la nuit qui a suivi son diagnostic de COVID-19.

La douleur de perdre un collègue

Presque en même temps, un employé de 48 ans, Reno Maltais, un homme très aimé à la Villa Renaissance, succombe aussi à la maladie. La directrice générale du foyer, Diane Léger, a un sanglot dans la voix quand elle y repense.

« C'était pas humain que ça nous arrive. C’était tragique. Cet employé-là, ça fait au-dessus de 25 ans qu’il était avec nous autres. Sa vie, c'était de travailler [...] Il était toujours là pour les résidents. »

— Une citation de  Diane Léger, directrice générale de la Villa Renaissance

Natalie Poirier essuie ses larmes en parlant de ce collègue adorable qui était aussi son cousin. J'essayais d'être forte pour les résidents, pour les collègues de travail et aussi pour les membres de la famille, confie-t-elle.

Natalie Poirier.

Natalie Poirier a perdu son cousin, un employé, et sa cousine, une résidente, dans l'éclosion de COVID-19 de la Villa Renaissance.

Photo : Radio-Canada

Sa collègue, Laci Furlotte pleure encore la mort de Reno Maltais, un collègue, mais aussi un ami : Nous étions toujours ensemble. Les résidents l’aimaient. Il les aimait. C’était dur pour tout le monde.

L’infirmière de Tracadie-Sheila, Denise Savage, était au chevet des patients de COVID-19 quand les employés ont appris son décès. Leur dévouement l’a bouleversée. Il y en avait qui pleuraient. Il y en avait qui criaient, mais il y en a une qui a dit : "On va rester et on va continuer à soigner nos résidents en respect de notre collègue, de nos familles, de tout le monde", raconte Mme Savage.

Le lendemain, tous les employés étaient à leur poste. C'est pas croyable de vivre ça et de voir comment ces gens-là étaient loyaux, affirme avec gratitude leur patronne, Diane Léger.

La peur du virus

La perte d’un collègue dans la fleur de l’âge a semé l’inquiétude face à ce virus sournois. C’est à ce moment-là que j'ai eu peur parce qu'on ne savait pas ce que le variant [Delta] allait nous faire, confie Denise Savage, habituée à intervenir lors d'éclosions de COVID-19 dans les foyers de soins du Nouveau-Brunswick.

Laci Furlotte.

Laci Furlotte, infirmière auxiliaire, peine à se remettre de la perte de son collègue et de six résidents de la Villa Renaissance.

Photo : Radio-Canada

L’infirmière Laci Furlotte se demandait tous les jours si elle allait être infectée. Je n’avais pas peur pour moi. C’était plus pour les résidents, pour les employés, pour ma famille, affirme cette mère de deux enfants.

Une roulotte.

Craignant de contaminer leurs proches et pour être tout près du travail, Laci Furlotte et des collègues ont habité dans ce véhicule récréatif près de la Villa Renaissance pendant l'éclosion.

Photo : Gracieuseté Laci Furlotte

De nombreux employés de la Villa Renaissance comme Laci se sont isolés de leur famille pendant trois semaines par peur de les infecter. Elles sont demeurées dans des véhicules récréatifs stationnés près de la résidence.

Natalie Poirier et son conjoint n’ont vu personne pendant toute la durée de l’éclosion. On se privait de nos proches. C’est ça que j'ai trouvé le plus difficile, c'est de ne pas voir les enfants, les petits-enfants. J’ai une petite-fille qui est née pendant l’éclosion et je n’ai pas pu la voir, regrette l’infirmière.

Des résidents reconnaissants malgré tout

Ils ont travaillé fort, dit avec reconnaissance la résidente, Bertha Gallie. Ses yeux se mouillent lorsqu’elle pense aux employés qui n’ont pas vu leur famille et multiplié les heures supplémentaires pour s’occuper des résidents du foyer.

Bertha Gallie.

Bertha Gallie a trouvé difficile de rester confinée trois semaines dans sa chambre de la Villa Renaissance.

Photo : Radio-Canada

La dame de 88 ans a trouvé difficile de rester confinée dans sa chambre 24 heures par jour pendant trois semaines. Ça faisait bien long, mais les enfants venaient à la fenêtre, se souvient cette mère de sept enfants.

Pour Gisèle Giroux, le plus frustrant était de ne pas pouvoir entrer au foyer pour aider son père, qui souffre de démence. Lionel Giroux, 81 ans, est un des 14 résidents du foyer qui a contracté la COVID-19. C’était vraiment difficile. On attendait l'appel tous les jours. On ne savait pas quel appel on allait avoir. Moi, j'étais chanceuse parce que Papa n’avait pas de symptômes. Il a pogné la COVID pareil. Il était très très fatigué, tellement fatigué, explique Mme Giroux. 

Tristesse, fatigue et inquiétudes

L'éclosion de COVID 19 à la Villa Renaissance s'est terminée le 10 novembre. Des vies ont certes été sauvées, mais la peine d'avoir perdu six résidents et un employé est toujours vive.

« C’est très difficile d’entrer au travail quand le collègue avec qui tu travaillais n’est plus là. C’est difficile quand tu as l’habitude de travailler avec les résidents et ils ne sont plus là. Tu passes devant la porte fermée de leur chambre et il n’y a personne. »

— Une citation de  Laci Furlotte, infirmière auxiliaire à la Villa Renaissance

Selon Laci Furlotte, les résidents qui ont survécu à la COVID-19 ont changé. Ils n’ont plus la même énergie. La jeune femme peine à se remettre de tout ce qu’elle a vécu. Je ne veux pas pleurer tout le temps au travail. C’est difficile confie-t-elle. Elle consulte, écrit et suit les séances d'accompagnement organisées par le foyer de soins.

Natalie Poirier trouve encore pénible d’aller travailler. Je pense qu’on n’a pas encore pris assez de recul pour réfléchir à tout ce qu'on a passé au travers, à toutes les émotions qu’on a eu à vivre dit cette quarantenaire qui fait aussi le deuil de sa cousine, une résidente de 49 ans très impliquée dans la vie de la Villa Renaissance.

Malgré la peine et les deuils, la vie reprend son cours à la Villa Renaissance. Les visites des proches ont repris. Bertha Gallie se réjouit de pouvoir à nouveau serrer ses enfants et prendre ses repas à la salle à manger.

Les employés sont heureux du retour des familles au foyer, mais ils craignent aussi une nouvelle éclosion. Tous espèrent que la COVID 19 ne frappera pas deux fois.

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