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Avoir des discussions apaisées avec des proches non vaccinés, c’est possible

Aborder la question de la vaccination avec des proches encore hésitants n'est pas facile. Mais il existe désormais un atelier virtuel qui pourrait vous y aider.

Une femme participe à une vidéoconférence.

Des ateliers virtuels aident les gens à discuter de vaccination avec leurs proches sans jugement.

Photo : Getty Images / svetikd

« C’est aux individus d’être des ambassadeurs pour la science. Tout le monde peut être un influenceur. Si tu peux convaincre quelqu’un d’écouter Squid Game, tu peux lui parler de vaccination », dit Fatima Tokhmafshan, une généticienne de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill et membre du groupe COVID-19 Resources Canada.

Alors que les taux de vaccination stagnent au Canada, les experts et les bénévoles œuvrant au sein de COVID-19 Resources Canada, qui lutte contre la désinformation, appellent à une approche davantage personnalisée pour encourager les réticents à se faire vacciner.

Seulement, constate Fatima Tokhmafshan, la vaccination contre la COVID-19 est tellement polarisée que beaucoup ne savent plus comment aborder le sujet. C'est ici qu'arrive à point nommé l'atelier offert par COVID-19 Resources Canada (Nouvelle fenêtre).

C'est un atelier unique en son genre. Car si les agences de santé publique disposent de moyens pour discuter directement avec les hésitants, elles n'offrent rien aux proches qui veulent avoir avec eux une conversation à ce sujet.

La question de la vaccination est un sujet très personnel à propos de notre corps, et c’est parfois lié à des raisons culturelles, religieuses, rappelle Mme Tokhmafshan, l'une des organisatrices. Et si ces discussions sont difficiles à avoir avec un proche, convient-elle, elles ne sont pas impossibles.

Elle explique que cet atelier n'est pas une leçon sur la science de la vaccination, mais un guide de communication. Nous voulons donner aux gens le vocabulaire et les ressources nécessaires pour avoir une conversation avec quelqu’un qui n’est pas vacciné, résume-t-elle.

La formation de deux heures offre des trucs pour guider une conversation entre une personne vaccinée et une autre non vaccinée. Il faut commencer la conversation en trouvant un point commun, fait-elle valoir, en ajoutant qu’il faut aborder le sujet avec tact et empathie.

On y explique notamment comment demander à quelqu’un ce qui explique ses réticences. Fatima Tokhmafshan rappelle à cet effet que nombreux sont ceux qui se sentent perdus ou confus et qui hésitent à poser des questions par crainte d'être critiqués ou stigmatisés.

« Souvent, les gens sont très anxieux, mais ne savent pas exactement pourquoi ils sont si anxieux à propos du vaccin. Ils ont vu tellement d'informations, bonnes et mauvaises, et ils ne savent plus quoi en penser. »

— Une citation de  Fatima Tokhmafshan, COVID-19 Resources Canada

C’est notamment pourquoi elle conseille de ne surtout pas bombarder ses proches avec trop de données et d’études, mais de s'intéresser davantage aux craintes qui leur sont propres (ex. : fertilité, effets secondaires, etc.). Il est ensuite plus facile d'offrir des informations pertinentes et spécifiques.

La patience est de mise pour bâtir une relation de confiance, ajoute-t-elle. Ces discussions doivent se faire petit à petit et en plusieurs fois.

Une méthode éprouvée pour améliorer les taux de vaccination

La structure de cet atelier est basée sur la technique de l'entrevue motivationnelle, un style de communication empathique et non conflictuel développé par des psychologues pour provoquer un changement de comportement.

Cette méthode est notamment utilisée depuis plusieurs années par le Dr Arnaud Gagneur, néonatologiste et professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, pour convaincre les parents des bienfaits de la vaccination des enfants.

Son initiative Promovac offre des leçons en temps de pandémie.

C'est une tragédie qui a éveillé le Dr Gagneur à la nécessité de mieux communiquer sur les enjeux de la vaccination. Le néonatologiste raconte avoir été bouleversé en rencontrant une mère qui a perdu son enfant de six mois à cause d’une méningite. La mère, jugeant qu’elle n’avait pas suffisamment d’informations, n’avait pas fait vacciner son enfant.

En tentant de trouver un meilleur moyen d’éduquer les parents, le Dr Gagneur a réalisé que ce n’était peut-être pas le manque d’informations qui était problématique, mais la façon dont on l'offrait aux gens.

Le Dr Gagneur s’est alors intéressé à l’entrevue motivationnelle, un procédé de communication qui est notamment utilisé pour motiver les personnes à abandonner leurs dépendances (cigarette, drogue, alcool, etc.). Les études ont démontré que de pousser une personne ambivalente à accepter le changement peut en fait augmenter sa résistance. Au lieu d'avoir un expert qui dicte à une personne quoi faire, dans le cadre d'un entretien motivationnel, on adopte une écoute réflective dans le but de guider – et non d'imposer – un changement.

Grâce au Dr Gagneur, cette méthode a été instaurée dans toutes les maternités du Québec depuis 2017. Offrir des conversations collaboratives avec les parents, plutôt que d’arriver avec un discours formaté, est beaucoup plus productif, dit le Dr Gagneur. Je leur dis que je suis là pour les aider à prendre une décision et que je leur laisse le choix [de faire vacciner leur enfant ou non].

Les résultats ont été très concluants (Nouvelle fenêtre) : la proportion de parents qui ont fait vacciner leurs enfants a augmenté de 10 % à 15 % et les niveaux d’hésitation ont diminué de 40 %.

Un homme à l'étage de la maternité d'un hôpital.

Selon le Dr Arnaud Gagneur, la méthode d'entrevue motivationnelle est une approche qui permet aux personnes qui hésitent à s’exprimer d’être respectées dans leur questionnement, de ne pas être jugées et d'être autonomes dans leur choix.

Photo : Briand Goldman/CBC

Ne pas juger, être bienveillant et ouvert

Le Dr Gagneur croit que cette technique est tout aussi efficace pour améliorer les taux de vaccination contre la COVID-19.

L’entrevue motivationnelle est une approche humaniste, explique-t-il, en ajoutant que l’un des éléments majeurs de l'hésitation vaccinale est la méfiance envers les institutions, les gouvernements et les agences de santé publique.

« Je pense que l'être humain a besoin de relations humaines, a besoin d'être rassuré. On n’est pas rassuré par des institutions, par des déclarations, des sites Internet. »

— Une citation de  Dr Arnaud Gagneur, Université de Sherbrooke

Avoir quelqu’un à qui parler et poser des questions sans crainte d'être jugé est le meilleur moyen pour qu'une personne hésitante change d'idée, croit le Dr Gagneur.

Il estime que la désinformation et le flot constant d’informations font en sorte qu’il est difficile pour le public de s’y retrouver. On entend tout et son contraire. Avec cette cacophonie, quand on ne s’y retrouve plus, la réaction naturelle est d'être dans le statu quo; on préfère ne pas prendre de décision.

Les deux éléments fondamentaux de l’entrevue motivationnelle sont l’empathie et le respect de l’autonomie. À partir du moment où on se sent respecté, légitimé, on est plus ouvert à recevoir de l'information et à cheminer vers une décision de vaccination, explique le docteur.

En fait, la confrontation annule complètement les chances de convaincre une personne de changer d’idée, ajoute le Dr Gagneur.

Si une personne ne se sent pas respectée dans sa décision ou son autonomie, elle va continuer à argumenter simplement pour s’opposer, pour sentir qu’elle existe, même si elle-même n'est pas convaincue. L'opposition est un mécanisme de réaction de protection de la personne.

Il pense que la polarisation qui existe en ce moment est contre-productive et qu’il faut avoir davantage d’empathie les uns envers les autres.

« Les personnes qui hésitent, ce ne sont pas des personnes stupides, elles se posent des questions. [...] On a tout à gagner à se questionner sur le pourquoi on fait les choses. Et en même temps, il faut faire preuve de solidarité, parce que dans une pandémie, ce n’est que par la solidarité qu’on s'en sortira. »

— Une citation de  Dr Arnaud Gagneur, Université de Sherbrooke

C’est pourquoi le Dr Gagneur planche lui aussi sur des projets pour aider les gens à avoir des discussions respectueuses sur la vaccination.

Les Canadiens pourraient bientôt avoir accès à des séances virtuelles avec des conseillers en vaccination formés à la technique d'entretien motivationnel. De plus, le Dr Gagneur travaille avec les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) aux États-Unis pour développer une application qui permettrait aux parents de discuter de vaccination entre eux, selon la méthode d’entrevue motivationnelle. Il prépare aussi des projets avec la France et avec UNICEF en Roumanie.

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