•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs : Québec débloque 150 millions $

Geneviève Guilbault parle en conférence de presse.

Le plan global de Québec pour contrer l’exploitation sexuelle des mineurs prévoit des investissements de 150 millions de dollars sur cinq ans.

Photo : Radio-Canada

Après avoir déjà fait l’annonce de plusieurs investissements pour lutter contre l’exploitation sexuelle des mineurs, Québec a dévoilé vendredi le plan global qu’il a échafaudé pour contrer le problème. Il prévoit des investissements totaux de 150 millions de dollars sur cinq ans, la plus grande partie étant destinée à des initiatives des forces policières.

Ce plan donne suite en tout ou en partie à 56 des 58 recommandations faites dans le rapport de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs rendu public en décembre 2020.

Il a été élaboré pour les personnes mineures, mais la portée de plusieurs de ses actions sera élargie aux adultes, puisque les situations d’exploitation sexuelle se poursuivent très souvent au-delà de la majorité, selon la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, qui a discuté du plan en conférence de presse.

Celui-ci comprend notamment une vaste campagne de sensibilisation, à laquelle on alloue 2,9 millions de dollars et qui commencera pendant l’hiver 2022. Elle ciblera tout particulièrement les jeunes, entre autres sur les réseaux sociaux qu’ils fréquentent.

Les adultes seront aussi des destinataires du message, dans l’optique de susciter chez eux un changement de culture.

On a tous une responsabilité individuelle de refuser la violence, de refuser l’exploitation. Quand on pense à l’exploitation sexuelle, on pense spontanément aux victimes, mais il ne faut jamais perdre de vue que, s’il y a des victimes, il y a des clients abuseurs, a dénoncé la ministre.

En juin dernier, Québec avait déjà annoncé 100 millions de dollars sur cinq ans pour trois initiatives destinées à pousser plus loin les efforts des forces policières et judiciaires dans la répression de l’exploitation sexuelle des mineurs. Un montant de 80 millions était destiné au renforcement de la lutte contre le proxénétisme.

Une nouvelle escouade formée de 16 enquêteurs a par ailleurs été créée pour dénicher sur le web les pédophiles et les gens qui produisent et consomment de la pornographie juvénile. Cette escouade a permis en novembre d’arrêter 26 individus de plusieurs régions du Québec pour des soupçons de pornographie juvénile.

En octobre, 19,3 millions avaient aussi été promis pour le volet prévention de cette lutte à l'exploitation sexuelle des mineurs.

« Selon les données des forces policières, en 2020, au moins le tiers des infractions qui sont rapportées par rapport à l’exploitation sexuelle concerne des jeunes d’âge mineur. »

— Une citation de  Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

La ministre Guilbault dit également compter sur un durcissement des peines contenues dans le Code criminel canadien, notamment en ce qui a trait au proxénétisme, à la traite de personnes et à l’achat de services sexuels octroyés par des mineurs.

Elle indique en avoir déjà glissé un mot au nouveau ministre de la Sécurité publique du Canada, Marco Mendicino, et compte poursuivre la discussion avec son interlocuteur fédéral.

Un premier pas devra aussi être fait par les juges, qui ont besoin de comprendre l’importance d’appliquer les peines prévues au Code criminel, a ajouté la députée de l’Acadie et vice-présidente de la Commission spéciale, Christine St-Pierre.

Mme St-Pierre a donné l’exemple d’une juge de Laval qui, lors du procès d’un client qui avait fait appel à une prostituée mineure, avait déclaré que la peine minimale de six mois imposée par le Code criminel dans ce cas était un peu cruelle et inappropriée.

L’engagement du milieu touristique

Lors de l’annonce, trois députés de l’opposition qui faisaient partie de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs étaient présents. Ils ont tous tenu à souligner la coopération ainsi que l’importance du travail fait par le gouvernement dans ce dossier.

Ils ont toutefois relevé les points du plan de lutte qu'ils considèrent comme plus faibles, notamment le fait que le milieu de l’hébergement touristique et des grands événements, comme le Grand Prix de Montréal, n'aura aucune obligation pour tenter d’éliminer le tourisme sexuel. Du matériel de sensibilisation destiné aux clients sera cependant remis aux responsables de ce secteur.

Québec compte de plus sur une formation à l’intention du personnel du milieu hôtelier et du transport de personnes, une initiative qui devrait être étendue aux organisateurs de festivals et d’événements touristiques. La formation permettra l’obtention d’une certification prouvant que l’entreprise a adopté des pratiques exemplaires dans ce domaine.

Il y a beaucoup de travail à faire pour conscientiser le secteur, estime Christine St-Pierre. On veut que le milieu de l’hébergement touristique fasse un effort soutenu, c’est-à-dire qu'il fasse comprendre aux gens qui viennent dans un hébergement que l’achat de services sexuels au Canada, c’est criminel, insiste-t-elle.

On espère qu’ils accepteront la main tendue et qu’ils utiliseront le matériel qui leur sera envoyé, qu’il ne tombera pas dans la poussière, déclare pour sa part la députée Méganne Perry Mélançon.

La ministre Guilbault affirme de son côté avoir confiance que la campagne de sensibilisation portera ses fruits, même dans le milieu touristique, et ajoute que les directives en la matière peuvent évoluer. Si on voit que ça ne fonctionne pas, on va voir ce qu’on peut faire, dit-elle.

Aide financière accrue pour le milieu communautaire

Des critiques ont également été exprimées par rapport aux problèmes de financement des organismes communautaires qui travaillent dans le milieu de l’exploitation sexuelle.

Par exemple, les Centres d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) n’ont pas vu augmenter leur budget consacré à l’exploitation sexuelle et à l’aide aux victimes, a déploré Mme St-Pierre. Elle demande également que le financement accordé à ces organismes ne le soit pas par projet, mais plutôt pour la mission générale à laquelle ils contribuent.

Ces organismes-là accompagnent vraiment les victimes dans leur sortie de l'enfer qu'est l’exploitation sexuelle, rappelle-t-elle.

La députée regrette également qu’ait été mise de côté la recommandation 49 du rapport déposé en décembre, qu’elle qualifie de recommandation phare. Cette dernière suggérait de créer une prestation spéciale pour les victimes qui sortent du milieu de la prostitution.

Cette prestation-là, on la voyait comme quelque chose qui allait les accompagner financièrement, mais aussi leur permettre d’avoir un logement sécuritaire, des services psychologiques gratuits. Je pense que c’est un point sur lequel on n’est pas allés assez loin. L’accompagnement des victimes, c’est tellement important, explique Mme St-Pierre.

Protection des mineurs

Tricia, une ancienne prostituée, partage l'avis des députés de l'opposition sur la responsabilité du milieu touristique dans l'exploitation sexuelle.

Les hôtels ferment les yeux, prennent l’argent des filles, prennent l’argent des proxénètes. Moi, je pense qu’il devrait y avoir une obligation de dénoncer ou quelque chose comme ça, dit-elle.

Quant à Manon Monastesse, directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, elle est d'accord avec l'importance que le gouvernement accorde à la lutte contre l'exploitation des mineurs.

Nous, on reçoit des femmes qui sont comme en situation d’itinérance, mais quand on regarde leur passé, on voit qu'elles ont été à plus de 90 % victimes d’inceste, d’exploitation sexuelle, de violence familiale et de violence conjugale. Alors, effectivement, en matière de sensibilisation et de prévention, il faut vraiment viser les mineurs, il faut viser les jeunes, explique-t-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !