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Twitter admet des « erreurs » dans sa politique antiharcèlement

Des gens portant des drapeaux et des banderoles marchent dans la rue.

Des membres du groupe d'extrême droite Proud Boys manifestant dans les rues de Manhattan le 20 novembre dernier contre les politiques sanitaires liées à la COVID-19.

Photo : Getty Images / Stephanie Keith

Agence France-Presse

Destiné à lutter contre le harcèlement en ligne, le nouveau règlement de Twitter concernant les images et vidéos est à l'inverse utilisé par l'extrême droite américaine pour se protéger et harceler ses opposants et opposantes, selon des activistes et des spécialistes.

Twitter a décrété mardi que les utilisateurs et utilisatrices (hors personnalités publiques) pourraient demander à ce que des photos ou des vidéos où ils apparaissent, publiées sans leur consentement, soient retirées du réseau social.

L'entreprise a cependant admis dès vendredi que la mise en place de cette mesure avait été difficile.

On nous a fait part d'un nombre significatif de signalements malveillants et coordonnés, et malheureusement, nos équipes ont fait plusieurs erreurs, a déclaré Twitter.

Nous avons rectifié ces erreurs et nous procédons à une enquête interne pour nous assurer que ce règlement est utilisé comme il se doit, a ajouté la firme à l'oiseau bleu.

Ce type de problèmes, de nombreux militants et militantes antiracistes l'avaient anticipé dès l'annonce de la nouvelle politique.

Leurs craintes ont été rapidement confirmées lorsque le chercheur Kristofer Goldsmith a tweeté une capture d'écran d'un message que l'extrême droite avait fait circuler sur Telegram : En raison de la nouvelle politique de Twitter sur la vie privée, de façon inattendue, les choses tournent à notre avantage.

Toute personne possédant un compte Twitter devrait signaler les publications de divulgation de données personnelles (doxxing, en anglais) des comptes suivants, précisait le message, accompagné d'une liste de dizaines d'identifiants.

Gwen Snyder, militante et chercheuse à Philadelphie, a vu son compte bloqué cette semaine, conséquence d'un signalement lié à une série de photos publiées en 2019 montrant un homme politique local lors d'une manifestation organisée par le groupe d'extrême droite Proud Boys.

Plutôt que de faire appel auprès de Twitter, elle a préféré supprimer les photos et parler publiquement de ce qui s'était passé.

Le fait que Twitter élimine [mon] travail de sa plateforme est incroyablement dangereux, et va favoriser et encourager les fascistes, a-t-elle déploré.

Pour justifier sa nouvelle politique, Twitter avait souligné que partager des contenus personnels, tels que des images ou des vidéos, pouvait violer la vie privée d'une personne et causer un préjudice émotionnel ou physique.

Mais cette règle ne s'applique pas aux personnalités publiques ni aux contenus accompagnant les tweets partagés dans l'intérêt général ou apportant une valeur ajoutée au débat public.

Malgré tout, le compte de Chad Loder, qui milite en Californie, a été bloqué après des signalements liés à des images d'un rassemblement antivaccin et d'une confrontation devant le domicile d'un ancien journaliste de Vice.

Twitter dit que je dois supprimer mes tweets comprenant des photos de personnes à un événement public digne d'une couverture médiatique et qui a effectivement été suivi par les médias, ou je ne récupérerai jamais mon compte, a déclaré Chad Loder, précisant qu'il s'agissait du troisième signalement de son compte en 48 heures.

Le signalement massif mené par l'extrême droite est la dernière salve en date d'un effort continu et concerté visant à effacer les preuves de leurs crimes et de leurs méfaits.

La nouvelle politique de Twitter a été annoncée au lendemain de l'arrivée de Parag Agrawal à la tête de Twitter pour remplacer le cofondateur Jack Dorsey. Pour les spécialistes, si elle repose sur de bonnes intentions, elle est extrêmement difficile à mettre en œuvre.

En partie parce que la plateforme est devenue essentielle dans l'identification de personnes liées à l'extrême droite, des internautes s'improvisant détectives et publiant leurs noms ou des informations permettant de les identifier.

Ces divulgations de données personnelles ont coûté leur emploi à certaines des personnes visées, les exposant parfois à des poursuites judiciaires, pendant que les activistes qui publiaient ces données se faisaient aussi menacer ou harceler.

Après l'assaut du Capitole le 6 janvier, lors duquel des milliers de partisans et partisanes de Donald Trump avaient tenté d'empêcher le Congrès de certifier la victoire de Joe Biden, les personnes impliquées avaient fait l'objet d'une intense recherche sur Internet.

Même le FBI publie régulièrement des images de personnes non identifiées, recherchées pour leur lien avec des violences.

Selon Michael Breen, président du groupe Human Rights First, Twitter a donné aux extrémistes une nouvelle arme pour nuire à ceux et celles qui ont le plus besoin de protection et qui mettent en lumière le danger.

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