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CHSLD : la version de l’ex-ministre Danielle McCann contredite

Drapeau du Québec devant le CHSLD Laflèche.

Une deuxième journée d'audience a lieu mardi à Shawinigan pour l'enquête sur la première vague de COVID-19 dans les CHSLD.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

Après avoir livré ses recommandations pendant près de deux heures à l’enquête chargée de faire la lumière sur le drame qui s’est joué dans les CHSLD en raison de la COVID-19, le pdg du CIUSSS MCQ a répondu à une question pointue de la coroner.

Elle concernait la lettre datée du 28 janvier 2020, qui attestait selon l'ex-ministre de la santé, Danielle McCann, qu’elle avait demandé au réseau de se mettre en action. Or, ce qui est clair pour l’ex-ministre n’est pas aussi limpide pour le pdg.

Géhane Kamel a tendu ladite lettre à Carol Filion : Est-ce que vous avez l'impression quand vous recevez cette correspondance-là qu'on vous signale clairement ''mettez vos CHSLD en alerte''?

Après en avoir pris connaissance quelques instants, il a indiqué que, selon son interprétation, on s’adressait à son coordonnateur de sécurité civile, pour lui demander de mettre en branle les mesures d’urgences, mais il ajoute : Je ne vois pas là des actions proactives en lien avec la situation dans ce que j’ai lu [dans la lettre] .

Ces directives, selon lui, ne constituent pas une demande claire et nette de mettre en place des actions dans les centres de soins de longues durées. Pourtant, Danielle McCann avait déclaré que cette missive s'adressait à toutes les composantes du réseau, y compris les CHSLD.

La saga des rapports se poursuit, dit la coroner

La question des rapports d'inspection en CHSLD continue de préoccuper la coroner Géhane Kamel, qui préside l'enquête visant à éclaircir la crise en soins de longue durée pendant la première vague de la pandémie. La coroner a reçu certaines de ces « fameuses inspections », comme elle les appelle, mais de façon confidentielle.

En effet, Géhane Kamel a indiqué recevoir des informations anonymes, qui prennent la forme de documents exposant les suivis et les recommandations faisant suite aux inspections qui ont eu lieu dans les Centre d'hébergement et de soins de longue durée du Québec. Elle n'a pas voulu préciser de quel territoire proviennent ces informations pour ne pas mettre quiconque dans l'eau chaude, mais elle a formulé une demande claire : Si elles existent [les inspections], est-ce que ce serait possible s'il vous plaît qu'on me donne copie, dès aujourd'hui, a-t-elle ajouté.

Précédemment, Géhane Kamel a reçu des modèles de grilles vierges à remplir par les inspecteurs, mais elle cherche maintenant à mettre la main sur ces mêmes grilles dûment remplies par les inspecteurs. Elle dispose de fichiers EXCEL, qu'elle juge insuffisants, qui contiennent des données retranscrites ou rapportées par les inspecteurs.

À ce sujet, des documents sont attendus incessamment, a indiqué Me Dave Kimpton, procureur aux enquêtes, chargé d'assister Géhane Kamel. Peut-être des rapports manuscrits, a-t-il précisé. 

L'INSPQ veut faire mieux la prochaine fois

Un changement de culture sera vital en santé publique pour se préparer adéquatement à la prochaine crise, selon la plus haute dirigeante de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Et pourtant, les mécanismes qui auraient pu permettre d'atténuer les effets de la crise et éviter des décès étaient déjà existants, selon la coroner, qui estime que la santé publique aurait dû être prête à affronter la tempête.

Tout ça existait, a lancé Géhane Kamel. Après le Syndrome respiratoire aigu sévère, la H1N1, la C. difficile... qui ont nécessité des mesures de contrôle des infections, la coroner s'explique mal qu'elle doive produire un rapport avec des recommandations qui auraient déjà pu être appliquées. On va faire des recommandations sur des choses qui étaient existantes, a souligné mardi la coroner. 

Face au constat, la plus haute dirigeante de l'Institut national de santé publique du Québec, Nicole Damestoy, acquiesce. C'est triste à dire, mais ça prend des crises pour faire avancer les choses, a-t-elle déclaré au moment de livrer ses recommandations au volet national de l'enquête à Shawinigan. Si on essaye plutôt de se projeter vers l'avant, constatons les avancées, ajoute-t-elle, pour ne pas faire de recul.

Nicole Damestoy estime que pour faire mieux la prochaine fois, les acteurs impliqués devront rester sur un pied d'alerte. La plus haute dirigeante de l'Institut national de santé publique du Québec a lancé une invitation à se préparer dès maintenant pour la prochaine crise, en restant mobilisés et agiles.

On est dans la préparation de la prochaine urgence et ce n'est pas une vue de l'esprit, a-t-elle expliqué. Il y a eu une accélération des maladies à potentiel épidémique. De conserver cet état d'alerte, c'est un atout.

Préparer la prochaine crise nécessite certes du temps, des ressources et des efforts, mais cela doit être élevé au rang des priorités, selon Nicole Damestoy. Elle illustre la chose avec une image; celle d'un détecteur de fumée pour lequel il faut vérifier si les piles fonctionnent une fois de temps en temps.

« Chaque jour qui passe est un jour qui nous rapproche de la prochaine crise. »

— Une citation de  Nicole Damestoy

L'importance des systèmes d'informations et de communication

Entre mars et mai 2020, près de 8000 questions de nature scientifique sont parvenues à l'Institut par l'entremise de différents interlocuteurs.

Face à la quantité phénoménale de questions scientifiques qui arrivaient de toutes parts, l'Institut national de santé publique du Québec a dû trouver des mécanismes pour s'assurer que les réponses étaient données. 

L'Institut national de santé publique du Québec a fait des avancées majeures, des pas de géants selon sa président-directeur général dans un contexte où les systèmes étaient désuets et les données étaient instables, incomplètes et imparfaites, explique-t-elle. L'Institut national de santé publique du Québec a habituellement un mandat de surveillance avec des données fermées, qui ne bougent plus alors que la crise a mis ses experts en présence de données en constante évolution.

Nicole Damestoy estime que l'organisme qu'elle dirige a acquis l'expertise en la matière. Maintenant qu'on a bâti collectivement cette équipe d'experts, demande-t-elle, qu'est-ce qu'on fait avec? La dirigeante ne prétend pas que ce rôle revient nécessairement à l'Institut, mais elle fait valoir qu'il serait dommage de laisser le modèle s'effriter, maintenant que l'expertise a été acquise.

Avec la collaboration de Maude Montembeault (Nouvelle fenêtre)

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