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L’Église catholique a-t-elle l’habitude de s’excuser pour ses erreurs du passé?

Le pape François assis sur un fauteuil. la tête inclinée et les mains croisées.

À plusieurs reprises depuis le début de son pontificat, le pape François a présenté des excuses au nom de l'Église catholique. (archives)

Photo : via reuters / Vatican Media

Selon plusieurs spécialistes du Vatican, le pape pourrait présenter des excuses aux Autochtones du Canada, lorsqu'il les rencontrera en décembre, pour l'implication de l'Église dans les pensionnats. Or, ce ne serait pas la première fois que le souverain pontife s'excuse pour des erreurs du passé.

Ce ne serait pas tout à fait nouveau, confirme la consultante auprès du dicastère (le ministère) pour la communication au Vatican, Romilda Ferrauto. Cette dernière rappelle que l’évêque de Rome a déjà demandé pardon plusieurs fois depuis le début de son pontificat.

À l’occasion du bicentenaire de l’indépendance du Mexique, en septembre 2021, le chef de l’Église catholique a demandé pardon aux Autochtones du pays pour le mal commis lors de la conquête espagnole, notamment par des hommes et des femmes d'Église.

Des excuses similaires avaient été prononcées par le pape François en 2015, lors de son voyage en Bolivie.

« De nombreux et de graves péchés ont été commis contre les peuples originaires de l'Amérique au nom de Dieu. »

— Une citation de  Le pape François

Le souverain pontife avait alors demandé humblement pardon [...] pour les crimes commis contre les peuples autochtones durant ce que l’on appelle la conquête de l’Amérique .

Si le pape François présente les excuses de l’Église aux peuples autochtones du Canada, il ne fera que se situer dans une tradition qui remonte à Jean-Paul II, explique Mme Ferrauto. L’ancienne responsable de la section francophone de Radio-Vatican précise que le pape polonais avait ouvert la voie des grands repentirs dans l’Église, et ce, dès 1992.

Un examen de conscience

Le 12 mars 2000, Jean-Paul II a invité l’Église tout entière à un profond examen de conscience.

Il a convoqué une grande journée du repentir avec une liturgie pénitentielle très impressionnante, très marquante, se souvient celle qui travaille au Vatican depuis 40 ans.

Le pape Jean-Paul II en 1997.

C'est sous le pontificat de Jean-Paul II que les excuses sont entrées dans la culture de l'Église catholique. (archives)

Photo : Associated Press / Andrew Medichini

À l’occasion de cette purification de la mémoire, l'évêque de Rome avait demandé que l’Église s'agenouille devant Dieu et demande pardon pour les fautes qu’elle a commises dans le passé, notamment la violence des croisades, l’Inquisition, l’esclavagisme et l’hostilité à l’égard des autres religions.

C’était un moment très fort du passage au nouveau millénaire dans le but de purifier la mémoire et de réaliser l’union, explique l'historien et auteur de plusieurs ouvrages consacrés au Vatican Jean-Baptiste Noé.

« Ça a été le moment le plus important des dernières décennies, un moment très important du pontificat de Jean-Paul II. »

— Une citation de  Jean-Baptiste Noé, historien

Pourtant, à ce moment-là, ça ne faisait pas partie de la culture de l'Église catholique de demander pardon pour le passé, note Mme Ferrauto, qui se rappelle qu'il y avait eu des réticences. Selon elle, certaines personnes s’interrogeaient sur la pertinence de demander pardon pour des fautes qui ont été commises dans le passé, par d'autres générations.

Jean-Paul II a bien signifié que, non seulement on pouvait, mais qu'il fallait demander pardon, explique-t-elle.

Après lui, Benoît XVI s’est distingué en demandant pardon aux victimes d'abus sexuels commis par des membres du clergé, notamment en Irlande, aux États-Unis et en Australie.

Le pape Benoît XVI lors de sa bénédiction urbi et orbi, place Saint-Pierre, en 2006.

Le pape Benoît XVI a suivi les traces de son prédécesseur en demandant pardon aux victimes d'abus sexuels. (archives)

Photo : ARTURO MARI

Lors de son voyage à Sydney, en juillet 2008, le pape allemand avait dit sa honte par rapport à ce mal.

Je suis vraiment profondément désolé pour la douleur et la souffrance que les victimes ont supportées, et je les assure que je partage leur souffrance, avait-il affirmé à l'époque. Les victimes doivent recevoir compassion et soin et les responsables de ces maux doivent comparaître devant la justice.

Une procédure exceptionnelle

Bien qu’il existe des précédents dans l’histoire, une demande de pardon de la part de l’Église reste une procédure exceptionnelle, indique le correspondant du journal La Croix au Vatican, Loup Besmond de Senneville.

« Des excuses peuvent être présentées par le pape s’il estime que celles des évêques sont insuffisantes ou s’il juge que des faits sont suffisamment graves. »

— Une citation de  Loup Besmond de Senneville, correspondant au Vatican du journal La Croix

Ce qui est sûr, c’est que le pape est sensible à des situations qui peuvent être dramatiques et qu’il est à même de se laisser toucher par des témoignages personnels, raconte le journaliste en référence aux victimes d'abus sexuels que le pape François a rencontrées au Vatican. Il a été touché par ces récits personnels qui l’ont engagé à agir.

Le vaticaniste affirme que s’il y a des excuses, il y a aussi une volonté de réparation qui peut conduire à des faits concrets.

Loup Besmond de Senneville ajoute que des excuses représentent le début d’un processus. C’est une étape, mais ce n'est pas une manière pour l'Église catholique de tourner la page.

Charles Le Bourgeois est journaliste à ICI Saskatchewan. Depuis 2011, il se spécialise sur les questions liées à l'Église catholique. Il a régulièrement travaillé comme journaliste au Vatican pour d’autres médias et a suivi à plusieurs reprises le pape, tant à Rome que lors de ses déplacements à travers le monde.

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