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Hausse marquée des demandes d’aide sociale au Québec

Pas moins de 450 demandes par jour sont actuellement acheminées au gouvernement du Québec.

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Pour le seul mois de novembre, 10125demandes ont été reçues, soit plus de 2000dossiers supplémentaires par rapport à une année normale d'avant la pandémie. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

La fin des programmes d'aide fédéraux liés à la COVID-19 coïncide avec une avalanche de nouvelles demandes d'aide de dernier recours au ministère québécois du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale. Pour novembre seulement, les chiffres ont bondi de 25 %, faisant gonfler les délais de traitement.

La Prestation canadienne de la relance économique du gouvernement canadien a pris fin le 23 octobre dernier. Un mois plus tard, une note interne de la direction de Services Québec était envoyée aux équipes chargées du traitement des demandes.

On estime actuellement que plus de 1400 nouvelles demandes ne sont pas prises en charge, y écrivait Linda Blanchard, directrice des services spécialisés, le 23 novembre. Cette augmentation significative de nouvelles demandes d’aide financière de dernier recours a été constatée pour l’ensemble du réseau.

Une semaine plus tard, le téléphone ne dérougit pas. En ce moment, le Ministère reçoit environ 450 nouvelles demandes par jour, indique Caroline Rochette, porte-parole au ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS).

Un homme utilise une calculatrice et un ordinateur portable.

Le traitement d'un dossier d'aide financière de dernier recours prend généralement moins de cinq jours ouvrables du moment où il est pris en charge au MTESS. Actuellement, les délais de prise en charge sont anormalement élevés.

Photo : iStock / Ozkan Ongel

Pour le seul mois de novembre, 10 125 demandes ont été reçues, soit plus de 2000 dossiers supplémentaires par rapport à une année normale d'avant la pandémie. On observe une augmentation de 2026 dossiers, représentant une variation de 25 % en novembre 2021 par rapport à novembre 2019.

Si le ministère évoque d'emblée la fin des programmes d'aide fédéraux comme la Prestation canadienne d'urgence et la Prestation canadienne de la relance économique, il a été impossible d'obtenir davantage d'explications sur l'identité de ces nouveaux demandeurs d'aide financière de dernier recours. Les données sont actuellement analysées au gouvernement.

Il n'est pas non plus garanti que ces nouveaux demandeurs rempliront les critères d'admissibilité à l'aide sociale.

Heures supplémentaires

Devant la congestion, Services Québec n'a eu d'autre choix que d'ajuster les boîtes vocales de ses centres d'appel afin d’informer les citoyens que leur dossier sera pris en charge, mais que des délais de traitement inhabituels sont constatés, ajoute Mme Rochette.

Le traitement d'une nouvelle demande d'aide financière de dernier recours prend généralement cinq jours ouvrables du moment où il est pris en charge par un technicien du Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale. Actuellement, ce sont ces délais de prise en charge qui ont anormalement élevés.

La situation actuelle a poussé Services Québec à demander à ses employés de mettre les bouchées doubles pour pallier les débordements constatés un peu partout en province.

Nous sollicitons donc l’aide d’agents d’aide financière [...] afin d’offrir du traitement de dossiers d’attribution initiale à distance, en temps supplémentaire en semaine jusqu’à 20 h et également la fin de semaine, pouvait-on lire dans la note du 23 novembre. La demande patronale vise particulièrement les employés de la région de Montréal.

Le ministre Boulet tend la main

En réaction au contexte actuel dans les centres d'appel, le ministre du Travail, Jean Boulet, a tendu la main aux personnes faisant une demande d'aide financière de dernier recours.

Je souhaite rappeler aux personnes aux prises avec cette situation que mon ministère est là pour les accompagner dans leur demande et qu’ils peuvent compter sur les équipes en place pour les diriger vers un programme de retour à l’emploi ou un programme de formation, a-t-il indiqué dans un courriel transmis à Radio-Canada.

Jean Boulet assis à la table de presse parle dans un micro.

Le ministre québécois du Travail, Jean Boulet.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Il a notamment insisté sur la bonification de certains programmes de retour à l'emploi annoncés mardi dans le cadre de l'Opération main-d’œuvre déployée par le gouvernement du Québec.

Parmi les mesures phares de son plan, la Coalition avenir Québec met en place une allocation de 475 $ par semaine — l’équivalent du salaire minimum — pour les personnes qui n’ont pas d’emploi actuellement et qui désirent suivre une formation ou se requalifier.

Dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre, toutes les personnes faisant une demande d’aide sociale, acceptées ou non, sont référées vers un programme d’aide à l’emploi ou de formation, a précisé M. Boulet, mercredi. En période de pénurie de main-d’œuvre, le Québec a besoin de tous les travailleurs pour contribuer à la reprise économique.

En attendant d'être orientés, les Québécois en situation de précarité ne doivent pas hésiter à recourir aux aides communautaires disponibles, souligne M. Boulet. Bien que ce ne soit pas une solution enviable, ces citoyens en situation de vulnérabilité peuvent se tourner vers les organismes alimentaires et leurs organismes locaux pour subvenir, en attendant, à certains besoins.

Baisse d'effectifs

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) souligne pour sa part le manque d'effectifs au Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale pour faire face à un tel volume de demandes. Son président Christian Daigle rappelle que le nombre d'employés dans ce secteur du ministère a chuté de 26 % depuis 2003, y compris chez les techniciens.

M. Daigle y voit un effet des nombreuses réformes et des fermetures de certains bureaux régionaux au cours des dernières années. Pour nous, c'est un problème qu'on dénonçait à l'époque et, aujourd'hui, on voit la conséquence directe, tonne-t-il.

Le chef syndical est d'avis que le gouvernement joue un jeu risqué en fonctionnant avec des effectifs tout juste suffisants pour répondre aux demandes quotidiennes en temps normal. Il insiste en disant que la clientèle qui a recours à l'aide sociale ne peut se permettre de subir des délais de traitement trop longs. Ce sont des gens qui sont sans recours, qui ont besoin de cet argent-là pour vivre.

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