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Hydrogène vert : le Québec ne veut pas rater son coup

Électrolyseur d'hydrogène

Le gouvernement du Québec entrera dans la course à la production d'hydrogène vert.

Photo : Radio-Canada

Le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, lancera lundi une ultime consultation pour peaufiner sa stratégie de production d'hydrogène vert, qu'il doit dévoiler en avril prochain.

On veut avoir l'heure juste. Quel est le niveau de financement nécessaire pour réaliser nos ambitions inscrites dans la stratégie? dit le ministre qui a mené une première consultation le printemps dernier.

L'objectif est maintenant de chiffrer la stratégie pour s'assurer que les fonds nécessaires seront au rendez-vous lors du prochain budget du gouvernement.

Jonatan Julien, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles

Jonatan Julien, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles

Photo : Radio-Canada

Il ne s'agit plus de savoir si le Québec entrera dans la course à l'hydrogène vert, mais à quelles conditions. Pour le moment, la production est énergivore et coûteuse. Pour fabriquer une tonne d'hydrogène vert, il faut 60 000 kWh.

Au tarif d'Hydro-Québec, soit le tarif réservé aux grandes entreprises, il en coûte donc 2400 $ la tonne. Et dans l'équation, le gouvernement doit considérer qu'à compter de 2026, le Québec n'aura plus le surplus d'électricité dont il dispose en ce moment.

Mais le pari en vaut quand même la peine, selon Jonatan Julien. Ce n'est pas une industrie qui est mature actuellement, les coûts sont assez élevés par rapport à l'électricité qu'on va y injecter, mais si on ne saute pas aujourd'hui dans le train, en 2030 quand il y aura de meilleurs résultats, il sera trop tard, explique le ministre.

« On est certains qu'il y a de l'avenir pour l'hydrogène vert au Québec, mais on ne viendra pas brader notre énergie à tout prix. »

— Une citation de  Jonatan Julien, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles

Une véritable course verte

Bertrand Masselot, président Air Liquide Canada.

Le Québec abrite déjà la première usine du monde à produire à grande échelle de l’hydrogène vert grâce à l'électrolyse de l'eau.

Le géant français Air Liquide a inauguré il y a moins d'un an cette nouvelle installation dans le parc industriel de Bécancour.

C'est la plus grosse au monde en fonctionnement aujourd'hui; et je vous dis bien "aujourd'hui", parce qu'ici on parle de 20 mégawatts, mais on est déjà dans un facteur 10. On a des projets à 200 mégawatts qui sont sur la table en Normandie, précise le président d'Air Liquide Canada, Bertrand Masselot.

Air Liquide produit 8 tonnes d'hydrogène vert par jour dans le Centre-du-Québec, mais ça représente le tiers de la production quotidienne, le reste étant produit avec du gaz naturel.

L’électrolyse coûte deux à trois fois plus cher que le procédé par hydrocarbure, le prix de vente est donc aussi plus élevé. Pour rendre le précieux gaz attrayant, il faudra augmenter la production.

Cette course à la taille, ce n'est pas pour la beauté de faire gros, c'est pour diminuer les coûts, [ce] qui va nous permettre d'atteindre la compétitivité, et pour répondre à une demande qu'on voit croissante, évoque M. Masselot.

La minière Fortescue est l'un des géants industriels de la planète qui est à la recherche d'hydrogène vert. L'entreprise australienne veut atteindre la carboneutralité en 2030. Et le défi est grand, puisqu'on estime que, si elle ne fait rien, c'est plus d'un milliard de litres de diesel par année qu'elle utilisera d'ici là.

La minière australienne Fortescue

La minière australienne Fortescue est à la recherche d'hydrogène vert.

Photo : Avec la gracieuseté de Fortescue

Fortescue ne veut pas seulement acheter de l'hydrogène vert pour atteindre ses objectifs de carboneutralité, elle veut en produire. La région de la Côte-Nord et ses barrages hydroélectriques sont dans sa mire.

Nous avons visité Sept-Îles plusieurs fois dans les derniers mois, explique la présidente et cheffe de la direction de l'entreprise, Julie Shuttleworth.

« Nous avons visité 60 pays en 18 mois. »

— Une citation de  Julie Shuttleworth, présidente et cheffe de la direction de Fortescue

L'objectif de l'entreprise est d'avoir son propre lieu de production d'ici trois à cinq ans, mais le Québec n'est pas seul dans la course. On ira vite de l'avant dans l'endroit où on obtiendra rapidement les autorisations gouvernementales et l'appui de la communauté, ajoute la femme d'affaires.

Julie Shuttleworth a rencontré le ministre Julien, et une rencontre a aussi été organisée entre des représentants de l'entreprise et le premier ministre Legault lors de son passage à la COP26, à Glasgow.

Décarboner le Québec d'abord

On a l'or vert, on a l'hydroélectricité, alors je suis intéressé qu'il y ait des investisseurs qui viennent nous aider dans cette aventure-là et je serais fou de m'en priver, s'exclame le ministre des Ressources naturelles.

Jonatan Julien insiste toutefois : il faudra que la production d'hydrogène vert serve d'abord à aider le Québec à atteindre ses cibles de réduction de gaz effet de serre avant de penser à l'exportation.

« On a tous les atouts, assurons-nous d'avoir la bonne recette. »

— Une citation de  Jonatan Julien, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles

Quant à l'idée lancée par le Parti libéral du Québec de nationaliser la production d'hydrogène vert, le ministre écarte cette possibilité. L'hydroélectricité est déjà nationalisée, pas besoin de nationaliser l'hydrogène vert, parce que l'intrant, lui, est déjà nationalisé, conclut-il.

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