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La demande de pétrole terre-neuvien pourrait-elle bientôt s’évaporer?

La plateforme pétrolière Habron flotte dans la baie Trinity.

La plateforme pétrolière Hebron, dans la baie Trinity, à Terre-Neuve, en avril 2017. Hebron est l'un des quatre mégaprojets pétroliers au large de la province.

Photo : La Presse canadienne / Paul Daly

Presque toutes les exportations pétrolières canadiennes pourraient s’évaporer d’ici 15 ans, en raison du déclin de la demande de l’or noir et des coûts de production trop élevés, selon une nouvelle étude dans la revue Nature Energy.

C’est une prédiction qui va directement à l’encontre du discours du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador sur l’avenir du pétrole. La province, dont les revenus dépendent grandement des redevances pétrolières, espère doubler sa production d'hydrocarbures d’ici 2030.

En regroupant les engagements climatiques de nombreuses administrations, dont Terre-Neuve-et-Labrador, qui promettent d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, les auteurs de l’analyse (Nouvelle fenêtre) estiment que la demande mondiale de pétrole aura atteint son sommet vers la fin de la décennie.

Les chercheurs préviennent aussi que les États membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le réseau de pays du Moyen-Orient dont les coûts de production sont beaucoup moins élevés, pourraient bientôt inonder les marchés de pétrole afin d’éliminer leurs concurrents.

Les gens commencent à accepter qu'il va y avoir un pic, puis un déclin de la demande. Tous les producteurs pourraient se retrouver à désirer que ce soit leur pétrole et pas celui des autres qui soit consommé, mais personne ne peut battre les pays de l’OPEP, explique le premier auteur de l’analyse, Jean-François Mercure.

Jean-François Mercure.

Jean-François Mercure est professeur associé à l'Université d'Exeter, en Angleterre.

Photo : Gracieuseté - Jean-François Mercure

La production canadienne ne pourra pas survivre

Le professeur associé de l’Université d’Exeter, en Angleterre, souligne qu’en Arabie saoudite la production d’un baril de pétrole ne coûte qu’environ 10 $. Dans les sables bitumineux albertains, elle coûte de 60 $ à 70 $.

Au large de Terre-Neuve, la production d’un baril de pétrole se détaille à environ 15 $, selon la société provinciale responsable du développement du secteur pétrolier. Une étude parue en avril dernier (Nouvelle fenêtre) indique par contre que les coûts de développement et de production s'élèvent à environ 35 $ le baril pour certains champs pétrolifères.

Selon M. Mercure, si la chute de la demande est moins rapide que prévu, la production [à Terre-Neuve] pourrait se poursuivre jusqu’à ce que les réserves soient épuisées.

Mais plus la demande chute, plus ça devient le cas que la production est de moins en moins économique dans des pays comme le Canada, ajoute-t-il, en soulignant que les niveaux de production pétrolière aux États-Unis, en Russie et en Amérique du Sud pourraient aussi diminuer radicalement d’ici 2036.

L’équipe de Jean-François Mercure s’appuie sur la base de données Rystad, qui comprend 40 000 installations d’extraction pétrolière et gazière à travers le monde.

Ça nous donne énormément d'informations sur la production et les coûts de production, les réserves qui existent, qui restent, puis où la production est en ce moment. On peut facilement déterminer, à partir de cette base de données, quels seront les sites pétroliers qui seront superflus dans un scénario où les prix du pétrole descendent en bas de certains niveaux, affirme-t-il.

Comme ça, on peut facilement voir que la production canadienne ne pourra pas survivre.

Le pétrole relativement propre est-il plus précieux?

Le gouvernement provincial soutient que, pendant la transition énergétique, les marchés vont favoriser le pétrole extracôtier terre-neuvien, dont la production est relativement moins polluante.

Il n’y a pas de pétrole parfaitement propre, mais notre pétrole est parmi les moins polluants du monde, a soutenu, le mois dernier, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrew Furey.

Jean-François Mercure remet en question cette vision et met en garde le gouvernement contre la création de nouveaux projets pétroliers dont les entreprises risquent de perdre leurs investissements.

Ce qui compte, ce ne sont pas les émissions créées pendant la production, c’est plutôt le coût de production. Du point de vue des marchés, je pense que ça ne fait aucune différence si la production du pétrole terre-neuvien est relativement moins polluante, affirme-t-il.

Le ministre de l’Industrie, de l’Énergie et de la Technologie, Andrew Parsons, n’était pas disponible pour une entrevue.

Nos projets pétroliers sont très compétitifs en termes de coût par baril de production, affirme-t-il dans une déclaration, en rappelant que la province élabore actuellement un plan d'énergie renouvelable.

La production de nos ressources n'exclut pas la transition vers une économie verte. Terre-Neuve-et-Labrador fait partie de la solution.

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