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L’écrivaine québécoise Marie-Claire Blais n’est plus

Portrait rapproché de l'auteure, vêtue d'une veste magenta avec, en arrière-plan, un mur de pierres.

L'écrivaine Marie-Claire Blais, en avril 2008

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

La Presse canadienne

La romancière, dramaturge et poète Marie-Claire Blais est décédée. Elle était âgée de 82 ans.

L'agence d'artiste Goodwin, qui la représentait, a fait l'annonce de la triste nouvelle sur les réseaux sociaux.

C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Marie-Claire Blais aujourd'hui, le 30 novembre, à Key West, où elle avait élu domicile depuis de nombreuses années. Nous sommes de tout coeur avec les membres de sa famille et ses nombreux amis, collègues et admirateurs, ici comme à l'étranger, peut-on lire dans la publication.

L'écrivaine québécoise Marie-Claire Blais, durant une entrevue à l'émission « Le sel de la semaine » en 1967.

Marie-Claire Blais, durant une entrevue à l'émission « Le sel de la semaine » en 1967.

Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/André Le Coz

Née en octobre 1939 à Québec, elle avait publié son premier roman, La belle bête, à l'âge de 20 ans. Aussitôt remarquée, elle avait alors reçu une bourse de la Fondation Guggenheim à la suggestion du célèbre critique américain Edmund Wilson.

Son roman le plus connu, Une saison dans la vie d'Emmanuel, qui lui a valu les prix Médicis et France-Québec en 1966, a été écrit aux États-Unis avec l'aide d'Edmund Wilson. Le roman est paru en France, aux éditions Grasset, en 1965.

Situé à une époque où le Québec est encore plongé dans la grande noirceur, le roman tourne autour d'Emmanuel, le dernier-né d'une famille nombreuse, élevé par une grand-mère omniprésente au sein du foyer paternel. Autour de lui évoluent ses frères et sœurs ainsi que ses parents, des personnages qui refusent de vivre dans la misère malgré la pauvreté et la maladie.

Ce roman, traduit dans une dizaine de langues, est une des œuvres québécoises les plus lues dans le monde. Plus de 2000 livres, thèses, articles, critiques et entrevues ont été rédigés sur le roman Une saison dans la vie d'Emmanuel et les multiples interprétations qu'en a faites la critique littéraire représentent un hommage à la complexité du roman.

Lors d'une entrevue à Radio-Canada en novembre 1966, au moment de recevoir son prix Médicis, l'écrivaine déclarait simplement que cette récompense ne changerait pas le cours de ses œuvres, mais que c'était très important pour le cœur.

L'écrivaine québécoise Marie-Claire Blais en 1982.

Marie-Claire Blais en 1982

Photo : Radio-Canada / Radio-Canada/Jean-Pierre Karsenty

Une saison dans la vie d'Emmanuel, un des premiers romans que j'ai lus, a écrit le premier ministre François Legault sur Twitter mardi soir dans un message dans lequel il offre ses condoléances à tous les proches de cette grande auteure.

Une auteure prolifique et primée

Issue d'une famille modeste, Marie-Claire Blais avait dû interrompre ses études pour gagner sa vie. Cependant, tout en travaillant, elle suivait des cours le soir à l'Université Laval. C'est là qu'elle a rencontré deux personnes qui influenceront son avenir : Jeanne Lapointe, critique littéraire et mentore de plusieurs écrivains québécois, et le père Georges-Henri Lévesque, de l'École des sciences sociales de l'Université Laval. C'est grâce à leur soutien que la jeune écrivaine a publié La belle bête en 1959, qui sera salué par la critique, mais aussi critiqué pour son aspect amoral.

D'une violence et d'un langage cru tout nouveau pour l'époque au Québec, l'intrigue de ce roman laissera des marques ineffaçables dans l'imaginaire de ses nombreux lecteurs. L'histoire des relations tordues entre cette jeune femme laide et son jeune frère, simple d'esprit mais d'une beauté exceptionnelle, sert de tremplin à une panoplie d'émotions. Les critiques y parleront même de sauvagerie sans nom, d'où la stupeur éprouvée par les lecteurs vu le jeune âge de l'auteure. Ce roman sera tout de suite publié en France en 1960 et traduit en anglais (Mad Shadows), en espagnol et en italien.

En plus d'une vingtaine de romans édités en France et au Québec, tous traduits en anglais, Mme Blais a également écrit six pièces de théâtre et des recueils de poésie.

Parmi ses œuvres, figure entre autres Manuscrits de Pauline Archange (1968), Le sourd dans la ville (1980), Visions d'Anna (1982), Pierre (1986), L'ange de la solitude (1989) et Un jardin dans la tempête (1990).

Sa trilogie Soifs est parue aux éditions du Boréal au Québec, aux éditions du Seuil à Paris et en version anglaise sous le titre These Festive Nights aux éditions Anansi. Les trois romans la composant ont été louangés par la critique.

Des gens assis écoutent la cérémonie.

Marie-Claire Blais lors du Gala des Prix du Gouverneur général, en 2008, aux côtés de Nicco Ricci, Christie Blatchford et Cathrine Banks.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Quelques-uns des romans de Marie-Claire Blais ont été adaptés pour le cinéma et la télévision dont Une saison dans la vie d'Emmanuel réalisé par Claude Weisz en 1968 (prix de la Quinzaine des jeunes réalisateurs), Le sourd dans la ville réalisé par Mireille Dansereau en 1987 (prix Mostra au Festival de Venise) et L'océan (téléthéâtre) réalisé par Jean Faucher et produit par Radio-Canada en 1971.

En plus du prestigieux Médicis, l'auteure a cumulé les honneurs, dont le prix Belgique-Canada en 1976 pour l'ensemble de son œuvre, le prix Athanase-David en 1982, le prix Prince de Monaco en 2002, le prix Gilles-Corbeil de la fondation Émile-Nelligan en 2005 pour l'ensemble d'une œuvre et le prix Matt-Cohen du Writer's Trust of Canada en 2007, remis pour la première fois à un écrivain francophone.

De plus, elle a reçu un grand nombre de bourses qui l'ont aidée à s'adonner à son travail d'écrivaine.

Plutôt timide, elle partageait son temps entre Key West, en Floride, Melbourne, en Estrie, et Montréal.

Elle fuyait les projecteurs, mais se montrait très généreuse en entrevue de même qu'avec ses collègues écrivains. Elle a participé à de nombreux jurys, dont celui du prix Robert-Cliche récompensant une première œuvre.

Elle a été pendant plusieurs années la compagne de la peintre d'origine américaine Mary Meigs, décédée en 2002.

Québécoise dans l'âme, Marie-Claire Blais demeurait une nomade et une militante convaincue de la francophonie.

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