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Monsieur Bouboule, de Patrice Leconte : « Un roman léger sur un homme lourd »

Un homme, sur le tapis rouge du festival de cinéma de Venise.

Patrice Leconte lors de la Mostra de Venise, en septembre 2013

Photo : afp via getty images / GABRIEL BOUYS

Radio-Canada

Artiste surtout connu des cinéphiles, Patrice Leconte a fait bon usage de son nom prédestiné en mettant à profit ses talents de conteur tant au théâtre qu'en bande dessinée ou en littérature au cours de sa longue carrière.

C’est sur le tard que le réalisateur de Ridicule, des Bronzés et de La fille sur le pont s’est initié à l’écriture de romans. Il y a une douzaine d’années, son ami Richard Ducousset, directeur de la prestigieuse maison d’édition Albin Michel, l’a mis au défi de lui soumettre un manuscrit. C’est ainsi qu’est né Les femmes aux cheveux courts, publié en 2009, quand Patrice Leconte avait 61 ans.

Son sixième roman, Monsieur Bouboule, a fait son apparition dans les librairies québécoises à la mi-novembre. L'intrigue, teintée d’humour noir, porte sur la relation entre un journaliste à potins et un fonctionnaire obèse et suicidaire.

« On l’appelait Bouboule depuis l’enfance, et il ne semblait pas malheureux, malgré sa solitude et sa corpulence, mais il finit par m’avouer qu’être aussi gros lui pesait trop, et qu’il avait pris la décision de se balancer depuis la fenêtre de son huitième étage le jour où il pèserait 180 kilos. Il en pesait alors 177. Si je n’arrivais pas à le détourner de son projet macabre, je perdrais mon nouvel ami dans 3 kilos. »

— Une citation de  Extrait de « Monsieur Bouboule »

Pas une plaisanterie

La rencontre avec ce monsieur Bouboule, qui est un personnage complètement inventé, ce n’est pas du tout pour me moquer des gens qui sont en surpoids, assure Patrice Leconte.

Les personnes très volumineuses me touchent infiniment. J’ai beaucoup d’affection pour les gens très, très gros, dont on se moque, souvent à tort, parce que ce sont des gens qui bien souvent ont honte d’être si gros, s’excusent quand ils prennent de la place. J’ai voulu écrire un roman léger sur un homme lourd.

Résidant dans un pays particulièrement obsédé par les régimes minceur, l’écrivain français affirme qu’il s’identifie à son protagoniste, parce que lui-même aurait pu être un petit monsieur Bouboule.

« J’ai été un enfant assez rondouillard. On m’appelait Babar; c’est le nom d’un éléphant. On ne m’appelait pas ″la gazelle″. Je mangeais de bon appétit. Ma mère faisait très bien la cuisine. Je ne me limitais pas. »

— Une citation de  Patrice Leconte

Puis est arrivé le moment de la puberté, un moment où l'on se dit que si on est gros, on va moins facilement plaire aux filles. Donc j’ai arrêté d’être gros, parce que j’ai arrêté de manger trop, j'ai arrêté d’être gourmand.

Gravir l’Everest en tongs

Le narrateur de Monsieur Bouboule, sorte d’alter ego de l’auteur, observe avec effarement son camarade qui sombre dans un épicurisme radical mâtiné d’un fatalisme macabre. Il ne fait rien pour réagir, parce qu’il le dit lui-même, il aime manger. Le destin de Bouboule est ainsi tracé, c’est-à-dire qu’il s’est fixé une échéance qui n’est pas très amusante, en effet, mais c’est parce que sa vie n’est pas très amusante.

Faire marche arrière, ce serait surhumain. Ce serait de passer de 177 kilos à simplement 90 kilos. Vous vous rendez compte du travail que ça représente? C’est comme gravir l’Everest en tongs ou à mains nues, illustre Patrice Leconte.

Sur la page, le cinéaste n’est jamais bien loin du romancier, et c’est tout à fait intentionnel. Les chats ne font pas les chiens, convient-il. J’ai été habitué à écrire des histoires qui deviennent des scénarios, des films. C’est vrai que ma formation, ma tournure d’esprit, ma manière de voir les choses plutôt en images qu’en idées, me pousse à écrire des romans qui ressemblent à des films.

Première collaboration avec Depardieu

Portrait de Gérard Depardieu.

Gérard Depardieu

Photo : Getty Images / Ben A. Pruchnie

En avril prochain paraîtra le nouveau long métrage de Patrice Leconte, Maigret, un polar mettant en scène le commissaire de police créé par l’auteur belge Georges Simenon. Gérard Depardieu – qui avait déjà interprété un pastiche du légendaire personnage dans Bellamy (2009), de Claude Chabrol – incarnera le rôle-titre.

On se tournait un peu autour depuis quelque temps. On savait que si l’occasion se présentait, on serait heureux de faire du cinéma ensemble, explique Patrice Leconte à propos de sa première collaboration avec le monstre sacré du cinéma français. Et quand je lui ai proposé d’incarner Maigret, il a été enchanté. De jouer un personnage aussi grand ne lui était pas arrivé depuis longtemps.

Le cinéaste est heureux de constater que l’acteur, qui faisait beaucoup parler de lui ces dernières années en raison de diverses sorties publiques controversées, semble s’être assagi et apaisé.

« De le filmer en train de jouer Maigret, j’en avais souvent les larmes aux yeux. Je me rends compte à quel point il aime jouer la comédie. »

— Une citation de  Patrice Leconte

Pendant le tournage, il a été confiant, disponible, attentif, patient, heureux... Il est tout sauf blasé. Il a complètement arrêté de boire, il essaie de maigrir un peu, lui, cet autre monsieur Bouboule.

***

Ce texte a été écrit à partir d’une entrevue réalisée par René Homier-Roy, animateur à l’émission de radio Culture club. Les propos ont pu être édités à des fins de clarté et de concision.

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