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Comment P.J. Akeeagok entrevoit-il son mandat comme premier ministre du Nunavut?

Le premier ministre à l'Assemblée législative du Nunavut.

Élu le 17 novembre, P.J. Akeeagok est le sixième premier ministre du Nunavut.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Après avoir été élu premier ministre, Pauloosie Joseph (P.J.) Akeeagok a pris possession de son tout premier bureau à l’Assemblée législative du Nunavut et, du même coup, de la pile de dossiers compliqués qui l’attendent pour les quatre prochaines années.

Quelques jours après son élection, le 17 novembre, P.J. Akeeagok affirme avoir encore du mal à réaliser qu’il a été élu. C'est lors de quelques heures de temps libre avec ses enfants, dimanche, qu’il a pris conscience de sa nouvelle réalité.

J’avais reçu des messages de plus de 300 personnes pour me féliciter, dit-il. Je suis très honoré.

Avant de faire le saut en politique, P.J. Akeeagok a dirigé pendant sept ans l’Association inuit de Qikiqtani, qui représente les Inuit de l’est du Nunavut, et a travaillé pour l’organisme territorial inuit Nunavut Tunngavik Inc.

Âgé de 37 ans, il est le plus jeune premier ministre actuellement en poste au Canada, mais il arrive en deuxième position des plus jeunes premiers ministres du Nunavut, derrière Paul Okalik.

Né à Grise Fiord, la communauté la plus septentrionale du Canada, P.J. Akeeagok réside aujourd’hui à Iqaluit avec sa femme et ses trois enfants, âgés de 12, 9 et 6 ans.

ICI Grand Nord s’est entretenu avec le nouveau premier ministre environ une semaine après son élection.

Q. Sur quels dossiers comptez-vous vous pencher en priorité?

R. De toute évidence, le logement est un enjeu qui interpelle tous les élus. Cela étant dit, nous établirons le mandat qui dictera les solutions concrètes que nous tenterons d’implanter au cours des quatre prochaines années.

Le logement est responsable d'un grand nombre de problèmes partout au territoire. Les soins aux aînés et les services à la petite enfance en sont d’autres exemples. J'ai très hâte de travailler avec tous les membres pour définir à quoi ressembleront ces prochaines étapes.

Des maisons sur pilotis à Iqaluit, au Nunavut.

Plus d'un Inuit sur deux vivait en 2016 dans un logement surpeuplé au Nunavut, selon Statistique Canada.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Q. Le secteur minier est la plus importante industrie du territoire. Or, en vertu de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, l’entièreté des redevances minières revient aux organisations inuit. Considérant qu’environ 80 % des revenus du territoire proviennent de transferts fédéraux, pourquoi jugez-vous maintenant être en meilleure posture pour surmonter les défis du Nunavut?

R. Une chose est claire : toutes les mines se trouvent sur des terres appartenant aux Inuit. Le processus de réglementation décrit dans l'Accord sur les revendications territoriales du Nunavut est le fruit de vastes consultations.

Au gouvernement, je devrai travailler avec mes nouveaux collègues du Cabinet pour déterminer quelle sera notre position. Il est important de noter que l'exploitation minière crée de nombreuses occasions d’emplois dans les communautés, mais elle entraîne aussi plusieurs problèmes dont nous avons entendu parler.

Q. Quelles sont les options du territoire en matière de développement économique?

R. C’est une question importante sur laquelle j’ai été amené à me pencher durant mon mandat à la présidence de QIA. La diversification de l’économie est un sujet auquel j’ai toujours voulu m’attaquer.

On ne peut pas mettre tous nos œufs dans le même panier. Tout le monde ne désire pas forcément travailler pour le gouvernement du Nunavut, dans une mine, ou encore devenir un gardien du territoire. J’ai donc toujours été d’avis qu’il faut créer des occasions d’affaires au sein d’industries durables comme celle des pêches.

En tant que gouvernement entrant, nous devons faire notre part pour explorer les possibilités de diversification économique, qu'il s'agisse d'une économie fondée sur la conservation, d’une économie bleue ou des industries extractives.

Des petits bateaux et des chaloupes sur lesquelles un moteur est accroché à l'arrière sont sur l'eau et s'approchent d'une rive rocheuse.

P.J. Akeeagok suggère de diversifier l'économie du Nunavut en développant des industries durables, comme celle des pêches.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Q. Le territoire parviendra-t-il à atteindre ses objectifs dans son mode de fonctionnement actuel?

R. J’ai bon espoir que nous serons capables de nous attaquer à certains défis importants. Je pense que nous savons tous que les traumatismes intergénérationnels et systémiques sont à l’origine de ces problèmes. La crise du logement les alimente aussi. C'est donc le travail du gouvernement de décider quels investissements doivent être faits.

Je suis vraiment fier des députés qui ont été élus et plus encore de ceux qui constituent le Cabinet. Je pense que c’est un très bon mélange d’habitués et de passionnés qui m’emballe énormément.

Q. La dévolution est-elle la solution pour surmonter les défis auxquels fait face le Nunavut?

R. Absolument. La dévolution est la prochaine étape pour le territoire, donc j’ai très hâte de travailler avec NTI [Nunavut Tunngavik Inc., NDLR] et le gouvernement fédéral à ce sujet.

Un accord de principe a déjà été signé pour fixer les paramètres, mais la dévolution établira la manière dont le territoire assumera ces responsabilités. Les décisions qui touchent le Nunavut doivent être prises par les Nunavummiut. Personne, à Ottawa, ne devrait prendre de décisions sur notre avenir.

Je pense que nous avons beaucoup évolué depuis la signature de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, en 1993, et depuis 1999, l’année de la première législature.

Toutes les expériences que nous avons me rendent optimiste quant à la prochaine étape pour le territoire.

Qu’est-ce que la dévolution?

La dévolution désigne le transfert des pouvoirs qu’exerce Ottawa sur les terres de la Couronne et les ressources du territoire au gouvernement du Nunavut. Ce processus donne ainsi la pleine gestion du développement et de l’utilisation de ces terres et de ces ressources au gouvernement territorial.

Un drapeau du Nunavut flotte dans le vent devant une montagne enneigée.

Le gouvernement du Nunavut souhaite obtenir pleine gestion des terres de la Couronne et de ses ressources.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Q. Comment comptez-vous améliorer les relations avec l’organisme Nunavut Tunngavik Inc. (NTI)?

R. Le partenariat est la clé, et l’a toujours été, pour faire avancer des initiatives importantes. Je m’estime chanceux d’avoir une très bonne relation avec la présidente de Nunavut Tunngavik Inc., Mme Kotierk.

Le lendemain de l’élection, je me suis assuré que notre première conversation téléphonique soit très constructive et ouverte. Je l’ai déjà rencontrée en personne pour voir comment nous pouvons avancer nos objectifs communs.

Même si nous comprenons que nous aurons des divergences d’opinions quant aux priorités que nous voulons faire avancer [...] je vois une véritable occasion de faire avancer des initiatives importantes.

Le logement est un bon exemple. C’est un intérêt commun, puisque nous souhaitons offrir un meilleur accès à des logements abordables et construire davantage de logements à travers le territoire.

Aluki Kotierk assise à son bureau.

La présidente de l'association territoriale inuit, Nunavut Tunngavik Inc., Aluki Kotierk

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

Q. Le gouvernement du Nunavut et les organisations inuit du territoire ont plusieurs priorités communes, mais ils semblent parfois agir comme des gouvernements parallèles. Comment percevez-vous cette dynamique?

R. Nous avons des rôles distincts. Le rôle de Nunavut Tunngavik Inc. est très précis; il s’agit de représenter les intérêts des Inuit, qui forment ici la majeure partie de la population. Pour le gouvernement, c’est une occasion de collaborer. Le partenariat peut être la clé pour faire avancer nos intérêts communs.

J’ai très hâte de travailler de près avec Nunavut Tunngavik Inc.[...] pour faire front commun à Ottawa et dans les communautés. Il y a une occasion d'élaborer une approche unifiée.

NDLR : P.J. Akeeagok a répondu aux questions de Radio-Canada en anglais. Ses réponses ont été traduites et adaptées pour faciliter la lecture.

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