•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Interventions controversées à Québec : le SPVQ suspend cinq policiers

Un deuxième événement impliquant l'escouade GRIPP, survenu le soir même, fait aussi l'objet d'une enquête interne. Trois policiers ont participé aux deux interventions.

Un policier est accroupi par-dessus quelqu'un de couché dans la neige.

Une vidéo de l'interpellation des policiers a beaucoup circulé sur le réseau social Snapchat.

Photo : Capture d'écran/Snapchat

Cinq policiers impliqués dans l'intervention controversée sur un jeune Noir survenue la fin de semaine dernière à Québec sont suspendus jusqu'à nouvel ordre.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) en a fait l'annonce dans un communiqué diffusé mardi après-midi.

À la suite des événements survenus dans la nuit du 26 au 27 novembre 2021 et dans le cadre de notre enquête évolutive, la direction du SPVQ tient à communiquer la décision de suspendre 5 policiers impliqués dans les événements, peut-on y lire.

Les agents ont été suspendus avec solde, comme le prévoit leur convention collective.

Les images de l'intervention en question ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux ces derniers jours. On y voit Pacifique Niyokwizera, un jeune Noir de 18 ans, roué de coups par un policier alors qu'il est au sol. Un autre agent lui projette de la neige au visage à l'aide de son pied pendant qu'il est menotté.

D'autres images de la même séquence montrent aussi des policiers avoir recours à la force pour procéder à l’immobilisation au sol d’une jeune femme qui accompagnait M. Niyokwizera.

Le tout s'est déroulé à la sortie des bars vers 3 h, dans le secteur de la Grande Allée, sous les cris et les pleurs de personnes ayant assisté à la scène.

Aucune arrestation n'aurait eu lieu à la suite des interventions et les personnes maîtrisées ont été relâchées.

Photo du jeune homme, qui a l'oeil gauche enflé et rouge. Il y a également une petite entaille sous celui-ci.

Pacifique Niyokwizera a été blessé à un oeil pendant l'intervention.

Photo : Gracieuseté

Deuxième événement, mêmes agents

Trois agents impliqués dans cet événement avaient participé à une autre intervention musclée un peu plus tôt au cours de la même soirée, a aussi confirmé le SPVQ, mardi.

À nouveau, ce sont des policiers de l'escouade GRIPP, affectée à la surveillance des bars de la ville, qui étaient chargés de l'intervention.

Elle a eu lieu vers 22 h au restaurant Portofino, dans Sainte-Foy. Comme dans le cas de Pacifique Niyokwizera, le travail des policiers a été filmé par des témoins et des images ont commencé à émerger ces dernières heures.

On y voit un homme blanc plaqué au sol et frappé à plusieurs reprises. Des débris de vitre jonchent le sol alors que l'homme maîtrisé a le visage face au plancher. Ce dernier est visiblement ensanglanté.

Des captures d'écran d'une vidéo filmant l'intervention.

Trois policiers ont été impliqués dans les deux interventions musclées survenues vendredi soir à Québec.

Photo : Capture d’écran - Facebook / Sébastien Gauthier

Une autre enquête interne a été ouverte au SPVQ pour cet événement.

Nous vous informons également qu’une deuxième enquête interne a été initiée par le Module des normes professionnelles pour une intervention dans un établissement licencié du secteur de Sainte-Foy dans la soirée du 26 novembre, indique la police de Québec.

Cette enquête sera menée distinctement des événements survenus sur Grande Allée, bien que des policiers aient été impliqués dans les deux interventions.

Un policier donne un coup de point à un homme par terre pendant qu'un autre agent le tient au sol.

Une vidéo de l'intervention des policiers au restaurant Portofino

Photo : Gracieuseté : James Hallissey-Poitras

Mercredi matin, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a aussi ordonné la tenue d'une enquête du Commissaire à la déontologie policière pour le dossier du Portofino, comme l'avait fait la veille pour l'interpellation sur Grande Allée.

Le Commissaire a désormais six mois devant lui pour analyser l'intervention. Les deux interventions seront traitées séparément.

Violence gratuite, selon l'homme maîtrisé

L'homme maîtrisé par les policiers au Portofino, Jean-Philippe St-Laurent, est convaincu d'avoir été victime de violence gratuite de la part des policiers.

Selon son récit, il était attablé avec une dizaine d'amis quand un groupe de policiers de l'escouade GRIPP est entré dans le restaurant. Il raconte que les policiers profitaient de leur visite pour vérifier les passeports vaccinaux de certains clients.

Arrivés à la table de M. St-Laurent, ils auraient voulu procéder à l'arrestation d'un des membres du groupe, sous prétexte qu'il est sous le coup d'une interdiction de fréquenter des débits de boisson. St-Laurent se serait alors interposé, plaidant que les agents n'avaient aucun motif d'intervenir dans un restaurant.

Les blessures sur le visage d'un homme à l'hôpital à la suite de l'intervention des policiers.

Les blessures sur le visage de Jean-Philippe St-Laurent qui est à l'hôpital à la suite de l'intervention des policiers au restaurant Portofino.

Photo : Gracieuseté : Jean-Philippe St-Laurent

C'est à ce moment que des policiers auraient porté leur attention vers lui.

Selon les images des caméras de surveillance, qu'il a été possible de consulter, M. St-Laurent ne s'en prend pas physiquement aux policiers, bien qu'il semble les invectiver verbalement. Soudainement, l'homme est projeté au sol et frappé à coups de poing et à coups de pied. Ce moment de l'intervention a été filmé par des caméras citoyennes.

M. St-Laurent ne s'en cache pas, il a résisté à son arrestation. Il allègue cependant l'instinct de survie et précise qu'il était sans défense, au sol et incapable de parer les coups des policiers. L'homme originaire de Montmagny s'est dit dépassé par l'agressivité des constables.

Il est sorti de l'intervention, dit-il, avec un léger traumatisme crânien, le nez cassé et des lacérations au visage.

Il a décidé de témoigner après avoir vu ce qui est arrivé à Pacifique Niyokwizera, d'autant plus que sa situation est survenue le même soir.

La Fraternité surprise des suspensions

Le syndicat des policiers s'est dit surpris des suspensions annoncées mardi par le SPVQ.

Nous assistons ici à une façon de faire qui se démarque de ce qui a pu se faire par le passé, a réagi Martine Fortier, présidente de la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec.

« Nous espérons que cette décision ne découle pas de pressions politiques, notamment de certains partis qui se sont positionnés en faveur de la suspension des policiers impliqués dès dimanche. »

— Une citation de  Martine Fortier, présidente de la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec

Mme Fortier ajoute que nos policiers ont le droit à un traitement juste et équitable, et pour ce faire, ce traitement ne doit en aucun temps avoir été influencé par une personne intéressée.

Les pressions politiques et populaires sont en effet très fortes dans ce dossier. Le premier ministre François Legault, le maire de Québec Bruno Marchand et divers politiciens ont tous affirmé vouloir faire la lumière sur les événements.

Encore mardi, Québec solidaire a réclamé une étude indépendante sur le profilage racial à Québec à la suite du cas précis de Pacifique Niyokwizera.

C’est extrêmement préoccupant, surtout quand on sait qu’il n’y a aucun policier noir sur plus de 800 agents au SPVQ. Je suis soulagé que cinq des policiers impliqués soient suspendus en attendant qu’on fasse toute la lumière sur cette interpellation, mais maintenant, il va falloir aller au fond des choses, a déclaré le député solidaire Sol Zanetti.

Avec la collaboration de Camille Carpentier et d'Alexandre Duval

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.