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La vaccination obligatoire? Pas nécessaire pour le moment, disent des experts

Un travailleur de la santé se nettoie les mains dans un centre de vaccination.

L'imposition d'un programme de vaccination obligatoire pour tous les Canadiens pourrait créer des tensions non seulement entre les personnes non vaccinées et Ottawa mais aussi entre Ottawa et les provinces à propos des champs de compétence de chacun.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Radio-Canada

La situation épidémique reliée à la COVID-19 au Canada n’est pas assez problématique pour que le gouvernement fédéral décide d’imposer la vaccination obligatoire, comme cela s’est fait récemment dans de nombreux pays européens, pensent plusieurs experts.

L'imposition d'un programme de vaccination obligatoire pour tous les Canadiens pourrait en effet se heurter à de sérieuses difficultés en créant des tensions non seulement entre les personnes non vaccinées et Ottawa mais aussi entre Ottawa et les provinces à propos des champs de compétence de chacun.

En vertu de la Constitution, les provinces sont responsables de la prestation des soins de santé, et ce qui concerne la vaccination relève de cette compétence. Si le gouvernement fédéral voulait assumer cette responsabilité, il devrait ou bien utiliser la Loi sur les mesures d’urgence, ou bien adopter une autre loi qui lui donnerait le pouvoir d'agir.

L'enfer se déchaînerait dans les provinces. C'est théoriquement possible, mais cela irait immédiatement devant les tribunaux, et ils [le gouvernement fédéral] devraient prouver que la crise est en fait une crise nationale, a expliqué Michael Behiels, expert en droit constitutionnel à l'Université d'Ottawa.

Selon M. Behiels, le gouvernement fédéral gagnerait probablement toute contestation devant les tribunaux dans le contexte actuel. Cependant, il devrait prouver que le taux d'infection au virus de la COVID-19, le taux de mortalité et les mutations du coronavirus créent une menace que seule une réponse nationale peut atténuer.

Même en cas de victoire, a dit M. Behiels, une telle décision susciterait probablement une réaction négative parmi les gouvernements provinciaux, qui estiment que cette mesure est inutile à ce stade-ci de la pandémie.

Les craintes des personnes non vaccinées

Pour le Dr Isaac Bogoch de l'Université de Toronto, spécialisé dans les maladies infectieuses, et le Dr Gerald Evans, président de la division des maladies infectieuses de l'Université Queen's de Kingston, la vaccination d’un plus grand nombre de personnes pourrait aider à éradiquer la maladie.

Si de 95 % à 100 % de la population était vaccinée, ce virus aurait toutes les peines du monde à se maintenir dans l'environnement, croit le Dr Evans.

Toutefois, la vaccination obligatoire pourrait provoquer un tollé et mettre à mal la bonne volonté des Canadiens envers le gouvernement, ont souligné ces deux médecins.

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les gens ne sont pas vaccinés. Comprendre ces raisons et adapter sa réponse à ces raisons est généralement une approche plus efficace pour ne pas s'aliéner davantage les gens dans un monde déjà polarisé, a indiqué le Dr Bogoch.

Ce médecin a aussi affirmé qu’il existe grosso modo quatre types de Canadiens non vaccinés. Les deux premiers types regroupent les personnes qui ont l'intention de se faire vacciner mais qui ne l'ont pas encore fait ainsi que les personnes qui ont plusieurs emplois ou qui sont des parents monoparentaux et qui n'ont pas eu le temps ou l'occasion de se faire vacciner. Selon le Dr Bogoch, ces groupes ne seraient probablement pas choqués par la vaccination obligatoire.

En revanche, les deux autres groupes, soit les personnes qui éprouvent de l'inquiétude et des craintes persistantes et celles qui ont été influencées par des campagnes de désinformation, pourraient refuser encore plus fortement la vaccination si elle devenait obligatoire, pense-t-il.

De plus, une telle mesure de santé publique pourrait acculer au pied du mur certaines strates particulières de la population, selon le Dr Allison McGeer, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Mount Sinai de Toronto.

Les personnes blanches, financièrement à l'aise, très instruites et nées au Canada ont beaucoup plus confiance dans le système de santé public et sont beaucoup plus disposées à croire leur gouvernement, ce qui explique leurs taux de vaccination plus élevés, a-t-elle précisé.

Les communautés racialisées qui courent déjà un risque nettement plus élevé d'être infectées par la COVID sont celles qui ont le plus de mal à se décider à se faire vacciner, a-t-elle poursuivi.

La meilleure façon d'accroître les taux de vaccination, a affirmé le Dr Bogoch, consiste à comprendre pourquoi chaque groupe refuse de se faire vacciner, puis à essayer de rencontrer ces personnes sur leur terrain, et non pas à essayer de motiver tout le monde avec la même approche.

S'ils ne peuvent pas se rendre dans une clinique de vaccination parce qu'ils sont trop occupés, utilisez des cliniques mobiles. S'ils ont encore des questions à poser, faites-les s'asseoir avec des professionnels de la santé et essayez de répondre à leurs questions. S'ils ont été influencés par des informations erronées, essayez de combattre ces idées fausses, a-t-il suggéré.

D'après un texte de Peter Zimonjic, de CBC News

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