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Arrêt de l’usine du lac à la Pêche : le maire avoue qu’il a dû agir de façon précipitée

Un employé d'un café de Shawinigan verse de l'eau dans une distributrice.

Le café Morgane de Shawinigan est dans le périmètre visé par l’avis d’ébullition préventif publié jeudi (archives).

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Radio-Canada

Depuis jeudi, environ 30 000 citoyens de Shawinigan sont visés par un avis d’ébullition. La Ville a annoncé mercredi devoir arrêter son usine de traitement de l’eau potable du lac à la Pêche pour revenir à l’ancien système d’approvisionnement. Le préavis aura été très court pour les commerçants et les hôpitaux, notamment, et le maire Michel Angers admet que la Ville a dû agir de façon précipitée.

Je vais être très honnête avec vous. Quand on a fait la conférence de presse, on devait annoncer la fermeture de l’usine pour le lundi ou le mardi de la semaine prochaine afin de laisser le temps aux gens justement de faire leurs provisions, avoue le maire de Shawinigan, en entrevue à l’émission Toujours le matin.

Michel Angers estime que les gens ont tout à fait raison de ne pas être contents de la situation. Le plan de communication n’a pas fonctionné comme il le souhaitait. Dès mardi matin, en catastrophe, la directrice [des travaux publics] est débarquée dans mon bureau en me disant : "On est en train de perdre l’usine. On va revoir le même scénario que l’année dernière." Il fallait absolument faire quelque chose, explique-t-il.

Michel Angers a dû devancer l’arrêt de la station de filtration de l’eau du lac à la Pêche pour empêcher une arrivée massive de sédiments dans le ruisseau, en raison des membranes de filtration de l’usine qui se colmatent. J’aurais souhaité, moi aussi, avoir une semaine pour aviser notre population de ce qui était pour arriver. Malheureusement, la situation s’est dégradée très rapidement, poursuit-il.

Michel Angers est au micro pendant la conférence de presse concernant l'usine de traitement de l'eau potable du lac à la Pêche.

Michel Angers (au centre) en conférence de presse mercredi, à l'annonce de la fermeture temporaire de l'usine de traitement de l'eau du lac à la Pêche

Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

La ruée vers l’eau

La Ville de Shawinigan a avisé les hôpitaux, les CHSLD et certains commerces quelques heures avant de publier son avis d’ébullition. L’annonce a créé un effet de panique et les gens se sont rués vers les commerces pour se procurer de l’eau.

Un commis d'épicerie du IGA Baril de Shawinigan remplit les étagères de bouteilles d'eau.

Un commis d'épicerie du IGA Baril de Shawinigan remplit les étagères de bouteilles d'eau jeudi.

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

La propriétaire du IGA Extra de Shawinigan admet que la journée de jeudi a représenté un problème. Parce que là, tout le monde a un petit peu paniqué, raconte Selena Baril, en entrevue à l’émission Toujours le matin. Nous, quand on appuie sur le bouton pour faire une commande supplémentaire d’eau, ça n’apparaît pas comme par magie dans nos commerces.

La propriétaire ajoute que l’avis d’ébullition complique les opérations de certains rayons de son commerce, comme le prêt-à-manger, les fruits et légumes et la poissonnerie.

On ne peut pas utiliser l’eau du robinet pour nettoyer les fruits et légumes, par exemple. Pour notre table à glace destinée au poisson, il a fallu trouver un système parce que là, je ne peux pas mettre mes poissons directement sur la glace parce qu'elle est faite à partir de l’eau du robinet. C’est toutes des petites mesures qu’il faut mettre en place rapidement, explique-t-elle.

Selena Baril, propriétaire du IGA Extra de Shawinigan, dans une allée de son supermarché.

Selena Baril, propriétaire du IGA Extra de Shawinigan

Photo : Radio-Canada

Des complications semblables sont vécues par les restaurateurs. Tous les endroits où ils font de la nourriture en ont pour quelques semaines à avoir des problèmes, indique Chantal Bordeleau, copropriétaire du restaurant Clarah, dans le secteur de Saint-Gérard-des-Laurentides.

Nous, maintenant, on est rendus avec des canettes de liqueur, mais tous ceux qui ont de la liqueur en fontaine, ils ne peuvent plus passer ça. C’est compliqué, dit celle qui possède son commerce depuis 25 ans.

Pour l’instant, les résidents des secteurs de Saint-Gérard-des-Laurentides, de Shawinigan, de Shawinigan-Sud et de Lac-à-la-Tortue doivent faire bouillir leur eau une minute avant de la consommer.

Afin d'aider les résidences pour aînés et les organismes communautaires touchés par l’avis d’ébullition préventif, le Service incendie de la Ville de Shawinigan procédera, ce vendredi, à une distribution d’eau potable.

Le maire de Shawinigan rappelle aussi que de l’eau potable est distribuée à l’extérieur du garage municipal, accessible par la 98e Rue. Les citoyens sont invités à apporter leurs récipients afin de les remplir.

Michel Angers souhaite que les citoyens n’aient pas à faire bouillir leur eau à Noël. Il veut travailler avec la santé publique pour que des analyses de l’eau soient réalisées au début de la semaine prochaine, afin que l’avis d’ébullition puisse être levé le plus rapidement possible.

Les accusations fusent

La restauratrice Chantal Bordeleau, comme bien d’autres intervenants de Shawinigan, dénonce le calendrier des décisions qui ont été prises par la Ville de Shawinigan. Les problèmes à l’usine d’eau potable du lac à la Pêche étaient connus depuis très longtemps. Depuis le mois de juillet de l’année passée qu’ils ont des problèmes. Ils auraient pu nous avertir avant ça, c’est sûr et certain, fait-elle remarquer.

L’ancien candidat à la mairie Luc Trudel va plus loin en accusant Michel Angers d’avoir caché de l’information critique en campagne électorale.

Tout au long de la campagne, il disait – et les membres de l’Hôtel de Ville répétaient aux médias – que l’usine fonctionnait pratiquement normalement. [...] Ce qu’il faut comprendre aujourd’hui, c’est que tout ce que M. Angers a dit pendant la campagne, ce n’était pas vrai, indique Luc Trudel sur les ondes d’ICI Première.

Selon lui, le maire n’a pas pu prendre la décision en début de semaine sans qu’il y ait eu des discussions préalables et des travaux pour préparer le retour à l'ancien système.

Luc Trudel devant l'hôtel de ville de Shawinigan.

L'ex-candidat à la mairie de Shawinigan Luc Trudel (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

Des citoyens sont du même avis. C’est le cas notamment d’André Berthiaume, un résident de Shawinigan qui avait déjà demandé au ministère de l’Environnement de fermer l’usine du lac à la Pêche en raison des rejets de sédiments sur ses terres, au printemps dernier.

Moi, je me sens trompé en tant que propriétaire. Et tous les Shawiniganais ont été trompés pendant des mois par le maire et les conseillers en place. À tout le moins, il devrait s’excuser auprès des propriétaires d’abord, indique André Berthiaume.

Il est heureux que la Ville ait procédé à la fermeture de l’usine et que ses terres soient épargnées, mais il estime que la décision aurait dû être prise bien avant, malgré la campagne électorale municipale qui était en cours.

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