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Le Bureau du coroner enquêtera sur la mort d’un homme de Senneterre

Richard Genest, dehors, devant une maison.

Richard Genest est mort après avoir subi un malaise dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre.

Photo : Famille

Le Bureau du coroner du Québec fait volte-face et annonce qu'il fera enquête sur le décès de Richard Genest, survenu mardi à l'hôpital d'Amos, au moment où l’urgence du CLSC de Senneterre était fermée.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT) avait plutôt affirmé mercredi dans un communiqué que le Bureau du coroner avait décidé de ne pas prendre en charge le dossier étant donné qu’aucun élément ne justifiait une enquête.

Les trois partis d'opposition à l'Assemblée nationale l'avaient invité à revoir sa position jeudi matin.

Après avoir confirmé qu'il mènerait finalement une enquête, le Bureau du coroner a apporté des précisions dans un communiqué transmis à Radio-Canada jeudi après-midi.

La Loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès prévoit l’intervention du coroner lorsqu’un décès survient sur le territoire québécois dans des circonstances obscures ou violentes ou encore lorsqu’il survient dans un contexte de négligence, a-t-il d'abord rappelé.

De façon préliminaire, un coroner peut décider qu’il n’y a pas matière à investiguer un décès lorsque celui-ci survient hors des balises mentionnées ci-haut, ajoute le communiqué.

« Cependant, quand un tel cas survient et soulève de nombreuses questions dans la population, il peut-être dans l’intérêt public qu’un coroner se penche sur la question et apporte des réponses objectives aux questions. »

— Une citation de  Communiqué du Bureau du coroner

Pressé de questions sur la mort d’un homme de Senneterre au moment où l’urgence locale était fermée, le gouvernement Legault s'était précisément rabattu plus tôt en matinée sur la conclusion du CISSS-AT et du Bureau du coroner pour affirmer qu'il n’y a aucun lien entre les deux événements.

On a parlé avec la PDG du CISSS [de l’Abitibi-Témiscamingue]. Selon elle, la fermeture de l’urgence n’a rien à voir avec le décès, s'était contenté de commenter le premier ministre François Legault, après avoir offert ses condoléances à la famille et aux proches du défunt, Richard Genest.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, M. Legault s'était retranché derrière la même ligne de défense, mais en s'offusquant que la cheffe de l'opposition officielle, Dominique Anglade, fasse un lien entre la mort de M. Genest et la fermeture de l'urgence.

« Le ministre de la Santé va aller au fond du dossier. Puis, une fois qu'on aura les faits puis les informations, on pourra porter des jugements sur la responsabilité des uns et des autres, mais soyons responsables. »

— Une citation de  François Legault, premier ministre du Québec
Le premier ministre François Legault lors d'une intervention à l'Assemblée nationale.

Le premier ministre François Legault a répondu à une question de la chef de l'opposition officielle à ce sujet à l'Assemblée nationale.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait abondé dans le même sens, en invitant quiconque, dont les membres de la famille de M. Genest, à transmettre au coroner d'autres informations qui mériteraient d'être analysées. S’il y a besoin d’une révision, on la fera, a-t-il assuré.

« Le coroner, c’est un médecin qui dit : "j’ai le cas d’un particulier, sa santé est particulière, et j’ai deux facteurs – une fermeture d’urgence et un service ambulancier. Il dit : ''il n’y a aucun lien entre les deux''. Moi, je me fie au coroner, basé sur les faits qu’il a. »

— Une citation de  Christian Dubé, ministre de la Santé du Québec

Relancé quelques minutes après l'annonce de la tenue d'une enquête, François Legault s'est défendu d'avoir sauté trop rapidement aux conclusions, en plaidant avoir simplement répété les propos de la PDG du CISSS-AT. Moi, je n’ai pas fait une enquête pour savoir si on a besoin d’une enquête ou s’il y a eu un problème, a-t-il commenté.

Il a toutefois convenu qu’il y a peut-être eu un problème du côté des ambulances, [de] la priorisation.

Des minutes d'attente décisives

Après avoir subi un malaise pendant la nuit, alors que l'urgence du CLSC de Senneterre était fermée, Richard Genest a attendu une ambulance pendant plus d'une heure dans sa résidence. L'ambulance de Senneterre étant déjà en direction de Val-d'Or, les services d'urgence de Barraute ont dû intervenir.

Une fois dans cette ambulance, M. Genest a été transporté à l'hôpital de Val-d'Or, mais en vain : il a dû être transféré à nouveau à celui d'Amos pour voir un chirurgien vasculaire. Selon la mairesse Nathalie-Ann Pelchat, il aurait rendu l'âme dans l'ascenseur l'amenant vers la salle d'opération.

Selon le chirurgien vasculaire qui devait l'opérer, la prise en charge du patient cinq minutes plus tôt aurait pu tout changer, a d'ailleurs écrit la mairesse dans une lettre expédiée mercredi au ministre de la Santé. Cette version contredit celle livrée par MM. Legault et Dubé jeudi matin.

Dans un communiqué, la PDG du CISSS-AT, Caroline Roy, a fait valoir mercredi soir que l'analyse des circonstances et la séquence d'interventions réalisées auprès de la personne démontrent que la fermeture du CLSC de Senneterre n'est pas un facteur ayant contribué au décès de la personne.

La conclusion est claire, même si le service d’urgence de Senneterre avait été ouvert, la personne serait tout de même décédée, a-t-elle ajouté jeudi matin dans une entrevue accordée à l’émission Des matins en or. Elle a affirmé que M. Genest a attendu 70 minutes entre le premier appel fait au 911 et l’arrivée de l’ambulance.

Tirs groupés sur le gouvernement

En début de journée, le Parti libéral, le Parti québécois et Québec solidaire étaient tous tombés à bras raccourcis sur le gouvernement Legault, jugé responsable de ne pas avoir pu éviter la fermeture temporaire de l'urgence de Senneterre, attribué à un manque d'infirmières. Tous ont plaidé pour une réouverture de l'urgence.

Une enquête du coroner, pour moi, ça tombe sous le sens, mais, moi, ce que je cherche surtout à avoir, c'est des réponses du gouvernement. On a dit, à plusieurs reprises, que ça n'avait aucun sens de fermer des urgences, a fait valoir la cheffe libérale Dominique Anglade, qui s'est dite choquée par la mort de M. Genest.

« Si vous demandez à n'importe qui, à Senneterre, des gens qui sont sur le terrain vont vous dire que si l'urgence n'avait pas été fermée, on n'aurait pas eu ce décès. Qui a décidé de fermer l'urgence? C'est le gouvernement. M. Dubé, M. Legault. »

— Une citation de  Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral

Le trajet que le patient a dû faire, c'est comme partir de Montréal, aller virer à Joliette pour se faire dire que le spécialiste dont on a besoin est à Saint-Jérôme, s'est indignée la députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue Émilise Lessard-Therrien, de Québec solidaire, en soulignant le problème de la desserte ambulancière.

« Senneterre, c'est le symptôme d'une maladie plus profonde. Notre système est en hémorragie en Abitibi-Témiscamingue, et le ministre n'a même pas de "plasters", et je ne sais même pas s'il est en train de chercher la boîte. »

— Une citation de  Émilise Lessard-Therrien, députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue

Si le patient avait pu arriver tout de suite à Amos, est-ce qu'il aurait été sauvé? Il y a beaucoup de questions en suspens pour lesquelles on n'a pas de réponses, et c'est pour ça qu'on veut avoir une enquête du coroner, avait plaidé la députée.

Le porte-parole du Parti québécois en matière de santé, Joël Arseneau, a déploré que le gouvernement Legault gère le système de santé par fermetures de services.

On le dit depuis des mois, ça a des conséquences. On ne peut plus parler de réorganisation planifiée sans réfléchir aux conséquences que tout ça peut apporter. Il faut mettre un terme dès maintenant à cette approche qui réduit les soins de santé dans nos régions, au Québec, à de la médecine de brousse, a-t-il dit.

Ce qu'on veut, c'est une enquête du coroner qui va nous démontrer s'il y a un lien de cause à effet entre la décision du ministre d'appuyer ce plan de contingence et le décès, a-t-il ajouté.

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