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Le pape dénonce à Athènes une Europe « déchirée par les égoïsmes nationalistes »

Le pape François.

Le pape François prononce un discours au palais présidentiel à Athènes, le 4 décembre 2021.

Photo : Getty Images / YORGOS KARAHALIS

Agence France-Presse

Au premier jour de sa visite à Athènes, le pape François a parlé samedi de la responsabilité de l'Europe dans la crise migratoire et déploré qu'elle soit « parfois bloquée » et « déchirée par les égoïsmes nationalistes ».

Le souverain pontife argentin de 84 ans, arrivé peu après 11 h à l'aéroport d'Athènes, a regretté que l'Europe persiste à tergiverser face aux arrivées de migrants au lieu d'être un moteur de solidarité.

Il s'exprimait devant la présidente de la République hellénique, Katerina Sakellaropoulou, et le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, ainsi qu'un parterre de personnalités catholiques et de la société civile, qui l'ont chaudement applaudi au palais présidentiel d'Athènes.

François a en outre relevé un recul de la démocratie, et pas seulement sur le continent européen, estimant que la démocratie exige la participation et l'implication de chacun, quand l'autoritarisme est expéditif et les assurances faciles offertes par les populismes semblent tentantes.

« La communauté européenne, déchirée par les égoïsmes nationalistes, apparaît parfois bloquée et non coordonnée, au lieu d'être un moteur de solidarité. »

— Une citation de  Le pape François

Autre enjeu de cette visite, les liens avec les chrétiens orthodoxes, séparés de l'Église catholique depuis le schisme de 1054 entre Rome et Constantinople et majoritaires en Grèce.

Le pape a dit venir à Athènes étancher sa soif aux sources de la fraternité et renforcer ses liens avec ses frères de foi.

Vingt ans après que Jean-Paul II eut demandé pardon pour les péchés des catholiques contre les orthodoxes, en référence au sac de Constantinople de 1204, François a ainsi fait de même, évoquant des erreurs et la honte de l'Église.

Se présentant avec beaucoup de respect et d'humilité, le pape a évoqué les racines communes des deux églises qui ont traversé les siècles, et regretté que celles-ci aient ensuite grandi loin les (unes) des autres.

Les poisons du monde nous ont contaminés, la graine de la suspicion a accru notre distance et nous avons cessé de cultiver la communion, a-t-il déploré devant l'archevêque de l'Église orthodoxe de Grèce Hiéronyme II, avec lequel il a ensuite échangé des cadeaux dans une ambiance cordiale.

Le pape a par ailleurs reçu un accueil très chaleureux lors de sa rencontre avec la communauté catholique, qui représente seulement 1 % de la population, avec des dizaines de drapeaux de la Grèce, du Vatican ou encore du Liban agités par les fidèles. Lors de son dernier discours du jour, il a fait l'éloge de la petitesse de l'Église et mis en garde contre la tentation du triomphalisme.

Une visite éclair à Lesbos

Si le pape François s'est rendu sur l'île grecque de Lesbos en 2016, c'est la première visite d'un pape à Athènes en vingt ans, depuis le déplacement de Jean Paul II en mai 2001.

Avant la Grèce, François avait passé deux jours à Chypre, où il a fustigé avec force le mur de la haine dressé contre les migrants, dont cinquante seront transférés à Rome à la demande du souverain pontife, selon Nicosie.

Ce voyage - son 35 e à l'étranger depuis son élection en 2013 - sera également marqué dimanche par une nouvelle visite éclair à Lesbos, emblématique de la crise migratoire, où il a dit qu'il irait aux sources de l'humanité plaider pour l'accueil et l'intégration des réfugiés.

Une quarantaine d'ONG de défense des migrants ont exhorté le pape à intervenir pour que cessent les refoulements présumés d'exilés aux frontières gréco-turques.

Le père spirituel est attendu avec impatience à Lesbos, où une trentaine de nouveaux demandeurs d'asile ont accosté mercredi.

Nous l'attendons les bras ouverts, a déclaré Berthe, une Camerounaise qui attend du pape qu'il prie pour nous en raison des insécurités que nous avons vécues.

Au cours de sa brève visite du camp de Mavrovouni, il rencontrera deux familles de réfugiés choisies au hasard, selon Dimitris Vafeas, directeur adjoint du camp.

Quelque 900 policiers devaient être déployés le temps de son déplacement sur l'île grecque et aux alentours du camp érigé à la hâte après l'incendie de septembre 2020 qui a détruit la structure de Moria, que le pape avait visité il y a cinq ans.

Drones, véhicules blindés, routes coupées : la capitale est également placée sous haute sécurité jusqu'au départ du souverain pontife lundi en fin de matinée, en prévision d'éventuelles manifestations d'hostilité.

Même si le climat est meilleur qu'en 2001, lors de la première visite d'un pape en Grèce, il y a, à l'intérieur du synode grec, quelques fanatiques anticatholiques réputés, a dit à l'Agence France-Presse Pierre Salembier, Supérieur de la communauté jésuite en Grèce.

A l'arrivée du pape à l'archevêché, un prêtre orthodoxe s'est d'ailleurs manifesté en criant: Pape, tu es un hérétique!, avant d'être maîtrisé par la police.

Tout rassemblement a été interdit dans le centre d'Athènes, survolé par un hélicoptère. Jusqu'à 2000 policiers sont prévus en cas de protestations de fondamentalistes orthodoxes.

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