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COVID-19: les foyers pour aînés réagissent

Une main ganté tient dans sa main une main d'une personne âgé couché dans un lit.

Une personne âgée reçoit des soins.

Photo : Getty Images / Hugh Hastings

Les foyers de soins et les établissements résidentiels pour adultes réagissent aux propos de la FCSII.

Cinquante-sept décès liés à la COVID-19 sont survenus dans des foyers de soins et des établissements résidentiels pour adultes au Nouveau-Brunswick depuis le début de la pandémie, selon les données fournies par le gouvernement provincial le 6 décembre 2021. 

Les établissements résidentiels pour adultes, qui sont des établissements privés, offrent des services à une clientèle relativement autonome, qui nécessite toutefois une surveillance.

Les foyers de soins, qui sont pour la plupart des organismes sans but lucratif, offrent des services de niveaux 3 et 4, c’est-à-dire des services infirmiers pour des personnes qui ont besoin d’aide pour leurs soins personnels et nécessitent souvent des soins médicaux.

Au Nouveau-Brunswick, les soins de longue durée pour les aînés offrent trois composantes: les soins à domicile, les établissements résidentiels pour adultes et les foyers de soins.

Ce texte a été mis à jour le 21 décembre 2021 pour prendre en compte le point de vue de l'Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick et de l’Association francophone des établissements de soins spéciaux du N.-B.

Quarante-deux pour cent des 136 décès liés à la COVID-19, sont survenus dans 14 établissements de soins de longue durée, selon les chiffres fournis par le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Le gouvernement n’a pas précisé combien de ces établissements étaient des foyers de soins, et combien étaient des établissements résidentiels pour adultes.

Plusieurs provinces durement touchées

Selon la Fédération canadienne des syndicats d'infirmières et d'infirmiers (FCSII), qui représente près de 200 000 infirmières et infirmiers syndiqués de huit provinces dont le Nouveau-Brunswick, les décès dans les établissements de soins de longue durée, au Canada, sont parfois liés à un manque de personnel qualifié. La vie, la qualité de soins de nos personnes âgées sont en danger aujourd’hui, dit Linda Silas.

Linda Silas en conférence de presse à l'extérieur.

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers.

Photo : Radio-Canada

La FCSII estime que les soins inadéquats offerts aux personnes âgées dans les foyers de soins provoquaient déjà des décès au Canada avant que la COVID-19 ne frappe. Même avant la pandémie, on avait beaucoup de personnes âgées qui avaient des décès juste avec la simple grippe, dû [au fait] qu’ils sont quatre par chambre, il n'y a pas assez de personnel, ils ne sont pas assez surveillés, la nutrition n'était pas adéquate, déplore la présidente du syndicat, Linda Silas.

Cette déclaration a fait réagir les associations représentant les établissements résidentiels pour adultes et les foyers de soins du Nouveau-Brunswick. Selon l’Association francophone des établissements de soins spéciaux du Nouveau-Brunswick (l’AFESSNB), cette déclaration pourrait laisser croire à un public mal informé que tous les foyers du Nouveau-Brunswick n’ont pas assez de personnel, que les résidents ne sont pas assez surveillés, que la nutrition n’est pas adéquate, et que les résidents sont quatre par chambre. Et cela est simplement faux. L’AFESSNB nous a fait parvenir ses commentaires par courriel, et a décliné nos demandes d’entrevue. Le directeur général par intérim de l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, Michael Keating, a pour sa part accepté de nous accorder une entrevue.

Michael Keating interviewé.

Michael Keating, directeur général intérimaire de l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada/Zoom

La situation décrite par la présidente de la FCSII ne s’applique pas nécessairement au Nouveau-Brunswick. Ainsi, si effectivement dans certains foyers en Ontario il y avait quatre résidents par chambre, et s’il y avait parfois plus de deux résidents par chambre au Québec, la situation est différente au Nouveau-Brunswick. Selon l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick (AFSNB), la plupart des résidents en foyer de soins disposent d’une chambre privée, et le maximum de personnes dans une chambre est deux.

Le ministre du Développement social du Nouveau-Brunswick, Bruce Fitch, affirme que les inspecteurs de son ministère s’assurent régulièrement que les établissements respectent le ratio d’employés par résident, afin que les soins appropriés soient offerts. Le ministre précise que si un établissement ne respectait pas les normes, il pourrait perdre son permis d’exploitation.

Bruce Fitch donne un point de presse.

Bruce Fitch, ministre du Développement social du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada

Bruce Fitch rappelle que la COVID-19 a pris tout le monde par surprise. Le ministre estime que la réponse du gouvernement a été plutôt bonne, compte tenu des circonstances.

Selon Linda Silas, la situation au Nouveau-Brunswick est loin d’être parfaite. Il n'y a pas une province qui peut se vanter d’avoir des bons soins de longue durée, c’est pour ça que c’est une crise nationale, dit-elle.

Mais l'AFSNB répond que dans la première année de la pandémie, les établissements de soins de longue durée du Nouveau-Brunswick n’ont pas été touchés aussi sévèrement que ceux d’autres provinces, comme le Québec ou l’Ontario. Pour les premières trois vagues de la pandémie, on a été bien servis par les foyers de soins, on n’avait pas de cas dans les foyers sans but lucratif, et malheureusement on a eu, je pense, huit décès dans un foyer, mais à part de ça, on a été très contents, peut-être chanceux aussi, estime Michael Keating, le directeur général par intérim de l'Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick.

« Dans la quatrième vague, on a été frappés fortement. »

— Une citation de  Michael Keating, le directeur général par intérim de l'Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick

La situation s’est dégradée dans certains foyers de soins, après le passage à la phase verte, décrétée au mois d’août 2021 par le gouvernement de Blaine Higgs. Lorsque la quatrième vague a frappé, à la fin de l’été et au début de l’automne, plusieurs cas de COVID-19 ont été signalés, et quelques foyers ont déploré des décès. Je pense que, quand on a ouvert en août, je pense que, je ne peux pas dire exactement ce qu’il est arrivé parce que je n’ai pas assez de connaissances, mais peut-être qu’on n’était pas aussi sécures qu’on était dans le passé, peut-être les visiteurs ont commencé à rentrer de nouveau, peut-être des personnes ne sont pas assez attentifs pour porter les masques et n’ont pas été vaccinées, suggère Michael Keating, qui dit ne pas connaître les causes exactes de l’augmentation des cas durant la quatrième vague.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs.

Photo : Facebook - Blaine Higgs

Foyers de soins

Il y a 71 foyers de soins dans la province. La grande majorité est sans but lucratif, mais certains sont privés. Ils offrent des services de niveaux 3 et 4 à des personnes qui ont besoin de soins infirmiers. Pour les soins aux résidents, ces foyers doivent employer un ratio de 15% d’infirmières immatriculées, 20% d’infirmières auxiliaires, et le reste est composé des préposés aux bénéficiaires.

Établissements résidentiels pour adultes

Les établissements résidentiels pour adultes au Nouveau-Brunswick sont des établissements privés. Il y en a plusieurs centaines dans la province. Certains accueillent moins de dix personnes, tandis que d’autres en accueillent plusieurs dizaines. Ils offrent des services aux personnes qui ont encore une certaine autonomie. Ces établissements n’ont pas à employer un ratio d’infirmières comme c’est le cas pour les foyers de soins.

Des leçons de la quatrième vague

Depuis la fin de la quatrième vague, l’AFSNB dit que des mesures ont été prises. On a appris beaucoup de choses [...] Maintenant, personne ne peut entrer au foyer sans avoir un test rapide, et là ça veut dire le test rapide est bon pour nous parce que ça peut identifier si quelqu’un a le COVID avant qu’ils aient vraiment des symptômes, explique Michael Keating.

Aussi, la vaccination des employés est obligatoire depuis le 19 novembre. Dans l’ensemble des foyers de soins, 136 personnes ont refusé de se faire vacciner. Elles ont été envoyées à la maison, sans salaire. Les foyers de soins ont consenti à laisser un délai supplémentaire à ces personnes, pour se faire vacciner. On va leur donner un certain temps pour être vaccinées, sinon on va les congédier, affirme le directeur général par intérim de l’AFSNB.

S’ajuster à la réalité de la pandémie

Plusieurs établissements au Canada n’étaient pas prêts à faire face à une pandémie de l’ampleur de celle qui a frappé, selon la FCSII. Au printemps 2020, les hôpitaux étaient vides parce qu’on s’attendait qu’on allait être frappés comme l’Italie, tout le monde avait vraiment peur, et beaucoup des administrateurs n’ont même pas pensé aux soins de longue durée, où la santé et sécurité n’était pas une priorité. Il n'y avait même pas les équipements nécessaires pour la protection personnelle, déplore Linda Silas.

Sauf que dès le début de la pandémie, au Nouveau-Brunswick, le gouvernement provincial a imposé des mesures sanitaires obligatoires dans les établissements de soins de longue durée. Des rapports d’inspection de Travail sécuritaire NB ont montré, toutefois, que quelques établissements n'auraient pas respecté toutes les règles décrétées par la province. C'est le cas de l’établissement le Manoir de la Vallée, à Atholville, qui n'avait pas prévu, selon Travail sécuritaire NB, de plan opérationnel relatif à la COVID-19, même si cela était obligatoire. Il a fallu attendre sept mois pour que le foyer se dote d'un comité de santé et sécurité. Dans une entrevue plus tôt cette année à CBC, le président-directeur général du groupe Lokia, l’entreprise propriétaire du Manoir de la Vallée, où deux résidents sont morts en 2020, le Dr Guy Tremblay, disait: nous n’étions pas prêts à faire face à une pandémie au Nouveau-Brunswick à l’époque. Personne ne savait à quoi s’attendre. L’Association Francophone des Établissements de Soins Spéciaux du Nouveau-Brunswick souligne dans un communiqué que le fait qu’il y ait eu 57 décès dans les foyers, ce qui représente 42% de tous les décès, ne signifie pas que les établissements n’étaient pas prêts à cause d’un manque de personnel et de matériel. Personne n’était prêt à faire face à la pandémie, rappelle l’AFESSNB. Selon l’organisme, pour mieux éclairer le sujet des foyers qui ont eu des éclosions, il faudrait des statistiques contextuelles, telles que la période durant la pandémie où l’éclosion a eu lieu, le taux de vaccination à cette date, etc.  Et même si ces données étaient fournies, on ne peut tirer de conclusions, car on ne sait pas comment le virus est entré dans le foyer.

Un défi de ressources humaines

Selon un sondage réalisé par le Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (SIINB) auprès de 500 de ses membres et publié en octobre 2020, 75 % des infirmières estiment que les soins aux résidents dans les foyers de soins se sont détériorés au cours des trois à cinq dernières années. Selon le même sondage, 89 % des infirmières estiment que les résidents ne reçoivent pas l’aide nécessaire pour faire de l’exercice régulièrement, et 63 % des infirmières disent que les soins d’hygiène ne sont pas offerts régulièrement aux résidents.

Depuis 2016, le nombre d'infirmières a diminué dans les foyers de soins. Le gouvernement libéral de l’époque a réduit le ratio des infirmières immatriculées de 20 % à 15 %, et celui des infirmières auxiliaires de 40 % à 20 %. Cela s'est traduit par une perte de 50 infirmières immatriculées et de plus de 300 infirmières auxiliaires dans les foyers de soins du Nouveau-Brunswick. L’AFSNB s’était opposée à cette réduction du nombre d’infirmières. On n’était pas d’accord avec ça, parce que d’avoir des personnes avec le plus de qualifications possible est dans nos meilleurs intérêts, dit Michael Keating, le directeur par intérim de l’AFSNB.

Offrir de meilleurs soins passe par l'ajout de personnel, selon la FCSII. Or, la pénurie de professionnels de la santé qui pèse sur le monde médical touche aussi durement les foyers de soins qui emploient des infirmières, des infirmières auxiliaires et des préposés aux bénéficiaires. On a une pénurie sévère, au Nouveau-Brunswick c’est près de 1000 postes vacants. En Nouvelle-Écosse, c’est encore 1000 postes vacants, dit Lindas Silas, en parlant de l’ensemble des positions d’infirmière, dans les hôpitaux et les foyers de soins.

Les foyers de soins comptent un total d’environ 7000 employés, répartis dans 71 établissements. On peut dire que toutes nos positions sont presque comblées, mais le problème c’est d’avoir les nouveaux employés, c’est très difficile, explique Michael Keating.

Une infirmière.

Le recrutement d'infirmières représente un défi dans les foyers de soins, note l'AFSNB.

Photo : Getty Images / skaman306

Il manque d’infirmières immatriculées et d’infirmières auxiliaires. Dans la province il y a des foyers qui cherchent toujours, mais je pense qu’on manque comme 70 infirmières dans notre secteur [...] des infirmières auxiliaires, c’est très très difficile de les avoir maintenant, parce qu’il n’y en a pas assez, par exemple, on a peut-être 100 étudiants par année, quand on a besoin d’avoir 300 personnes dans notre secteur, dit-il.

D’ailleurs, l’AFSNB a embauché une personne pour travailler à temps plein, en collaboration avec le gouvernement provincial, sur le recrutement de personnel.

Malgré ces défis liés au recrutement, les foyers de soins ont réussi à traverser les trois premières vagues de la pandémie sans connaître un grand nombre de cas, remarque Michael Keating.

Du côté des établissements résidentiels pour adultes, il existe aussi des besoins en ce qui a trait aux ressources humaines. Sur le site web de l’Association francophone des établissements de soins spéciaux du Nouveau-Brunswick, l’organisme explique qu’un de ses objectifs est d’aider nos membres à recruter 200 employés formés qui vont rester à l’emploi de nos membres pour au moins trois ans à partir du mois de janvier 2022.

L’AFESSNB déplore que le per diem payé aux ÉRA [établissements résidentiels pour adulte] de niveau 2 n’a augmenté que de 9 % depuis 1998 et que beaucoup d’entre eux font face à des difficultés financières forçant les propriétaires-opérateurs de fermer ou de travailler des heures folles.

Augmentation des heures de soins

Au début de la pandémie, en vertu des normes provinciales, les aînés dans les foyers de soins recevaient 3,1 heures de soins quotidiennement. Selon la FCSII, les résidents devraient recevoir au moins 4 heures de soins par jour. Si on avait une dotation de 4 heures ou 4,5 heures par résident, on aurait pu éviter bien des choses, estime Linda Silas.

En pleine pandémie, l'Ontario a promis d'offrir 4 heures de soins d'ici 2025, et le Nouveau-Brunswick a augmenté les soins à 3,2 heures. Ils passeront à 3,3 heures en 2022.

« C'est la première fois en 13 ans que le gouvernement augmente les heures pour les résidents dans les maisons de soins infirmiers. »

— Une citation de  Bruce Fitch, ministre du Développement social du Nouveau-Brunswick

Pas d’enquête publique au Nouveau-Brunswick

Au Nouveau-Brunswick, comme partout au pays, la crise provoquée par la pandémie a montré les défis qui existent dans les établissements de soins de longue durée. Toutes les caméras étaient sur les foyers de soins, et ça, ça a vraiment réveillé tous les politiciens. Si on [n'avait] pas eu la pandémie, je ne pense pas que toutes les caméras auraient été placées sur les foyers de soins, parce que ça fait 15, 20 ans que les infirmières, infirmiers, les infirmières auxiliaires et les autres crient pour avoir plus d’aide dans nos foyers de soins, remarque Linda Silas. On a ignoré la situation trop longtemps, et là, on doit faire des décisions vite, et des décisions qui réellement vont coûter cher, rajoute-t-elle.

Au Québec, une enquête du coroner a lieu pour mieux comprendre pourquoi la situation s’est rapidement dégradée dans les CHSLD pendant la pandémie.

Il y a un an, le Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick a aussi demandé une enquête publique dans les foyers de soins, mais le gouvernement provincial a refusé.

Le ministre refuse toujours la tenue d’une enquête. À ce stade, ma décision est toujours la même, ce n'est pas seulement ma décision. Nous continuons d'avoir besoin de toutes les ressources humaines pour nous assurer que nous faisons le meilleur travail possible pour les personnes âgées et pour nous assurer que la COVID-19 est sous contrôle. Diviser les efforts avec une enquête serait contre-productif, estime Bruce Fitch. Selon lui, la COVID-19 a pris tout le monde par surprise, et il estime que la réponse du gouvernement a été plutôt bonne, compte tenu des circonstances.

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