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L’Ontario n’en ferait pas assez pour nettoyer les déversements toxiques

Des wagons de train en feu.

Parmi les milliers de déversements survenus au cours des dernières années, le déraillement d’un train de pétrole à Gogama est le seul qui a été enquêté de manière indépendante par le ministère de l’Environnement.

Photo : BST

Radio-Canada

Un nouveau rapport de la vérificatrice générale de l'Ontario dresse un bilan très sombre de la façon dont le ministère de l'Environnement répond aux déversements toxiques dans la province.

Le bureau de la vérificatrice générale explique que le gouvernement ne vérifie pas de manière indépendante que les dégâts toxiques sont bel et bien nettoyés après un déversement, et se fit uniquement aux rapports et analyses de l’entité responsable du déversement.

De surcroît, le ministère de l’Environnement couvre une grande partie des coûts associés au nettoyage, au lieu de faire payer les pollueurs.

Gogama, l'exception

Le seul déversement dont le nettoyage a été vérifié de manière indépendante parmi les 73 000 déversements signalés dans la province de 2009 à 2021 est celui causé par un déraillement de train du Canadien National (CN) en 2015 à Gogama.

L'incident a causé une fuite de millions de litres de pétrole dans les cours d’eau environnants.

Il s'agit d'un des rares cas où la province a tenté de faire payer une partie des coûts de gestion et de nettoyage par le pollueur responsable du déversement, indique le rapport.

Au total, le ministère de l’Environnement a dépensé plus d’un million de dollars pour remédier à la situation, tandis que le CN a seulement déboursé 618 000 $.

L’entreprise ferroviaire a même tenté de se dérober des coûts de nettoyage en faisant appel au tribunal spécialisé en environnement.

Pour l’ancien chef des pompiers de Gogama, Mike Benson, cette répartition de la facture de nettoyage n'a pas de sens. C'est ridicule que le contribuable soit responsable de ça.

 Un pompier se tient debout derrière un camion de pompiers.

Mike Benson était chef des pompiers de Gogama en 2015.

Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

M. Benson était une des premières personnes sur place après le déraillement. Depuis des années, il critique ouvertement la façon dont le Canadien National et le gouvernement ont répondu à ce déversement.

Lorsque des reflets de pétrole ont été repérés dans la rivière Makami des années plus tard, le ministère de l’Environnement était introuvable, s'indigne-t-il.

Ils ont répété qu’ils n’avaient pas le personnel pour gérer la situation, et que de toute façon, le Canadien National allait tout nettoyer commente M. Benson.

« Comment pouvez-vous dire que vous protégez l'environnement si vous êtes assis dans votre bureau à Kenora et que le déversement est à 1 000 kilomètres de vous ?  »

— Une citation de  Mike Benson, ancien chef des pompiers de Gogama

Les entreprises responsables des dégâts comme celui de Gogama devraient payer le personnel du ministère de l’Environnement qui doit se rendre sur place pour effectuer les analyses et les vérifications requises, estime-t-il.

Les gens ne pêchent plus dans ces cours d’eau. Moi, je pêche parfois, mais je relâche mes prises, confie celui qui a été un des premiers témoins du déversement.

Ailleurs dans le Nord de l’Ontario

Le rapport de la vérificatrice générale fait également mention du déraillement de train Ontario Northland en 2016 près de Kirkland Lake, qui a causé un déversement d’un concentré de cuivre et de zinc dans une rivière locale.

L'intervention du ministère de l'Environnement dans cet incident a coûté quelque 14 000 $ aux contribuables.

Le rapport souligne également des incohérences dans la documentation des efforts de nettoyage.

Par exemple, lorsque 20 000 litres d’essence ont été déversés à Englehart après un accident routier sur la route 11 en 2018, le nettoyage a duré près de deux ans, mais le ministère ne documente que deux semaines de travail.

Des pompiers devant des véhicules accidentés desquels s'élève de la fumée.

Plusieurs pompiers ont combattu l'incendie qui s'est déclaré à la suite d'un accident en 2018.

Photo : Police provinciale de l'Ontario

Le rapport répertorie également des milliers de déversements signalés dans le Nord de l'Ontario au cours des dernières années, certains étaient une contamination à grande échelle des terres et de l'eau, d'autres étaient de petites quantités de gaz rejetées dans le cadre normal des opérations industrielles.

Du côté de l’usine de pâte et papier de Domtar a Espanola, 128 déversements ont été signalés au cours des dernières années.

La responsable des relations publiques de l’entreprise, Bonny Skene, explique que les petites émissions de gaz non toxiques font partie du processus de fabrication du papier.

L'entrée des installation de la papetière Domtar à Espanola.

L'usine de Domtar à Espanola.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

Elle dit que les normes environnementales de l'industrie ont changé en 2016, entraînant le signalement de plus petites émissions comme déversements, mais elle affirme que l’entreprise s’efforce de couper ces émissions de moitié d’ici la fin de 2021.

Le ministère de l'Environnement, de la Conservation et des Parcs de l'Ontario a refusé une demande d’entrevue de CBC.

Une porte-parole a toutefois fourni une réponse écrite réitérant la mission et les valeurs du ministère de l’Environnement, tout en précisant que le gouvernement s’engage à s’améliorer continuellement pour traiter les déversements de manière opportune, efficace et transparente.

Nous explorons également des moyens d’améliorer notre système de pénalités environnementales, et d’avoir plus de contraventions liées aux dégâts environnementaux, précise le courriel.

Avec les informations d'Erik White de CBC

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