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Roger Lecours : gérer la dernière scierie indépendante en Ontario

Roger Lecours au téléphone, à son bureau.

Roger Lecours, vice-président et copropriétaire de Lecours Lumber, troisième génération à prendre les rênes de la scierie familiale.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Ce sont les « irréductibles Gaulois » de l'industrie forestière ontarienne : Lecours Lumber dans la région de Hearst est aujourd’hui la seule scierie indépendante de la province. La famille franco-ontarienne a enduré la crise financière et d’incessantes guerres commerciales sur le bois d’œuvre.

Établie à Calstock en 1943, l’entreprise produit 80 millions de pieds-planche chaque année et emploie autour de 200 travailleurs. C’est l’un des principaux employeurs de la région et de la Première Nation de Constance Lake. La scierie est d’ailleurs située sur les terres de la petite communauté autochtone.

La production de bois fait partie de l’ADN des Lecours depuis plusieurs générations. Trois frères – Arthur, Fred et Georges – avaient quitté le Québec à différents moments au tournant des années 1930 pour s’établir dans la région de Hearst, riche en forêts.

Une cabane dans une forêt, devant laquelle se trouvent plusieurs troncs d'arbres et des travailleurs.

Plusieurs générations de Lecours ont travaillé dans l'industrie forestière, d'abord au Québec et ensuite dans le Nord de l'Ontario.

Photo : Lecours Lumber

Ça a commencé avec des chevaux dans le bois et un moulin à scie. Maintenant, c'est tout mécanisé, affirme Roger Lecours, le petit-fils d’Arthur, qui est maintenant à la tête de l’entreprise familiale avec son père Benoît.

Ayant grandi près du moulin, la transition s’est faite très naturellement, selon lui.

« Quand j'étais plus jeune, je jouais avec des Tonka, puis après, les Tonka sont devenus de l'équipement alentour du moulin. »

— Une citation de  Roger Lecours, vice-président et copropriétaire de Lecours Lumber

Comme les produits de bois sont très peu différenciables entre concurrents, la clé du succès de Lecours Lumber est d'investir dans des technologies qui optimisent ses activités et qui réduisent ses coûts de production.

C'est la seule façon qu'on peut rester compétitif avec les gros géants autour de nous, dit-il.

Des paquets de bois enveloppés, prêts à être livrés aux clients.

La scierie franco-ontarienne Lecours Lumber fabrique chaque année 80 millions de pieds-planche.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Les montagnes russes du secteur forestier

L’industrie canadienne du bois d’œuvre fait face à son lot de défis. Elle dépend d’une part de la performance d’autres secteurs, comme celui des pâtes et papiers, qui est en perte de vitesse.

C'est l'offre et la demande. Quand tout va bien, tu aimerais avoir 10 moulins, puis quand ça va mal, tu en as un de trop, donc ça peut être un peu stressant pour les nerfs. Mais depuis que je suis très jeune, c'est la même histoire. C'est les hauts et les bas, lance Roger Lecours.

D’autre part, l’industrie du bois d'œuvre a souvent été au cœur de guerres commerciales avec les États-Unis. L’administration de Joe Biden vient récemment de doubler ses droits douaniers sur le bois canadien : le taux combiné des droits antidumping et compensateurs pour la plupart des producteurs au pays serait désormais de 17,9 %.

C’est l’industrie qui l’absorbe, donc c’est très déplaisant qu’il y ait toujours une taxe. Ce n'est pas un libre-échange, affirme M. Lecours.

Un employé dépose deux planches de deux par quatre sur un chariot élévateur.

Après un répit d’un an, le département américain du Commerce a décidé de doubler ses droits d'importation sur le bois d'œuvre canadien.

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

Le gouvernement Trudeau compte riposter en imposant des mesures de représailles, comme il l’avait fait sous l’administration de Donald Trump, sans préciser lesquelles. Roger Lecours, pour sa part, préconise la fin des tarifs, une fois pour toutes.

Menacée de fermeture

En octobre 2012, les copropriétaires de Lecours Lumber décident de mettre la clé sous la porte en raison d’une impasse sur le renouvellement du bail avec la Première Nation de Constance Lake, où est située la scierie.

Au cœur du litige : le nombre d’emplois réservés aux membres de la communauté autochtone et la gouvernance de l’entreprise. Le précédent bail était arrivé à échéance en 2008 et le conflit avait mené à un avis d'expropriation.

« On ne voyait pas la lumière au bout du tunnel, donc on avait pris la décision de fermer l'entreprise. »

— Une citation de  Roger Lecours, vice-président et copropriétaire de Lecours Lumber
L'édifice principal de Lecours Lumber.

Les copropriétaires de Lecours Lumber se disaient contraints de fermer la scierie après avoir reçu un avis d'expropriation. Mais une entente entre l'entreprise et la Première Nation de Constance Lake a pu finalement être signée en février 2013.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Quelques mois plus tard, grâce à l’aide d’un médiateur, la Première Nation et l’entreprise trouvent un terrain d’entente, qui comprend des compromis sur l’embauche et la formation de travailleurs autochtones.

Les négociations ont fait un 180 degrés et on a été capables de signer un bail avec la réserve. Maintenant, on a encore une trentaine d'années devant nous, affirme le copropriétaire de Lecours Lumber.

Une flambée pandémique

La pandémie de COVID-19 a été une certaine bouée de sauvetage pour les scieries, bien qu’elles aient dû fermer les usines pendant quelques semaines.

Les projets de rénovation et les mises en chantier en forte hausse, jumelés à un hiver doux qui a prolongé la saison de construction, ont exacerbé la demande en bois l’an dernier.

Résultat : le prix des produits finis – comme les fameux 2x4, les planches et les panneaux de contreplaqué – a bondi. Une planche qui coûtait normalement 4 $ se vendait soudainement à 12 $ dans certains cas.

Du bois dans l'entrepôt d'une quincaillerie Home Hardware.

Les producteurs canadiens de bois d'œuvre et les quincailleries peinaient à subvenir à la demande, qui a entraîné une flambée des prix.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

C'était du jamais-vu les prix qu'on a eus, affirme le vice-président de Lecours Lumber. Mais comme n'importe quelle chose, quand c'est trop dispendieux, c'est un couteau à double tranchant.

Malgré les défis, Roger et Benoît Lecours pensent déjà à l’avenir de l’entreprise. Ils ont reçu plusieurs offres d’achat au fil des années, mais les copropriétaires tiennent à garder Lecours Lumber au sein de la famille.

Deux de mes neveux ont commencé il n'y a pas tellement longtemps et puis mon garçon qui va à l'école en ce moment a de l'intérêt, donc c'est plaisant, affirme Roger Lecours.

Il y aura peut-être la quatrième génération qui prendra la relève.

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