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Doit-on interdire les sacs en papier?

Des sacs d'épicerie en papier alignés côte à côte.

Le sac en papier est présenté comme une solution de rechange propre au sac en plastique.

Photo : getty images/istockphoto / Tatiana Kutina

Le Yukon mettra fin à l’utilisation des sacs en papier à partir du 1er janvier 2023, un an après ceux en plastique. Le territoire estime que les sacs en papier requièrent beaucoup de ressources pour être fabriqués, transportés et éliminés. Leur responsabilité dans la crise climatique demeure toutefois complexe et nuancée, selon des experts.

C’est une très bonne nouvelle de savoir que le Yukon adopte une approche holistique pour résoudre le problème environnemental autour des sacs à usage unique, affirme Tamara Stark, directrice de campagne à Canopy, un organisme environnemental.

Selon elle, en interdisant à la fois la vente des sacs en plastique et des sacs en papier, le territoire s'assure qu'il n'y a pas de conséquences du transfert des effets de la production des sacs en plastique vers la production des sacs en papier.

Les premiers sont fabriqués à partir de combustibles fossiles qui finissent par contaminer nos cours d'eau et nos terres , explique-t-elle, alors que les seconds participent à la déforestation des forêts du monde.

Des planches de bois empilées.

Une fois le bois de charpente récolté, ce sont les résidus de bois qui restent qui servent à créer une pâte à papier.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Pour chaque tonne de bois, on obtient une tonne de papier, souligne James Olson, doyen de la Faculté de Science appliquée à l’Université de la Colombie-Britannique.

Selon lui, l’industrie du bois au Canada coupe des arbres pour obtenir dans un premier temps du bois de charpente. Jamais un arbre n’est coupé pour produire uniquement du papier.

Une fois le bois de charpente récolté, ce sont les résidus de bois qui restent qui servent à créer une pâte à papier.

Cependant, certains emballages comme les sacs en papier tirent leur source des forêts vierges. Cela a un effet critique sur l’habitat de caribous, d’ours et d’autres espèces, affirme Tamara Stark.

Par ailleurs, le processus de fabrication des emballages papier, y compris les sacs en papier, est énergivore, selon elle.

Du bois pour fabriquer du papier

Au Canada, l’industrie du bois utilise deux techniques pour convertir le bois en papier.

L'une requiert un procédé mécanique : faire cuire à la vapeur les résidus de bois. L’autre est un procédé chimique : de l’hydroxyde de sodium et du sulfure de sodium sont utilisés pour dissoudre la lignine, une substance organique qui rend les cellules imperméables et rigides.

La moitié du bois est dissoute dans cette mixture, qui dégage des fibres blanches épaisses qui sont ensuite extirpées de la solution pour créer ce qui s’appelle une pâte chimique, explique James Olson.

Une photo officielle de James Olson.

Les recherches de James Olson portent sur la mécanique des fluides, la conception de machines et la science des matériaux appliquée à l'industrie des bioproduits forestiers.

Photo : Fournie par UBC

Il admet que les deux procédés peuvent être gourmands en énergie. Or, en Colombie-Britannique, l’électricité est produite par l’énergie hydroélectrique. En d’autres termes, la production de papier dans la province est assez écologique.

Toutefois, la production du papier depuis une énergie verte ne signifie pas qu'on n’utilise pas de ressources en amont, selon Colienne Regout, fondatrice et directrice de l’entreprise écologique Looks 4 Loops.

« Parfois, on se donne bonne conscience en disant que c’est produit d’une manière verte. Oui, mais si nous n’étions pas obligés de le produire? »

— Une citation de  Colienne Regout, fondatrice et directrice de Looks 4 Loops

La plupart des sacs en papier dans le commerce proviennent du procédé chimique, ce dernier les rendant plus résistants, tandis que les journaux ou les serviettes de table, par exemple, proviennent du procédé mécanique.

Un portrait de Colienne Regout.

Colienne Regout est à la tête d'une entreprise qui enseigne les fondements de l'économie circulaire.

Photo : Fournie par Colienne Regout

En fin de compte, la question n’est pas seulement autour de l’utilisation des sacs en papier. La fabrication des sacs en papier nécessite beaucoup d’eau, un processus de dépollution et de décontaminant. Mais il faut aussi prendre en compte l’acheminement de la matière jusqu’à l’industrie, autant que la distribution, explique Colienne Regout.

Il existe plusieurs types de sacs en papier. Certains ne sont pas recyclables ou compostables en raison de l’encre ou du vernis présents. Selon Colienne Regout, ces informations sont inscrites sur le sac en papier, mais elles sont peu claires pour le public.

Des sacs de papier remplis de denrées alimentaires d'épicerie.

En Colombie-Britannique, les sacs en papier à l'épicier coûteront plus cher à partir du 1er janvier 2022.

Photo : getty images/istockphoto / artoleshko

Interdire les sacs en papier pour sensibiliser le public

Le gouvernement du Yukon explique que la raison principale de l’élimination des sacs en papier d’ici 2023 est la volonté d’endiguer la dépendance aux articles à usage unique.

En fait, le Yukon veut renforcer son engagement à réduire l’utilisation des sacs à usage unique lorsqu’il existe une solution de rechange réutilisable.

« Il s'agit d'un état d'esprit : ce n'est pas parce qu'il [le sac en papier] est biodégradable que nous devons en dépendre. »

— Une citation de  Erin Loxam, responsable des communications au ministère de l'Environnement pour le gouvernement du Yukon

Erin Loxam, responsable des communications au ministère de l'Environnement du Yukon, concède que les sacs en papier présentent moins de risques pour notre environnement lorsqu’ils sont en fin de vie, comparativement aux sacs en plastique.

En effet, ils peuvent être brûlés, recyclés ou compostés. Cependant, ces sacs en papier requièrent des ressources et des dépenses énergétiques importantes pour être produits et transportés, pour être utilisés seulement une fois , ajoute-t-elle.

Ce n’est certainement pas un problème là où il est possible de fabriquer de la pâte à papier et du papier, mais au Yukon, nous n’avons pas d’entreprises qui confectionnent du papier. Nous devons donc transporter [sur un long trajet] ces articles à usage unique jusqu'à Whitehorse et au-delà, souligne Erin Loxam.

Ainsi, on doit donc acheminer ces sacs à usage unique sur la route de l'Alaska, alors que 2825 km sépare Vancouver de Whitehorse, en utilisant du carburant et en créant des émissions de GES.

La Colombie-Britannique garde les sacs en papier

En Colombie-Britannique, le ministère de l’Environnement ne réfléchit pas encore à une interdiction des sacs en papier.

Cependant, dès le 1er janvier 2022, il mettra en place une nouvelle loi qui permet de limiter l’utilisation de sac à usage unique, comme les sacs plastiques. Selon le Ministère, les sacs en papier sont plus facilement recyclables et fournissent une solution de rechange au plastique.

Néanmoins, il lutte contre la dépendance aux sacs en papier, qui reste un accessoire à usage unique en imposant des frais de 0,25 dollar pour dissuader les consommateurs de l'utiliser et les forcer à se tourner vers des options réutilisables.

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