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Trudeau juge « inquiétants » les refus massifs visant les étudiants africains

Le premier ministre canadien s'engage à mettre en place un système d'immigration « robuste et équitable pour tous ».

Justin Trudeau parle à la Chambre des communes.

En réponse à une question du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, le premier ministre Justin Trudeau a clamé ne pas tolérer la « discrimination systémique ».

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

« La discrimination est inacceptable sous toutes ses formes », a lancé, mercredi, Justin Trudeau.

Ce dernier n'a pas caché son malaise après avoir pris connaissance de plusieurs reportages diffusés ces derniers jours par Radio-Canada et Le Devoir.

Depuis plusieurs années, le taux de refus de demandes de permis d'études, pour des personnes voulant venir au Québec, a fortement augmenté, passant de 36 % (2017) à 61 % (2020). Il est nettement supérieur à celui des autres provinces canadiennes.

L'immense majorité des dossiers provenant d'Afrique francophone sont également refusés par les agents d'Immigration Canada, avec des prétextes difficiles à comprendre pour les étudiants et les établissements.

On les soupçonne de ne pas vouloir rentrer chez eux par la suite. C'est un grave procès d'intention, a dénoncé le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, en interpellant, au Parlement, le premier ministre canadien.

« [C'est] une forme de discrimination à dénoncer qui nuit aux échanges et au développement de l’Afrique. »

— Une citation de  Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Une fois n'est pas coutume, le chef libéral a dit être d'accord avec son homologue québécois, qui y voit, à l'instar de nombreux autres élus, une discrimination.

« Ces rapports sont particulièrement inquiétants [...] Nous n'allons tolérer aucune discrimination systémique dans nos programmes. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le premier ministre Trudeau a affirmé qu'un examen détaillé était en cours pour que notre système d’immigration soit robuste et équitable pour tous.

Nous avons reconnu que le racisme systémique existe dans toutes nos institutions au pays. Nous travaillons d'arrache-pied pour l’éliminer, pour transformer nos systèmes, pour nous assurer que notre système d’immigration et tous nos autres systèmes soient équitables, a-t-il ajouté.

Des établissements en colère

La révélation de l'ampleur de ces taux de refus a provoqué la colère de multiples établissements québécois, qui, depuis plusieurs années, s'interrogent et s'inquiètent au sujet de ces nombreux dossiers rejetés.

L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) vient elle aussi de hausser le ton. Cette situation déborde des frontières québécoises, clame-t-elle dans un communiqué envoyé à Radio-Canada.

[Nos établissements] composent avec les mêmes difficultés que les établissements québécois pour faire admettre au Canada des étudiants étrangers francophones pour lesquels des offres d’admission ont été confirmées, soutient l'ACUFC, en précisant qu'il est urgent d'agir.

« Alors que le gouvernement fédéral envisage une politique en matière d’immigration francophone et des corridors d’immigration pour pallier les besoins criants de main-d’œuvre dans certains secteurs, [ces] obstacles pourraient nuire aux efforts gouvernementaux. »

— Une citation de  L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne

Au cours des derniers jours, Radio-Canada a aussi obtenu de nombreux témoignages d'étudiants africains francophones ou encore d'Haïtiens qui ont vu leur demande rejetée.

Certains avaient pourtant obtenu une bourse d'excellence du gouvernement du Québec, mais n'ont jamais pu franchir les frontières canadiennes. Tous avaient fourni des preuves financières adéquates ou une série de diplômes obtenus dans leur pays d'origine, ainsi qu'une lettre d'acceptation d'un établissement québécois.

Chinook peut traiter 1000 demandes

Au cœur de cette problématique se trouve le système informatique Chinook mis en place par Immigration Canada à partir de 2018. C'est à ce moment-là que l'écart entre le Québec et le reste du Canada, par rapport au taux d'acceptation des demandes de permis d'études, s'est particulièrement creusé.

Le fonctionnement de cet outil vient tout juste d'être révélé par le ministère fédéral de l'Immigration dans le cadre d'un procès judiciaire devant la Cour fédérale. On y apprend que ce système sert à accélérer le traitement des dossiers en réunissant automatiquement, dans un fichier Excel, quelques informations clés des candidats.

Par la suite, tel que nous l'a précisé Immigration Canada, un agent prend une décision finale. Le pays d’origine du demandeur et la langue n’ont aucune incidence sur la façon de traiter le dossier, a soutenu le ministère.

Radio-Canada a obtenu le manuel d'utilisation de ce système. On y apprend notamment qu'un fonctionnaire peut, au moyen de Chinook, accepter ou refuser jusqu'à 1000 demandes d'un coup.

C'est inquiétant! Jusqu'à maintenant, on pensait que chaque demande était traitée individuellement, mais ce n'est pas le cas, déplore l'avocat ontarien Lou Janssen Dangzalan, qui enquête sur ce sujet depuis plusieurs mois.

« C'est un système qui manque de transparence. Les demandes sont traitées en vrac, avec des résumés pour les agents, et c'est problématique. »

— Une citation de  Lou Janssen Dangzalan, avocat en immigration

Par ailleurs, un responsable d'Immigration Canada a indiqué devant les tribunaux que les notes de travail des agents ne sont pas conservées et doivent être supprimées pour des questions de vie privée.

Aucune considération légale spécifique n'a non plus été étudiée, est-il souligné dans ce témoignage.

Avec la collaboration d'Aude Garachon

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