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Quelle sera l’issue des négociations sur le nucléaire iranien?

Un homme installant deux drapeaux sur pied.

Drapeaux américain et iranien

Photo : Reuters / Carlos Barria

Au fil du temps, le dossier du nucléaire iranien s’est transformé en un immense jeu d’échecs où les joueurs sont multiples et les enjeux énormes pour tous les protagonistes. L’issue des négociations qui débutent à Vienne le 29 novembre reste incertaine.

Après six mois de suspension, les pourparlers pour ressusciter l’accord sur le programme nucléaire iranien doivent reprendre de façon indirecte comme lors des séances précédentes : les États-Unis d’un côté, l’Iran de l’autre et au milieu les Européens, les Russes et les Chinois qui tenteront de rapprocher les positions.

À première vue, l’équation paraît simple. Les États-Unis-Unis lèvent les sanctions contre l’Iran et, de son côté, Téhéran honore ses engagements de limiter ses activités nucléaires conformément l’accord de 2015.

Or, les choses sont plus complexes qu’elles ne le paraissent. La multiplication des déclarations des protagonistes de ce dossier depuis plusieurs mois montre des divergences profondes qui vont au-delà de la question nucléaire.

Lorsque le président américain Joe Biden est arrivé à la Maison-Blanche, il a répété à plusieurs reprises qu’il réintégrera l’accord une fois que les Iraniens se remettront à honorer leurs engagements. La République islamique d’Iran répliquait à son tour qu’une fois que les Américains auront levé les sanctions, elle se conformera à ses engagements.

Cet échange a duré plusieurs semaines sans donner de résultats concrets.

Élargir l’accord

Après l’élection de Brahim Raïssi à la présidence de l’Iran en juin, le discours a changé de part et d’autre. Échaudés par le retrait unilatéral de Donald Trump en 2018 de l’accord (et la batterie de sanctions qui ont suivi), les Iraniens exigent désormais que Washington s’engage à ne pas se retirer de l’accord comme bon lui semble.

Autrement dit, un signataire qui veut quitter l’accord doit apporter des preuves solides qu’une autre partie a violé ledit accord.

Un missile décollant d'un navire militaire.

Un tir de missile lors d'un exercice de la marine iranienne.

Photo : AFP / Ebrahim Noroozi

Par ailleurs, Téhéran a réclamé à Washington 10 milliards de dollars de ses avoirs gelés dans des banques étrangères pour mesurer les réelles intentions américaines.

Du côté des Américains et de ses alliés, les exigences sont montées d’un cran. Depuis quelques mois, les dirigeants occidentaux ont indiqué que l’accord sur le nucléaire doit être élargi à d’autres questions.

D’une seule voix, Washington, Berlin, Londres et Paris veulent désormais discuter avec l’Iran de son programme de missiles balistiques, de ses drones ainsi que de son rôle au Moyen-Orient.

Mais le gouvernement iranien refuse catégoriquement de parler d’autre chose que du retour stricto sensu à l’accord de 2015.

Le retrait américain a changé la donne

L’accord sur le nucléaire iranien a été paraphé en 2015 à l’époque de la présidence de Barack Obama, dont le vice-président était Joe Biden, par les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Chine, la Russie et l’Iran sous le parrainage de l’ONU.

Les signataires ont confié à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) le mandat de superviser l’application de l’accord par les Iraniens.

L’Iran devait honorer ses engagements de réduire de façon draconienne ses ambitions nucléaires; en contrepartie, les sanctions économiques à son encontre auraient été progressivement levées.

L’accord a tenu à peine trois années, car depuis le retrait unilatéral de M. Trump en 2018, les signataires se sont retrouvés dans l’impasse. Aucune solution n’a été trouvée.

Au bout de quelques mois, l’Iran a commencé à se désengager progressivement des clauses de l’accord.

Des centrifugeuses dans une usine.

Cette photo publiée par l'AIEA montre des centrifugeuses à l'usine de Natanz, en Iran.

Photo : La Presse canadienne / AP/AIEA

En effet, les Iraniens enrichissent désormais l’uranium à 20 % et à 60 %, alors que l’accord limitait l’enrichissement à 3,67 %.

L'Iran dispose maintenant de 113,8 kg d’uranium enrichi à 20 %, contre 84,3 kg à la fin d'août, et de 17,7 kg d’uranium enrichi à 60 %, contre 10 kg il y a trois mois.

Selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique, la quantité d'uranium accumulée dépasse de plus de 12 fois la limite autorisée : elle était ainsi estimée au début de novembre à 2489,7 kg.

Par ailleurs, le Parlement iranien a voté une loi en mars dernier restreignant significativement les inspections des installations nucléaires par l’Agence internationale de l'énergie atomique.

Les acteurs de la scène...

Les signataires de l’accord de 2015 constituent deux blocs opposés sur la scène géopolitique mondiale. D’un côté, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France tiennent le même discours et s’opposent énergiquement au programme nucléaire iranien. Ces pays répètent qu’ils ne permettront jamais à l’Iran d’obtenir la bombe atomique. Une accusation que l’Iran rejette.

En face, les Chinois et les Russes dénoncent le retrait américain et défendent le respect par l’Iran de ses engagements.

Au moment du pic de la COVID-19, ces deux puissances ont été les seules à fournir les vaccins à l’Iran, frappé de plein fouet par la pandémie.

Sur le plan économique, la Chine et l’Iran ont signé un accord stratégique et commercial de 25 ans, dont les détails sont restés inconnus. Mais selon certaines informations, la Chine investirait jusqu’à 400 milliards de dollars en Iran dans divers secteurs. En contrepartie, la Chine aura un accès privilégié aux ressources énergétiques et au pétrole à un prix préférentiel.

Nous remercions la Chine pour ses positions et actions appréciables en ces temps de sanctions cruelles contre l'Iran, avait déclaré l’ex-ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif lors de la signature de l’accord à Téhéran, en mars 2021.

En octobre dernier, l’Iran a annoncé qu’elle négociait avec la Russie un accord similaire à celui signé avec la Chine.

Après son élection à la tête du pays, Ebrahim Raïssi a signé en septembre dernier l’adhésion de l’Iran au « groupe de Shanghai ». Membre observateur depuis 2005, l’Iran avait demandé son adhésion en 2016.

L’organisation de coopération de Shanghai, créée en 2011, est composée de la Chine, la Russie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan, de l’Inde et du Pakistan. Ce regroupement vise une collaboration sécuritaire, économique et commerciale entre ses membres.

Cette démarche de l’Iran montre clairement sa volonté de se rapprocher des voisins de l’Est et de se passer éventuellement des puissances occidentales en cas d’échec des négociations à venir.

… et les acteurs de l’arrière-scène

Le dossier du nucléaire n’intéresse pas seulement les signataires de l’accord. D’autres pays tentent d’influer sur le cours des événements.

Israël a exprimé fortement son opposition à la signature de l’accord de 2015. Ce pays soutient que les Iraniens sont proches de fabriquer une bombe atomique, ce qui mettrait en péril la propre existence d’Israël, selon son gouvernement.

Depuis l’annonce par M. Biden de sa volonté de réintégrer l’accord, un ballet diplomatique incessant a eu lieu entre les États-Unis et Israël. Plusieurs délégations israéliennes ont tenté de convaincre l’administration Biden de ne pas revenir à l’accord, au profit d'une action musclée contre l’Iran.

Une première version de cet article utilisait le terme Tel-Aviv pour désigner Israël; cette formulation a été modifiée.

Israël est accusé par le gouvernement iranien d’être à l'origine des cyberattaques contre ses centrales nucléaires, notamment une attaque qui a visé le système de distribution de carburant, et d’avoir assassiné le chef du département recherche et innovation du ministère de la Défense, Mohsen Fakhrizadeh, en 2020.

Le gouvernement israélien craint par ailleurs l’influence grandissante de l’Iran dans la région. La présence de conseillers militaires iraniens en Syrie et l’approvisionnement en missiles au Hezbollah libanais, ainsi qu’au Hamas et Djihad islamique palestinien, constituent aux yeux des Israéliens des menaces sérieuses en cas de conflit.

Depuis quelques jours les responsables militaires israéliens affirment qu’ils se préparent à une éventuelle attaque contre des installations nucléaires iraniennes.

De son côté, le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a soutenu que son gouvernement ne permettra jamais à l’Iran et ses alliés de dépasser la supériorité militaire d’Israël.

Pour leur part, les Iraniens affirment qu’ils sont capables de faire face à leurs ennemis.

En lançant les manœuvres militaires dans le détroit d’Ormuz, le porte-parole Zolfiqar-1400, l’amiral Mahmoud Moussaoui, a déclaré : L'exercice militaire sur la côte iranienne dans le golfe d'Oman a pour but de montrer la puissance militaire du pays et sa préparation pour affronter nos ennemis.

Mais Israël n’est pas le seul pays à s’opposer à l’accord nucléaire. Les monarchies du Golfe persique y sont également hostiles.

Le retrait de l’accord par Donald Trump a été favorablement accueilli par ces monarchies. Et sa résurrection les inquiète au plus haut point.

L’Iran constitue depuis plusieurs années un concurrent de taille pour l’Arabie saoudite et les Émirats, qui tentent d’asseoir leur hégémonie dans la région.

L’intervention iranienne en Syrie et l'appui aux rebelles houthis au Yémen ont mis en échec les efforts déployés par ces deux monarchies pour dominer la région. C’est aussi le cas au Liban, où l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis tentent de neutraliser le Hezbollah, allié de l'Iran.

Manœuvres militaires

Un hélicoptère lance des missiles.

L'exercice a lieu sur une zone allant de l'est du détroit d'Ormuz au nord de l'océan Indien et dans certains secteurs de la mer Rouge.

Photo : Reuters / WANA NEWS AGENCY

Parallèlement aux tractations diplomatiques en coulisses entre Téhéran, Bruxelles, Paris et Moscou, les antagonistes ont multiplié les démonstrations de force sur le terrain militaire.

En novembre, la marine israélienne a mené des manœuvres avec les Émirats arabes unis et le Bahreïn dans la mer Rouge avec la participation d’un navire de guerre américain.

Et selon la BBC, le gouvernement israélien a alloué 1,5 milliard de dollars pour préparer ses forces armées à une éventuelle frappe contre les sites nucléaires iraniens.

À la fin d'octobre, l’Iran a effectué des manœuvres militaires d’envergure à la frontière avec l’Azerbaïdjan.

Au début de novembre, les forces iraniennes ont aussi entamé des manœuvres aériennes, maritimes et de drones dans le détroit d’Ormuz et dans l’océan indien.

Ces manœuvres des différents acteurs sont autant de messages sur leurs capacités respectives en cas de conflit armé.

Minuit moins une

Rafael Mariano Grossi en conférence de presse devant le logo de l'AIEA.

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Mariano Grossi, lors d'une conférence de presse le 7 juin 2021 au sujet de la surveillance du programme nucléaire iranien.

Photo : Associated Press / Lisa Leutner

À quelques jours du début des négociations, le directeur général de l’Agence internationale de l'énergie atomique (Agence internationale de l'énergie atomique), Raphaël Grossi, s’est rendu à Téhéran pour tenter de trouver un compromis avec les autorités iraniennes. Mais aucune avancée n’a été enregistrée, selon M. Grossi.

Du côté iranien, on souligne toutefois que le travail va continuer après d'intenses efforts jusqu'au dernier moment, selon l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA).

Dans la foulée, Washington a annoncé qu’elle ne restera pas les bras croisés si Téhéran ne négocie pas de bonne foi.

S'ils décident de ne pas revenir dans l'accord, évidemment, nous allons devoir envisager d'autres moyens - diplomatiques et autres - pour tenter de faire face aux ambitions nucléaires de l'Iran, a averti l'émissaire américain Rob Malley.

Les options dont dispose l'Amérique sont, vous le savez, connues de tous, a-t-il insisté.

L’issue des négociations sera déterminante pour la région.

Les négociateurs dans ce dossier ont un lourd poids sur leurs épaules. Une victoire de la diplomatie conduira probablement à un apaisement dans la région.

En revanche, un échec des négociations pourrait conduire à l’explosion des multiples bombes à retardement, de l’Irak aux Territoires palestiniens, et du Liban aux monarchies du Golfe persique.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Al Jazeera

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