•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pénurie d’infirmières : 24 000 $ de plus sur deux ans pour s’établir en Outaouais

Un édifice vu de l'extérieur sur lequel est écrit, Hôpital de Gatineau.

Regardez l'entrevue du professeur en relations industrielles à l'UQO, Jean-François Tremblay, au Téléjournal Ottawa-Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Eloic Hamel

Radio-Canada

Un nouveau montant forfaitaire additionnel de 12 000 $ sera alloué annuellement, pour deux ans, au personnel en soins infirmiers qui acceptera de venir s'établir en Outaouais. Cette mesure touche aussi certaines régions éloignées de la province.

Un montant forfaitaire additionnel de 12 000 $ par année sera octroyé à une personne salariée qui fait le choix de s'établir en Outaouais pour deux ans et d'y travailler, soit à temps complet, à temps complet avec une réduction du temps de travail, ou à temps partiel, apprend-on dans le communiqué du ministère de la Santé et des Services sociaux, diffusé jeudi.

Ainsi, avec les autres primes qui ont déjà été annoncées, une infirmière qui souhaiterait s'établir en Outaouais verrait son salaire bonifié de 30 000 $ la première année et de 12 000 $ pour la deuxième, selon les calculs du gouvernement.

La région fait figure d'exception, puisque cette mesure a initialement été mise en place pour les régions éloignées du Québec, telles que la Côte-Nord, l'Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec. Le ministère indique que c'est en raison de son statut particulier que l'Outaouais y a droit.

Le montant forfaitaire additionnel permettra à l’Outaouais de devenir compétitive et de concurrencer les salaires offerts en Ontario dans une perspective d’attraction et de rétention de la main-d’œuvre dans une région qui possède un statut particulier, lit-on.

Gros plan de Christian Dubé.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé (archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, espère que cet incitatif permettra de diminuer la pression sur les équipes de travail et de rééquilibrer la charge de travail du personnel.

Par l’annonce de cette mesure, notre gouvernement reconnaît clairement le statut particulier de la région de l’Outaouais ainsi que ses défis qui lui sont propres, souligne le ministre responsable de la région, Mathieu Lacombe.

« Avec cette mesure, nous serons en position de non seulement attirer du nouveau personnel dans le réseau, mais surtout d’assurer sa rétention »

— Une citation de  Mathieu Lacombe, ministre de la Famille et ministre responsable de la région de l'Outaouais

De son côté, le député de Gatineau, Robert Bussière, se dit convaincu de l'efficacité de cette mesure pour offrir à la région le personnel en soins infirmiers et cardiorespiratoires dont nous avons besoin.

« À bout des primes »

Cette annonce reste accueillie avec une grande prudence du côté du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais), qui lui reproche sa courte durée.

Encore une fois, le gouvernement met des solutions à très court terme, fait valoir la présidente du syndicat, Karine D'Auteuil. Dans deux ans, ça va être à recommencer. Les gens vont quitter pour le privé, pour l'Ontario.

Portrait de la femme en entrevue via Facetime.

Karine D'Auteuil, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (archives)

Photo : Radio-Canada

Mme D'Auteuil ajoute que les professionnelles en soins sont à bout des primes.

Si elles sont alléchantes de prime abord, elles ne règlent en rien le problème de conditions de travail, ajoute-t-elle. Ce que les infirmières souhaitent, c'est du salaire et une diminution de la surcharge de travail, rappelant que les primes ne sont pas incluses dans le calcul pour la retraite.

« Ça paraît bien aux yeux de la population d’offrir un montant comme ça, mais au bout de la ligne, on va recommencer à zéro dans deux ans. »

— Une citation de  Karine D'Auteuil, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais

Le député libéral du Pontiac, André Fortin, croit qu'on ne peut pas se satisfaire de 12 000 $ pour abandonner notre ancienneté, nos collègues, notre milieu de travail.

M. Fortin rappelle que le premier ministre du Québec, François Legault, avait promis des augmentations de salaire pour les infirmières de l’Outaouais pour qu’il soit compétitif avec celui de l’Ontario, chose qu’il n’a pas faite, selon l'élu de l'opposition.

Si on veut que les gens choisissent l’Outaouais plutôt que le côté ontarien, il faut leur donner des salaires compétitifs, mentionne ce dernier. Oui, ça coûte plus cher au gouvernement, parce que c’est un engagement à long terme, tandis que là, ils sont allés chercher quelques sommes ponctuelles.

Gros plan d'André Fortin.

André Fortin, député libéral du Pontiac (archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Gilles Aubé, médecin de famille et porte-parole d'Équité Outaouais, soutient qu'il faudrait regarder le problème dans son ensemble, pas seulement une année ou deux.

Il nous manque des centaines d’infirmières dans notre réseau, alors on ne peut pas se permettre d’en perdre, explique-t-il. M. Aubé croit que le gouvernement doit aussi investir dans l'éducation des jeunes pour que ceux-ci n'aient pas à s'exiler pour obtenir une formation dans le programme qui les intéresse.

Les primes, c’est un aspect, mais d’ouvrir des formations, former nos jeunes sur place, c’est un aspect encore plus important, affirme-t-il.

Quelles retombées?

Le président d'Action santé Outaouais, Denis Marcheterre n'est pas convaincu, lui non plus, des retombées de la solution annoncée par Québec.

Il faut reconnaître l’effort, oui, mais sans se péter la tête sur les murs parce que ce n’est pas ça qui va faire une révolution. Il ne faut pas s’attendre à de gros changements avec ça, comment-t-il en entrevue.

Ce dernier estime qu'elles seront bien peu d'infirmières à accepter de quitter leur région et de venir en Outaouais pour deux ans de prime seulement.

Peut-être qu’il faut plus que des primes pour retenir les infirmières, il faut des conditions de travail différentes de ce qu'on a connu dans les dernières années, conclut-il.

Une demande du syndicat, selon le Centre intégré de santé et de services sociaux

En réponse aux critiques émises par le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais, Josée Fillion, présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et de services sociaux (Centre intégré de santé et de services sociaux) de l'Outaouais rétorque que ça fait partie des demandes qui avaient été faites par le syndicat.

Mme Fillion se dit heureuse de ces nouvelles primes et affiche un certain optimisme quant à leur efficacité à remédier aux enjeux de recrutement de personnel.

Les gens ont l'impression qu'il n’y a pas de lumière au bout du tunnel, mais au contraire il y en a une, dit-elle.

Josée Fillion en point de presse.

Josée Fillion, présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (archives)

Photo : Radio-Canada

Mais les critères qui serviront à déterminer qui pourra avoir droit à ces primes demeurent inconnus pour le moment. Josée Fillion dit être en attente de ses réponses qui viendront du gouvernement.

Elle souhaite que cela permette aux infirmières qui travaillent en Ontario de revenir au Québec.

Même si les primes ne sont prévues que pour deux ans, Mme Fillion juge qu’il s’agit d’un premier pas et se dit positive pour la suite. Selon elle, ces primes indiquent que le gouvernement a entendu le cri du cœur de l’Outaouais et que d’autres mesures similaires pourraient donc être prises au courant des prochaines années.

Ça montre la compréhension de notre réalité frontalière et c’est déjà une étape très importante, ajoute-t-elle.

Avec les informations de Rosalie Sinclair, de Laurie Trudel et de Camille Martel

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !