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Paul Mukendi aurait fui le Canada par l’aéroport Pearson de Toronto

Plan moyen de Mukendi, vêtu de blanc.

Paul Mukendi au palais de justice de Québec (Archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Le révérend Paul Mukendi aurait fui le Canada le 18 août par l'aéroport Pearson de Toronto, selon la police de Québec. Des démarches afin qu'Interpol lance une notice rouge ont été amorcées dans l'espoir, bien mince, d'obtenir son extradition de la République démocratique du Congo, où il serait parti se réfugier.

Condamné à huit ans d'emprisonnement pour agression sexuelle et voies de fait, Paul Mukendi ne s'est jamais livré aux autorités en août dernier lorsqu'il a été débouté en appel de sa condamnation. Un mandat d'arrestation pancanadien avait alors été lancé contre lui.

Sa disparition soudaine était demeurée plutôt nébuleuse et les autorités avaient refusé de s'avancer sur l'endroit où Mukendi pouvait se terrer, bien que ce dernier clamait sur les réseaux sociaux, un mois plus tard, avoir fui l'injustice en rentrant dans son pays natal.

Il a par la suite réapparu dans un hôtel de Kinshasa, la capitale congolaise, le 19 octobre. Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) avait à nouveau refusé de commenter ou de confirmer sa fuite du pays.

Deux avions à l'embarquement de passagers.

Paul Mukendi aurait fui le Canada vers la République démocratique du Congo par l'aéroport international Pearson de Toronto. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Voilà que dans le cadre d'un second procès pour agression sexuelle, dont les procédures se poursuivaient lundi matin au palais de justice de Québec, la sergente-détective du Service de police de la Ville de Québec Suzie Gagné a admis qu'il avait vraisemblablement échappé aux autorités canadiennes.

Selon l'enquête en cours, oui, Paul Mukendi est bel et bien en République démocratique du Congo (RDC), a-t-elle répondu à une question de la Couronne, en faisant la première admission publique des autorités.

Selon les informations disponibles à ce jour, et entendues devant le tribunal lundi, il aurait fui par l'aéroport international Pearson de Toronto le 18 août, soit deux jours après avoir reçu une confirmation de sa peine d'emprisonnement par la Cour d'appel et deux jours avant l'échéance ordonnée par cette même cour pour qu'il se livre aux autorités.

Après ces révélations, d'autres éléments de l'enquête de la police sur sa fuite ont été discutés à huis clos, à la demande de la Couronne.

Notice rouge

L'enquêteuse Suzie Gagné a aussi confirmé lundi que des démarches avaient été entreprises par le Service de police de la Ville de Québec auprès d'Interpol afin de lancer un mandat d'arrestation international contre Paul Mukendi. La sergente-détective a évoqué une notice rouge.

Selon Interpol, les notices rouges concernent les fugitifs recherchés dans le cadre de poursuites ou afin qu’ils purgent leur peine. L'alerte consiste à demander aux services chargés de l’application de la loi du monde entier de localiser [une personne] et de procéder à [son] arrestation provisoire dans l’attente de son extradition, de sa remise ou de toute autre procédure judiciaire.

La représentante du Service de police de la Ville de Québec a cependant apporté un bémol devant le juge Jean Asselin. Il faut être conscient qu'il n'y a pas d'entente d'extradition [entre le Canada et la République démocratique du Congo], a-t-elle rappelé, ce qui rend la tâche d'exécuter ce mandat plus complexe.

Paul Mukendi est menotté et escorté par un policier ainsi que par son avocate.

Paul Mukendi à sa sortie du palais de justice de Québec le 27 février 2020. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Qui plus est, selon les dernières publications de Paul Mukendi sur ses réseaux sociaux, ce dernier s'affiche et circule librement dans le pays. Il annonce même un événement avec ses fidèles, du 16 au 18 décembre prochain, à Kinshasa.

Selon toute vraisemblance, il aurait même participé à des événements dans diverses régions de la République démocratique du Congo. Des éléments aussi observés dans le cadre de l'enquête de la police. Suzie Gagné a toutefois indiqué qu'aucun agent n'était sur le terrain et que ces conclusions proviennent d'une enquête menée sur les réseaux sociaux.

Je doute que monsieur soit présent

L'audience de lundi matin a commencé de manière peu commune. Je doute que monsieur soit présent, a prévenu Me Sonia Lapointe, avocate du ministère public dans le dossier.

Pour la forme, la greffière a fait retentir les haut-parleurs du palais de justice de Québec. Monsieur Paul Mukendi Wa Bukole à la salle 3.11, monsieur Paul Mukendi Wa Bukole, salle 3.11, a-t-elle dit au micro. Sans surprise, le fondateur du Centre évangélique Parole de vie, situé dans Vanier, n'a pas passé la porte de la salle d'audience.

Cette démonstration donnait le ton à la requête présentée par Me Lapointe lundi matin. Paul Mukendi doit en effet subir un second procès pour un autre cas d'agression sexuelle. L'objectif de la Couronne est de tenir le procès malgré l'absence de l'accusé.

Le juge Jean Asselin rendra une décision mardi matin.

Assurer l'équité du procès

Le magistrat a dit lundi qu'il s'agissait pour lui d'une première en la matière pour ce type de requête. Plutôt que de rendre une décision sur le banc, il a préféré se donner un délai de 24 heures.

Il a d'abord manifesté ses inquiétudes quant à l'équité du procès en cas d'absence d'une défense de l'autre côté de la salle, puisque Paul Mukendi ne serait pas présent ni représenté par un avocat dans l'éventualité où son procès se tiendrait sans lui.

Le juge a insisté sur l'importance d'équilibrer les forces et a rappelé qu'il avait un devoir d'impartialité dans les circonstances.

Paul Mukendi a fait une déclaration dans une vidéo publiée sur sa page Facebook.

Capture d'écran de la déclaration du révérend Paul Mukendi publiée sur sa page Facebook. (Archives)

Photo : Capture d'écran / Facebook du Ministère Paul Mukendi

La Couronne a concédé qu'il s'agit d'une mesure d'exception. Me Sonia Lapointe a cependant martelé que Paul Mukendi avait volontairement fui la justice québécoise. Pour étayer ses arguments, elle a présenté au tribunal une vidéo datée de la mi-septembre dans laquelle Mukendi explique pourquoi il ne s'est pas livré aux autorités.

Selon la Couronne, cette démarche montre clairement que le pasteur en fuite avait l'intention de nier la justice québécoise. Pour Me Lapointe, il est évident que l'intérêt public supplante, dans le présent cas, les conséquences de l'absence de Mukendi sur le cours du procès.

Elle a par ailleurs expliqué que, si le procès allait de l'avant, elle ne ferait entendre qu'un seul témoin, soit la plaignante au dossier, et s'attarderait principalement à l'accusation d'agression sexuelle.

Des hauts placés de l'église accusés

Des hauts placés du Centre évangélique Parole de vie, dont Carmen Mukendi, ont aussi vu leurs dossiers de retour devant les tribunaux lundi. La conjointe du révérend est accusée, tout comme ses coaccusés, de harcèlement criminel contre la victime d'agression sexuelle impliquée dans le premier procès de Paul Mukendi.

Ils sont aussi accusés d'avoir identifié publiquement la victime, même si une ordonnance du tribunal interdisait de le faire. Ces événements se seraient produits quelques jours après la fuite de Paul Mukendi vers la République démocratique du Congo.

Outre Carmen Mukendi, Stéphane Milliard, 50 ans et Cédric Malayi, 36 ans, ont plaidé non coupable lundi après-midi. Un quatrième coaccusé, Pierrick Tardif, comparaîtra ultérieurement pour les mêmes accusations.

Ils sont tous en liberté à l'heure actuelle, mais sous diverses conditions, dont de ne pas détenir de passeport ou d'en faire la demande.

Leurs dossiers reviendront devant le tribunal le 24 février.

Avec la collaboration d'Alexandre Duval

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