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Longueuil fera abattre une soixantaine de chevreuils au parc Michel-Chartrand

Une biche entre deux arbres.

Les chevreuils sont au moins cinq fois plus nombreux que ce que l'écosystème du parc Michel-Chartrand peut soutenir.

Photo : Radio-Canada

Après consultations, la Ville de Longueuil a finalement tranché : elle fera abattre une soixantaine de chevreuils au parc Michel-Chartrand.

La nouvelle mairesse de la Ville de la Rive-Sud, Catherine Fournier, a confirmé la nouvelle, lundi, au cours d’une entrevue réalisée avec Patrice Roy et diffusée au Téléjournal 18 h.

Le parc compte environ 70 chevreuils, alors que son écosystème ne peut en soutenir qu’une dizaine, a expliqué Mme Fournier.

La décision est basée sur les conclusions contenues dans le rapport de la table de concertation mise en place il y a quelques mois pour se pencher sur la problématique de la biodiversité dans ce parc de la Montérégie.

La table de concertation regroupait autant des citoyens, des experts que des scientifiques. Elle a entendu divers groupes et consulté la littérature scientifique avant de rédiger son rapport. Celui-ci sera rendu public mardi matin et mis en ligne sur le site de la Ville. Radio-Canada en a obtenu copie avant sa publication officielle.

« Toutes les possibilités ont été analysées pour assurer l’équilibre écologique du parc Michel-Chartrand. »

— Une citation de  Catherine Fournier, mairesse de Longueuil

Catherine Fournier explique que les recommandations du rapport permettront d’intervenir sur les trois facteurs qui expliquent la raison pour laquelle les milieux naturels se sont dégradés au point de ne plus pouvoir se régénérer, à savoir les effets dévastateurs de l’agrile du frêne, la propagation des espèces exotiques envahissantes et l’alimentation des cerfs de Virginie.

Catherine Fournier dans un boisé.

La mairesse de Longueuil, Catherine Fournier

Photo : Radio-Canada

Passer à l'action

Devant pareil constat, la mairesse dit devoir mettre en place des solutions à court et à long terme. On va devoir prendre des actions pour réduire immédiatement le cheptel, a-t-elle confirmé.

Concrètement, la Municipalité va d'abord capturer les animaux, puis les euthanasier. Elle fera ensuite don de la viande à des organismes communautaires. On va analyser la question de la stérilisation, a ajouté la mairesse Fournier.

Elle soutient que l’urgence est encore plus grande cette année, parce que les autorités constatent que les cerfs ont des conditions de vie vraiment déplorables. Ils sont sous-alimentés en raison notamment de leur surnombre. La surpopulation de cerfs influe également sur les autres espèces de l’écosystème, explique l’élue.

« On serait même plutôt près d’une centaine de cerfs à l’heure actuelle, d’où l’importance d’agir rapidement. »

— Une citation de  Catherine Fournier, mairesse de Longueuil

Le rapport fait aussi état de risques pour la santé et la sécurité des personnes quant à la présence d’animaux sauvages dans le parc.

Les cerfs de Virginie, en surnombre dans le parc, présentent un danger de propagation aux usagers du parc de parasites, comme la tique à pattes noires, un vecteur de la bactérie causant la maladie de Lyme, peut-on lire dans le document.

La présence de cerfs en grand nombre, qui se déplacent à l'extérieur des limites du parc, comporte aussi des risques d'accidents routiers et entraîne des dommages importants à la végétation présente sur les propriétés environnantes, écrivent les auteurs de l’étude.

Un cerf dans le boisé.

Les chevreuils de Longueuil seront abattus

Photo : Radio-Canada

Selon le rapport, le déplacement des cerfs n'a pas été retenu pour diverses raisons : taux de mortalité élevé des cerfs déplacés dans les cas étudiés, stress important que ce déménagement cause chez les bêtes, grand risque de blessures lors de la capture et du déplacement des bêtes, disponibilité et capacité limitées des lieux d'accueil, et potentiel de transmission de maladies dans les lieux d'accueil.

Des mesures concrètes

La Ville de Longueuil n’a pas fixé de date d’abattage des bêtes. La question devra être analysée en collaboration avec le comité d’éthique de l’Université de Montréal, indique la mairesse.

On ne fera rien sans avoir leur aval, leur approbation. C’est très important de bien faire les choses. On sait que c’est un dossier sensible. On veut qu’il y ait le moins de souffrance animale possible, assure Mme Fournier.

L’automne est la saison à privilégier, d'après les experts consultés par les membres de la table de concertation.

La Municipalité aura besoin de l’aide du ministère de la Faune et des Parcs dans ce dossier afin d’obtenir les permis nécessaires pour éliminer la soixantaine de cervidés.

« Si on reporte [l’opération] d’une année, malheureusement, le cheptel va être encore plus grand. »

— Une citation de  Catherine Fournier, mairesse de Longueuil

Le rapport lui donne raison : Puisque les femelles peuvent se reproduire dès leur première année de vie et produire jusqu'à trois faons par année, la situation est appelée à se détériorer de manière exponentielle si aucune action rigoureuse n'est prise à court terme.

Les cerfs n’y ont aucun prédateur et ne craignent pas la grande proximité des usagers du parc, certains les nourrissant, souligne l'étude.

Un faon caché entre les arbres.

La Ville de Longueuil dit qu'elle se penchera sur la stérilisation des cerfs de Virginie.

Photo : Radio-Canada

Les recommandations du rapport comprennent entre autres l'installation d'enclos pour empêcher les cerfs de fréquenter les secteurs à régénérer et à protéger, et la mise en place de moyens (marquage, caméras) pour comprendre les migrations des cerfs et leurs déplacements régionaux.

Il est aussi recommandé d'organiser une campagne de communication pour démontrer l’urgence et la nécessité de réduire le plus rapidement possible le nombre de cerfs dans le parc et de réduire le nombre de cerfs dans le parc à l’automne 2022 au plus tard pour atteindre la capacité de support du parc, soit entre 10 et 15 cerfs.

Maintenir le cap

Et si une levée de boucliers survenait contre l’abattage des chevreuils? Mme Fournier affirme qu’elle maintiendra le cap et procédera à l’euthanasie des bêtes afin de protéger la biodiversité du parc.

Malgré un retour à la décision initiale, Mme Fournier se dit heureuse du processus traversé. Je pense que c’est intéressant qu’on ait pu entendre différents groupes, qu’on s’assure vraiment que toutes les solutions ont été analysées, parce que l’année dernière, cela n’avait pas été communiqué de cette façon-là, dit la première magistrate de Longueuil.

Jonathan Tabarah dans un boisé.

Le conseiller municipal Jonathan Tabarah

Photo : Radio-Canada

Le conseiller municipal Jonathan Tabarah, du district Parc-Michel-Chartrand dans l'arrondissement du Vieux-Longueuil, souligne que le problème est le même dans tous les grands parcs de la Montérégie. Il y a une surpopulation due aux changements climatiques, fait-il remarquer.

Il estime que le processus indépendant entamé par la Municipalité est précurseur pour l’ensemble de la région. On sait que d’autres villes attendent le rapport, dit-il.

Il n’y a personne qui fait ça ici de gaieté de cœur. C’est fait parce que c’est la seule avenue possible. C’est la seule option viable à long terme, conclut-il.

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