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Jérôme Melançon, poète iconoclaste

Le poète Jérôme Melançon.

« En d’sous d’la langue » est le plus récent recueil du poète Jérôme Melançon.

Photo : Éditions Prise de parole

Jérôme Melançon publie un nouveau recueil de poésie intitulé En d’sous d’la langue, aux éditions Prise de parole. Par ses textes, il explore l'identité francophone, la langue française, ses institutions et son histoire.

« La poésie me permet de remettre en cause l'état des choses. »

— Une citation de  Jérôme Melançon, poète

L'auteur livre des textes sur des lieux de la francophonie canadienne qui lui ont été marquants : les Prairies, l'Outaouais, la banlieue de Montréal. Des endroits chargés de sens pour l’auteur.

Saint-Boniface, la capitale du français de l’Ouest, est un symbole qui remonte à Louis Riel et les premières défenses du français, observe-t-il.

Le recueil relate aussi des moments de la vie du poète, qui a grandi tant au Québec qu’autour de la baie Georgienne, en Ontario.

L'adolescence, la vie en banlieue, il y a une certaine vie qui vient avec ça, un ennui aussi, raconte-t-il. C'était pour lui alors un moment de formation de l’identité, et du nationalisme qui vient avec ça.

Dissident linguistique

Dans ce recueil, Jérôme Melançon s’est interrogé sur la relation qu’il entretient avec la langue française. Il explique être agacé par les impératifs imposés par le fait de parler français.

J’ai passé ma vie dans des milieux francophones, il y a beaucoup de pression pour qu'on parle français, pour qu'on défende la langue, beaucoup de prescriptions sur comment parler la langue française, indique-t-il.

« Qu’est que ça veut dire d'être québécois, canadien-français, francophone, francoparlant, peu importe comment on veut dire ça ? »

— Une citation de  Jérôme Melançon, poète

L’auteur relève ainsi l'existence de normes et d’attentes liées aux appareils étatiques, comme la Loi 101, et d'autres lois sur l'identité nationale au Québec, ainsi qu’ailleurs au pays, il y a les organismes, certains groupes, toutes sortes d'institutions qui défendent la langue française.

Ce côté identitaire là me dérange beaucoup parce que ça mène à toutes sortes d’exclusions, confie Jérôme Melançon. Je pensais au fil de mon écriture, à mes amis, à mes connaissances, à des personnes racisées, à des personnes trans, à des personnes qui ont appris le français, mais aussi, à mes enfants qui naviguent deux langues comme ils le peuvent, précise-t-il.

Pourquoi j’ai une vie aussi facile? Personne ne s'oppose à moi, les portes me sont ouvertes alors que tant d’autres autour de moi vivent tellement autre chose, quand ils essaient d’en parler on leur ferme la porte au nez, se questionne-t-il.

Il explique que c’est pour rompre avec ce nationalisme linguistique qu’il écrit. Ce sont des choses que j’ai voulu défaire, j’ai une position ouvertement, assez anti-nationaliste, internationaliste si l’on veut, affirme l’auteur.

De la rivière au cardinal Richelieu

Au cœur du recueil se retrouvent quelques textes sur la notion de colonisation. L’auteur estime que malgré un commun discours selon lequel les francophones ont été colonisés, il n’y a pas de conditions partagées entre les anciens Canadiens français et les peuples autochtones.

Comme francophone nous sommes beaucoup plus les héritiers de Richelieu que les héritiers des peuples autochtones, fait-il valoir. Ce qu’ils ont légué est très différent de ce que les peuples autochtones, les Kanien'kehá:ka par exemple, ou les Abénakis ont laissé, avance-il.

Un héritage que Jérôme Melançon a mis en image à l’aide d'un jeu de mots entre la figure du cardinal Richelieu et de la rivière du même nom, qui coule près d'où il a grandi.

Fortifié, prêt’ à faire table rase
des rencontres des ententes
pour d’venir emportement, rapides.
T’as jamais connu l’nom des Abénakis,
les passages des Kanien’kehá:ka,
c’que c’est que d’vivre avec la terre.

Manifeste poétique

Le personnage de Louis Riel est également présent dans l'ouvrage. C'est une figure qui était associée au catholicisme, et aux Canadiens français quand j'étais enfant, ça fait partie de notre appropriation de figues issues du territoire, dénonce-t-il.

« L'identité [francophone] est forgée par le colonialisme qui continue aujourd'hui. »

— Une citation de  Jérôme Melançon

Il y a beaucoup de colère dans ce recueil, mais c’est une colère pour mener vers autre chose, admet-il.

Cependant, pour lui, faire dissension est une façon d'imaginer un monde différent. Ce qui est important c’est de se rappeler qu’autre chose est possible, dit-il, assuré.

Le recueil de poésie En d’sous d’la langue de Jérôme Melançon est publié aux éditions Prise de parole.

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