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Enquête sur la pandémie en CHSLD : la coroner va appeler de nouveaux témoins

Une caméra qui filme le début des audiences.

Les audiences publiques se déroulent cette semaine au palais de justice de Shawinigan. (archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Chabot

La suite du volet national de l'enquête sur la gestion de la pandémie, qui s'est ouvert lundi à Shawinigan, a permis à la coroner de faire des mises au point et d’annoncer qu’elle allait entendre de nouveaux témoins en janvier prochain. Géhane Kamel a notamment annoncé son intention d’appeler à la barre Martin Simard, directeur de la coordination et de la sécurité civile au ministère de la Santé et des Services sociaux.

Ce changement de cap survient alors que la coroner avait demandé la semaine dernière à ce qu’on lui envoie tous les rapports des inspecteurs (Nouvelle fenêtre) qui se sont rendus dans les Centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) du Québec, après la crise constatée au CHSLD Herron situé dans l’ouest de Montréal. Cette demande faisait suite au témoignage de la sous-ministre adjointe aux Aînés, Natalie Rosebush, qui indiquait que rien n’avait été conservé.

La coroner a indiqué lundi matin avoir reçu un rapport vierge et a dit se réserver le droit d’assigner des inspecteurs à témoigner. Mme Kamel a ainsi tenu à expliquer le report du volet représentations qui devait avoir lieu cette semaine, mais qui se tiendra plutôt en janvier.

Par ailleurs, elle ne ferme pas la porte à réentendre des témoins si elle a l'impression qu'on n'a pas bouclé la boucle , expliquant vouloir s'assurer de remplir son mandat et de répondre aux questions des familles.

On n'avait pas vu venir la rapidité dans ces milieux-là

La reprise de l’enquête a permis de mettre en lumière le fait que la menace dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) a été largement sous-estimée en janvier 2020.

La stratégie était orientée vers les milieux de soins de courtes durées, les hôpitaux, mais les milieux de soins de longues durées n'étaient pas sur le radar du comité scientifique de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

On n'avait pas vu venir la rapidité [de propagation] dans ces milieux-là , concède d'entrée de jeu le Dr Jasmin Villeneuve, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec, répondant sans détour à une question de la coroner Géhane Kamel. Dès le début de la pandémie, le chef d'équipe était chargé de coordonner les activités scientifiques en matière de contrôle des infections nosocomiales, de surveillance et de prévention en milieux de soins.

Lors de son témoignage, le Dr Villeneuve a indiqué qu’au tout début de l’année 2020, l'accent était mis sur la transmission dans la communauté. Le comité scientifique a observé que les aînés formaient une clientèle particulièrement touchée fin janvier, début février.

L'expert a par ailleurs indiqué que la pandémie a mis en évidence le besoin de consolider les pratiques de prévention et contrôle des infections en soins de longues durées. L’évolution rapide des connaissances a obligé les experts à s’ajuster rapidement et de façon continue. Le Dr Villeneuve estime nécessaire et toujours d'actualité d'augmenter les ratios d'infirmières spécialisées en prévention dans les milieux de soins.

Recommander le port du masque, sans céder à la pression

Le 18 mars, l'Institut national de santé publique du Québec a recommandé le port du masque en Centre d'hébergement et de soins de longue durée en présence d’un cas confirmé dans un contexte où les quantités d'équipements étaient très limitées.

L'expert en infections n'a pas nié qu'il s'est exercé une certaine pression, compte tenu des faibles stocks.

« Dire qu'on n'a pas de pression, ce serait mentir. »

— Une citation de  Dr Jasmin Villeneuve, médecin-conseil de l'INSPQ

Il insiste néanmoins pour dire que la pression n'a pas influencé la recommandation scientifique du port du masque. Ce n'est pas à nous de gérer le stock, c'est plate à dire, mais c'est ça.

Une veille des articles scientifiques

Le témoignage du Dr Villeneuve a aussi permis d'apprendre que son comité colligeait une manne d'informations dès la fin du mois de janvier 2020. L'Institut national de santé publique du Québec a procédé à une veille d'articles scientifiques, venus de partout dans le monde. Les articles étaient classés par thèmes et catégories, puis partagés quotidiennement sous forme de liste à de nombreux acteurs du milieu. Cette liste a notamment été faite pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le Dr Villeneuve a indiqué que le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a demandé à avoir un résumé des articles répertoriés, ce qui a été fait sur une période d'environ un mois, en février 2020, avant qu'on n'y mette fin. L'exercice consommait énormément de temps et de ressources humaines, a précisé le Dr Villeneuve. Dès lors, chaque acteur était responsable d'aller chercher l'information qui lui importait.

Géhane Kamel a indiqué que la veille des articles la tracasse particulièrement.

« Ça fait partie des sujets qui m'empêchent un petit peu de dormir ces temps-ci. »

— Une citation de  Géhane Kamel, coroner

Elle a demandé à recevoir la liste des articles de la veille scientifique répertoriés en janvier, février et mars 2020, de même que la liste des destinataires.

Quatre scénarios envisagés en mars

L’Institut national de santé publique du Québec a établi quatre scénarios possibles au 9 mars 2020, allant de l’optimisme à la catastrophe. C’est ce qu’a détaillé la Dre Jocelyne Sauvé. La médecin spécialiste à l’Institut de santé publique en est à sa deuxième apparition à l’enquête.

Le premier scénario est celui qu’elle qualifie d’optimiste, voulant que le Canada allait être épargné. Je ne vous cacherai pas qu'on n'y croyait pas , a-t-elle dit. Le deuxième cas de figure prévoyait une catastrophe : une épidémie majeure avec peu de mesures de contrôle. Une troisième piste envisageait plutôt plusieurs éclosions de petites et de grandes ampleurs qu’il serait possible de contrôler. Enfin, le quatrième scénario prévoyait une épidémie avec de fortes mesures de contrôle, pour réduire considérablement le nombre de cas et de décès.

Le 9 mars, c’est tard pour établir des scénarios, a dit la coroner Géhane Kamel. La Dre Jocelyne Sauvé a estimé pour sa part qu’il semblait y avoir un bon contrôle dans les pays visés, excluant la Chine, à cette période. Les cas exportés étaient [plutôt] dans les pays limitrophes et assez bien contrôlés jusque vers la mi-avril , observe-t-elle. 

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