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Analyse

Le morcellement de la politique française

À quelques mois de l’élection présidentielle en France, la campagne électorale commence à prendre forme avec des candidatures qui se multiplient de tous les côtés de l’échiquier politique.

Des affiches faisant la promotion de la candidature d'Eric Zemmour, à Paris.

Éric Zemmour a officiellement annoncé sa candidature à la présidentielle française.

Photo : Reuters / SARAH MEYSSONNIER

Dimanche après-midi, au nord de Paris, le polémiste Éric Zemmour tient son premier rassemblement depuis qu’il a officialisé sa candidature aux élections présidentielles.

Au même moment, à 35 kilomètres de là, Jean-Luc Mélenchon, du parti de gauche radicale La France insoumise, organise un grand événement devant ses partisans.

La veille, les militants du parti Les Républicains, de la droite classique, choisissaient leur porte-étendard en vue du scrutin d’avril : Valérie Pécresse, présidente de la région d’Île-de-France.

Il va sans dire que la fin de semaine est faste pour les analystes et observateurs de la scène politique française… surtout que les politiciens évoqués ci-dessus ne représentent qu’une poignée des aspirants-présidents qui sont sur la ligne de départ.

La gauche est fracturée entre le Parti socialiste, les écologistes et la France insoumise.

La candidate socialiste Anne Hidalgo et le candidat écologiste Yannick Jadot.

La candidate socialiste Anne Hidalgo et le candidat écologiste Yannick Jadot.

Photo : pool/afp via getty images / THOMAS SAMSON

À l’extrême droite, la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, doit désormais composer avec la présence d’Éric Zemmour, qui tente d’attirer certains de ses électeurs en mettant l’accent sur les thèmes de l’immigration et de l’identité.

Le polémiste, désormais candidat, ne cache pas sa volonté de séduire aussi des électeurs de la droite classique. Un électorat également courtisé par le président sortant Emmanuel Macron, ancien ministre au sein d’un gouvernement socialiste qui a lancé son propre parti centriste.

Lors du premier tour du scrutin, le 10 avril, les deux candidats qui obtiendront le meilleur score se qualifieront pour le second tour.

Or, selon Mathieu Gallard, directeur de recherche au département des affaires publiques d’Ipsos, le nombre élevé de prétendants, peut-être même à des niveaux inédits , rend ce duel du deuxième tour très imprévisible.

« La barre pour se qualifier pour le deuxième tour est beaucoup plus basse. Vous n’avez qu'Emmanuel Macron qui est à un niveau supérieur à 20 %. Donc, beaucoup de candidats peuvent se dire oui, j’ai une chance de me qualifier. »

— Une citation de  Mathieu Gallard, directeur de recherche chez Ipsos

Vers un nouveau paysage politique

Ça fait beaucoup d’élections qu’on constate que beaucoup de Français hésitent, lance Mathieu Gallard, qui observe une redéfinition du paysage politique français.

Le phénomène s’est accéléré avec l’élection ayant mené Emmanuel Macron au pouvoir il y a cinq ans.

Le président français Emmanuel Macron et la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse.

Emmanuel Macron et Valérie Pécresse s'affronteront au premier tour des élections présidentielles.

Photo : pool/afp via getty images / LUDOVIC MARIN

En 2017, le vote du Parti socialiste de gauche, qui était alors au pouvoir, s’est effondré. À droite, des scandales ont nui au candidat des Républicains, qui n’a pas réussi à se qualifier au second tour.

Le contexte a permis au centriste Emmanuel Macron, qui souhaitait briser l’axe gauche-droite, de se hisser au deuxième tour, lors duquel il a affronté Marine Le Pen du Front national [maintenant Rassemblement national].

Il [Emmanuel Macron] devait créer un nouveau monde. Mais ce nouveau monde, cette recomposition ne s’est pas fait, constate Bruno Jeudy, rédacteur en chef du magazine Paris Match.

L’analyste souligne que, malgré des espoirs très minces au niveau national, le Parti socialiste conserve des ancrages au niveau régional. La droite classique elle, qui semble plus en santé malgré certaines divisions internes, est aussi toujours très présente dans le paysage politique, que ce soit à la présidence de régions, à l’Assemblée nationale ou au Sénat.

Les formations des deux finalistes du deuxième tour de 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, n’ont quant à elles pas réussi à s’implanter aussi fortement qu’elles le désiraient ces dernières années.

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national.

Qualifiée au second tour de l'élection présidentielle 2017, Marine Le Pen sera de nouveau candidate du Rassemblement national en 2022.

Photo : afp via getty images / JULIEN DE ROSA

Le Rassemblement national a connu des performances décevantes aux dernières élections régionales de juin 2021. Malgré ses ambitions, la formation de Marine Le Pen n’a pas réussi à gagner la présidence d’aucune région du pays.

Le résultat a été encore plus sévère pour La République En Marche, le parti fondé par Emmanuel Macron, qui dirige la majorité à l’Assemblée, mais qui peine à s’imposer à travers le pays. Le centre n’a obtenu que 10 % lors de ce scrutin régional de juin.

Résultat : plutôt qu’un véritable renouvellement, les Français ont assisté à une multiplication de l’offre politique.

« Ça prend du temps. On n'a pas vu la recomposition politique qui devait venir derrière cette décomposition. »

— Une citation de  Bruno Jeudy, rédacteur en chef du Paris Match

L’abstention, l’autre candidat de l’élection?

Le journaliste Bruno Jeudy rappelle qu’il y a 20 ans, les électeurs français ont aussi dû faire un choix à travers une multitude d’aspirants-présidents. En 2002, sept candidats ont obtenu plus de 5 % des voix au premier tour.

C’est à l’occasion de ce scrutin, lors duquel la gauche était divisée, que le Front national, alors dirigé par Jean-Marie Le Pen, a réussi à se qualifier au deuxième tour pour la première fois de son histoire.

Ce second tour de scrutin, remporté par le président sortant Jacques Chirac, avait aussi été marqué par un important taux d’abstention, d’un peu plus de 20 %.

L’abstention a été encore plus importante lors du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017. On voit bien qu’au fond, plus il y a de candidats, plus les Français hésitent et moins ils votent, avance Bruno Jeudy.

Selon une étude Ipsos-Sopra Steria menée après les dernières élections régionales, à l’occasion desquelles l’abstention a atteint un taux de plus de 65 %, de nombreux facteurs expliquent le phénomène.

Ainsi, 27 % des Français sondés évoquaient le mécontentement à l’égard des personnalités politiques pour justifier leur choix. Pour 23 %, l’abstention s’expliquait par l’absence de préférence pour une liste ou un candidat.

Mathieu Gallard, d'Ipsos.

Selon Mathieu Gallard, d'Ipsos, un grand nombre d'électeurs ne s'intéressent toujours pas à la campagne, à environ quatre mois du scrutin.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Évidemment, le contexte d’une élection présidentielle est différent de celui d’une élection régionale. Malgré tout, le sondeur Mathieu Gallard constate pour l'instant un faible intérêt pour la campagne, à près de quatre mois du premier tour.

Ce qu’on mesure, nous, c’est un faible taux d’intérêt et un faible taux de participation à ce stade. On est autour de 55-60 % des électeurs qui sont certains d’aller voter […] Est-ce qu’on atteindra les autour de 80 % qui se déplacent traditionnellement au premier tour dans les élections présidentielles, c’est pas certain du tout, conclut-il.

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