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Rapport alarmant sur l’éducation des jeunes détenus en Ontario

Les mineurs y affrontent de nombreux obstacles, et l'accès à l'éducation reste limité.

Deux mains tiennent des barreaux de prison.

Selon le rapport, l'accès à l'éducation pour les jeunes détenus en Ontario est inégal, limité et secondaire.

Photo : Radio-Canada

L'Association canadienne des libertés civiles (ACLC) demande à l'Ontario de modifier la loi sur l'éducation pour obliger les conseils scolaires de la province à octroyer une éducation aux mineurs en détention. Dans une étude qu'elle a rendue publique mardi, l'association soutient que l'éducation des jeunes prisonniers dans la province est limitée et très variable d'un centre de détention à l'autre.

D'entrée de jeu, les auteurs de l'étude précisent que leur rapport n'est pas quantitatif, mais bien qualitatif et anecdotique, parce que les jeunes prisonniers qu'ils ont approchés n'ont donné leur avis que de façon volontaire.

L'ACLC s'est entretenue avec de jeunes détenus, du personnel et des enseignants des établissements de détention, ainsi qu'avec des professionnels du système judiciaire qui connaissent les établissements de détention.

Ils soulignent en outre que la situation diffère d'un établissement à l'autre en Ontario et d'une population carcérale à l'autre, selon l'origine ethnique des jeunes détenus.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce.

Le ministre de l'Éducation Stephen Lecce est en charge des programmes d'éducation en Ontario de concert avec les conseils scolaires. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Brian Morris

Leur rapport rappelle que l'éducation pour les jeunes en détention est discrétionnaire et non obligatoire en Ontario.

Dans les centres où elle est dispensée, l'éducation est toutefois un luxe et non une nécessité, selon Michael Bryant, directeur général de l'ACLC.

Les auteurs citent l'exemple d'une jeune qui n'avait droit qu'à une heure d'apprentissage par jour et à qui on allouait encore moins de temps pour discuter avec son enseignant.

M. Bryant explique que les employés des prisons font parfois preuve de bonne volonté, mais qu'ils sont ridiculisés par les conseils scolaires lorsqu'ils sollicitent une aide pédagogique.

Michael Bryant.

Le directeur de l’Association canadienne des libertés civiles, Michael Bryant, était procureur général de l'Ontario dans le gouvernement libéral de Dalton McGuinty. (Archives)

Photo : CBC/Jacqueline Hansen

Il ajoute que beaucoup de jeunes incarcérés dans la province sont traités comme des élèves de seconde classe. On leur fait croire qu'ils ne méritent pas de recevoir une éducation à cause de leur situation, selon lui.

Dans certains cas, les centres de détention juvéniles ne sont que des entrepôts humains, où la situation des jeunes prisonniers ne peut que se détériorer, faute d'accès à une éducation continue de qualité, dit-il en conférence de presse mardi à Toronto.

Les auteurs du rapport soulignent que tous les jeunes Ontariens en détention méritent que leur intérêt pour l'éducation soit encouragé.

« Dans ce pays, lorsqu'un mineur aboutit dans le système correctionnel, il incombe à notre société de lui octroyer une éducation, une scolarité et de l'espoir pour éviter que nos centres de détention juvéniles ne deviennent des institutions aux portes tournantes. »

— Une citation de  Michael Bryant, directeur général de l'Association canadienne des libertés civiles

Il est du devoir du gouvernement de s'assurer, selon eux, que ces jeunes méritent de profiter des avantages qui découlent des possibilités d'une réelle éducation pour garantir leur avenir à leur sortie de prison et éviter qu'ils ne retombent entre les mailles du système judiciaire.

Les auteurs de l'étude rappellent en outre que les mineurs en détention demeurent des individus vulnérables. La détention est déjà une punition sévère. La négligence du devoir de l'État de fournir une éducation ne devrait pas exacerber cette punition, peut-on y lire.

Plusieurs recommandations

Les auteurs du rapport relèvent des différences de culture organisationnelle, parce que certains centres de détention juvéniles traitent les jeunes comme une menace à la sécurité, plutôt que des étudiants qui méritent une réinsertion grâce à des possibilités en éducation.

Pour aggraver les choses, les preuves suggèrent que c'est particulièrement le cas lorsque la majorité des jeunes sont Noirs, écrivent-ils.

Ils reconnaissent en outre que leur rapport ne mentionne aucun témoignage de jeunes Autochtones, parce qu'aucun des jeunes qu'ils ont rencontrés ne s'est identifié comme tel.

La ministre ontarienne de la formation, des collèges et des universités, Merrilee Fullerton est devant un micro et s'adresse à la presse.

La ministre des Services à l'enfance et des Services sociaux et communautaires, Merrilee Fullerton, a la responsabilité des jeunes qui sont incarcérés en Ontario. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Vedran Leisic

Le rapport de l'Association canadienne des libertés civiles propose 19 recommandations au gouvernement, comme celle de réviser, dans un premier temps, tous les programmes d'éducation offerts en détention pour y déceler les lacunes, les disparités et les inégalités.

Les résultats de cette vérification interne devraient en outre être rendus publics.

L'étude suggère ensuite de rendre l'éducation obligatoire en détention pour les mineurs et d'étoffer le programme scolaire là où il est déjà dispensé, mais en y ajoutant par exemple des activités parascolaires.

Elle demande par ailleurs au gouvernement de faire preuve de plus de supervision, de transparence et de responsabilité, et de combattre le racisme systémique dans l'appareil judiciaire et le système correctionnel de la province.

Elle recommande enfin de colliger des données sur les jeunes Autochtones et les jeunes Noirs, qui sont les plus nombreux, selon les auteurs, à ne pas avoir accès à une éducation en détention.

Réactions du gouvernement

Dans un courriel, le bureau de la ministre Merrilee Fullerton écrit que les jeunes détenus ont accès à des programmes d'éducation par l'intermédiaire de leur conseil scolaire afin que leur apprentissage ne soit pas interrompu durant leur détention.

Il est important d'accorder tout le soutien approprié et toutes les interventions nécessaires qui répondent aux besoins uniques des mineurs en détention, mais aussi de s'assurer qu'ils répondent de leurs actes, ajoute la responsable des communications, Krystle Caputo.

Mme Caputo assure en outre que le ministère offre des programmes qui visent à développer leurs forces et leurs centres d'intérêt pour qu'ils deviennent des membres productifs de la société, lorsqu'ils sont libérés dans la communauté.

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