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L’« Opération main-d’œuvre » de la CAQ reçoit un accueil mitigé en Outaouais

Une affiche "Nous embauchons" sur la devanture d'une entreprise.

Si certains applaudissent le plan d'action proposé par le gouvernement Legault pour lutter contre le manque de main-d'œuvre, d'autres soulèvent certains angles morts en Outaouais.

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

Radio-Canada

L’Opération main-d’œuvre précisée par le gouvernement Legault, mardi, reçoit un accueil mitigé en Outaouais. Si certains y voient du bon, d’autres soulignent quelques angles morts dans le plan de la Coalition Avenir Québec (CAQ) pour pallier le manque de travailleurs.

Avec son nouveau programme d’allocations et de bourses de 3,9 milliards $ sur cinq ans, le gouvernement Legault souhaite aider les Québécois à se requalifier et ainsi pourvoir 170 000 postes vacants dans des domaines stratégiques et essentiels.

Les grands secteurs d’activité ciblés par l’initiative sont la santé, l’éducation, les services de garde, la technologie de l’information, le génie et la construction.

Ces nouvelles mesures prévoient aussi une allocation équivalente au salaire minimum à temps plein pour les personnes qui n’ont actuellement pas d’emploi et qui désirent suivre une formation ou se requalifier.

Un incitatif, disent des intervenants en éducation

Pour Suzanne Tremblay, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais (SEO), l’annonce aura certainement un effet d’attraction pour la relève en enseignement, un secteur durement touché par un manque de travailleurs qualifiés.

C’est définitivement un incitatif qui va probablement amener certains à vouloir s’inscrire dans un programme d’enseignement au niveau universitaire. De ce côté-là, c’est une bonne nouvelle s’il y a plus de jeunes qui s’intéressent et qui souhaitent aller dans cette profession et qu’on les aide financièrement durant les études, dit-elle.

Suzanne Tremblay en entrevue à Radio-Canada lors d'une journée d'automne.

La présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais, Suzanne Tremblay (archives)

Photo : Radio-Canada

Un avis partagé par la rectrice de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Il y a plusieurs programmes à l’intérieur de ces grands secteurs annoncés [qui nous touchent], donc pour nous, ce sont d’excellentes nouvelles [...]. C’est vraiment un pouvoir attractif intéressant pour les étudiants. On espère que ça va permettre à quelques-uns, ou le plus possible, de maintenir des études à temps complet plutôt qu’à temps partiel. Ça va leur permettre d’avoir un appui financier important, a commenté Murielle Laberge.

Une femme en entrevue via visioconférence.

Murielle Laberge, rectrice de l'Université du Québec en Outaouais

Photo : Radio-Canada

« Plus vite ils vont faire leurs études, plus vite ils vont être sur le marché du travail. »

— Une citation de  Murielle Laberge, rectrice de l’Université du Québec en Outaouais

Peut-être que ces mesures attireront plus de candidats au programme universitaire d’enseignement, mais encore faudra-t-il pouvoir garder ces futurs enseignants dans le domaine, nuance toutefois Mme Tremblay. Selon elle, le quart des enseignants quitte la profession dans les cinq premières années d'exercice de leur profession.

Quand les jeunes arrivent sur le terrain, c’est difficile, la tâche est extrêmement lourde en enseignement et la dernière négociation n’a pas réglé tous les volets, donc est-ce que ces jeunes-là vont rester? s'interroge-t-elle.

« Oui, ça reste un incitatif qui amènera des jeunes, mais encore faudra-t-il que ces jeunes restent dans la profession. »

— Une citation de  Suzanne Tremblay, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais

Compétition avec l’Ontario

Mme Tremblay ajoute que la proximité avec l’Ontario, où les salaires sont plus élevés dans le domaine, ajoute à la complexité de la pénurie de main-d'œuvre d’enseignants en Outaouais. Même avec des incitatifs généreux, le risque demeure que des étudiants formés au Québec soient tentés d’aller travailler dans la province voisine.

Certains le font, on le sait, on est conscients de ça. C’est une réalité qu’on a en Outaouais et qui peut accentuer la pénurie que l’on a, admet-elle.

Un monde du travail en transformation

Ali Bejaoui, professeur en relations industrielles à l'Université du Québec en Outaouais, voit du bon dans l’initiative du gouvernement Legault, car, dit-il, la formation en entreprise a montré un peu ses limites et pour une fois, on entend qu’on va viser ceux qui ne travaillent pas et on va les orienter vers des secteurs stratégiques et des secteurs de services essentiels.

Est-ce que cela répondra au besoin de main-d'œuvre? M. Bejaoui n'en est toutefois pas convaincu.

Peut-être partiellement, à long terme, on va créer 170 000 emplois ou former 170 000 employés, mais je pense que ce n’est pas assez pour faire face à la pénurie ou à la rareté de la main-d'œuvre qu’on est en train de vivre, dit-il.

M. Bejaoui ajoute que le monde du travail est en pleine mutation et que les besoins en termes de compétences aussi. Un élément de plus à prendre en compte dans l’équation.

On s’entend qu’on n’est pas dans un monde de création d’emplois, on est dans un monde de transformation des emplois. Pourquoi? Avec cette tendance vers une économie numérique, non seulement les tâches se sont transformées, mais aussi les besoins de main-d'œuvre se sont transformés. Si on compare les secteurs où on est en train de perdre des emplois et là où les emplois sont créés, il y a comme un déphasage et ça demande une analyse approfondie des compétences qu’on veut développer d’abord dans cette économie.

Avec les informations de Rosalie Sinclair et Rémi Authier

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