•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Non, Montréal ne comptera pas 250 policiers de plus en 2023

Les nouveaux effectifs promis par Valérie Plante serviront surtout à remplacer des départs à la retraite.

Deux policiers masqués font le guet le long d'une clôture.

Au 31 décembre 2020, le SPVM comptait 4507 policiers dans ses rangs.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Les effectifs policiers de Montréal n’augmenteront pas autant que ce qu’avait affirmé Valérie Plante en campagne électorale. Le sujet pourrait d’ailleurs rebondir lundi à l’Hôtel de Ville, où s’entameront les travaux du nouveau conseil municipal.

À cinq jours des élections, le 2 novembre dernier, la cheffe de Projet Montréal avait indiqué que sa promesse de recruter 250 policiers d’ici le 31 décembre 2022 représenterait un ajout net aux effectifs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Or, ces 250 embauches serviront aussi – et surtout – à remplacer des départs à la retraite, d’après les vérifications effectuées par Radio-Canada.

La différence est énorme, sachant qu'en date du 2 novembre, la Ville de Montréal chiffrait à 215 le nombre de policiers devant prendre leur retraite d’ici 2023, soit 46 d’ici la fin de 2021, et 169 en 2022.

C’est lors d’une conférence de presse pour présenter « le plan d’action pour les 100 premiers jours du nouveau mandat de Projet Montréal » que Valérie Plante avait promis d’embaucher 250 policiers d’ici la fin de 2022 : 30 d’ici la fin de l’année en cours, et 220 l’année prochaine.

Interrogée à deux reprises à savoir s’il s’agissait d’un ajout net aux effectifs du Service de police de la Ville de Montréal, la cheffe de Projet Montréal avait répondu par l’affirmative lors de la période des questions des journalistes.

Valérie Plante en conférence de presse.

La cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, a été réélue à la mairie le 7 novembre dernier.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Cette promesse faisait suite à l’engagement pris par Denis Coderre une semaine plus tôt d’embaucher rapidement 250 policiers supplémentaires en cas de victoire. Dans son cas, cependant, il s’agissait bel et bien d’une augmentation nette des effectifs du Service de police de la Ville de Montréal.

Huit jours plus tard, la cheffe de Projet Montréal prenait un engagement similaire – en apparence, du moins. De fait, tous les grands médias avaient ce jour-là relayé la promesse de Valérie Plante en l’associant à celle faite par Denis Coderre.

Sur Twitter, la Fraternité des policiers et policières de Montréal – qui avait la semaine précédente accueilli chaleureusement le plan d’Ensemble Montréal en matière de sécurité – avait salué l’engagement de Valérie Plante et de Projet Montréal de pallier le manque d’effectifs en ajoutant 250 policiers et policières à Montréal.

Or, les promesses de Valérie Plante et de Denis Coderre étaient fort différentes.

Denis Coderre en conférence de presse aux côtés d'Alan DeSousa.

Battu, Denis Coderre a quitté la direction d'Ensemble Montréal quelques jours après les élections.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Selon un document technique distribué à la presse le 25 octobre, les troupes d’Ensemble Montréal comptaient procéder à l’ouverture d’environ 250 postes […] dans les jours suivant [leur] entrée en fonction, quitte à se rendre directement au maximum prévu […] par la Loi sur la police, soit 4802 policiers.

Son cadre financier, déposé à moins de 48 heures des élections, prévoyait en outre une somme de 110 millions de dollars sur quatre ans pour financer ces nouvelles embauches. Il s’agissait d’ailleurs de sa promesse la plus onéreuse en matière de dépenses.

À l’inverse, le cadre financier de Projet Montréal, dévoilé le 29 octobre, ne prévoyait que 29 millions pour contrer la violence armée en renforçant la sécurité publique et le soutien aux groupes communautaires. Rien de spécifique concernant l’embauche de policiers supplémentaires n’était prévu dans le document. Ni dans sa plateforme électorale, d’ailleurs.

Le cadre financier de Projet Montréal estimait par ailleurs que la promesse d’Ensemble Montréal relative à l’embauche de 250 policiers de plus pourrait coûter à la Ville 120 millions de dollars sur quatre ans.

Des effectifs réels loin du plafond permis

Dans son plus récent rapport annuel, le Service de police de la Ville de Montréal chiffrait ses effectifs « réels » en date du 31 décembre 2020 à 4507 policiers, soit 295 de moins que les effectifs autorisés en fonction de la Loi sur la police.

Valérie Plante ayant assuré le 2 novembre que la cible de 220 embauches pour 2022 avait déjà été annoncée, Radio-Canada a entamé le jour même des recherches pour mieux comprendre d’où venait ce chiffre.

Dans un échange de courriels s’étant échelonné sur un peu plus de trois semaines, le service des communications de la Ville de Montréal a confirmé à Radio-Canada que le nombre d’embauches prévues en 2022 [était] actuellement de 220 recrues, alors que le nombre de départs [à la retraite] estimé [était] de 169.

Pour 2021, on prévoyait aussi 220 embauches, alors que 158 départs à la retraite étaient prévus. En date du 2 novembre, soit le jour de l’annonce de Valérie Plante, 180 policiers avaient été recrutés pour l’année en cours, alors que 112 départs à la retraite avaient été confirmés.

Une nuance importante

Réélue le 7 novembre, la mairesse Plante a ajusté le tir le 9 novembre, lors d’une entrevue à Tout un matin, sur ICI Première.

Alors quand on parle de l’embauche de policiers, ce n’est pas juste pour combler les départs à la retraite, là… On parle vraiment de 250 policiers de plus?, lui a demandé l’animateur Patrick Masbourian.

Exactement, exactement, a répondu Mme Plante. Ce qui est vraiment… En fait, ça comble une partie de ceux qui partent à la retraite, plus… On y va plus que d’habitude, justement, en sachant que les besoins sont plus importants.

Appelé à expliquer cette contradiction entre la promesse du 2 novembre et l’entrevue accordée à Tout un matin le 9 novembre, le cabinet de la mairesse s’est contenté, dans une déclaration transmise à Radio-Canada, de rappeler les cibles d’embauches de policiers de la Ville de Montréal pour 2021 et 2022, faisant valoir qu’il s’agissait d’un effort exceptionnel qui permettra de bonifier substantiellement les équipes du Service de police de la Ville de Montréal, et ce, même si chaque cohorte d’embauches couvre toujours des départs à la retraite.

Aref Salem en point de presse.

Aref Salem a promis de faire de la sécurité une priorité à la reprise des travaux du conseil municipal.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

La question du recrutement policier pourrait être soulevée lundi après-midi au conseil municipal, qui se réunira pour la première fois depuis les élections. D’autant plus qu’Aref Salem, qui a été choisi par le caucus d’Ensemble Montréal pour devenir chef de l’opposition officielle, a promis le jour de l’assermentation des élus de talonner Projet Montréal sur sa promesse d'engager 250 nouveaux policiers d'ici le 31 décembre 2022.

Nous allons être là pour nous assurer que cette embauche-là commence dès maintenant, a-t-il dit.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !