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Le désespoir des migrants, un marché juteux pour les passeurs professionnels

Des hommes entassés sur un bateau gonflable lèvent les bras dans les airs.

Un groupe de 40 migrants sur un seul bateau gonflable pour traverser la Manche, le 24 novembre 2021.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

Agence France-Presse

Visés par les autorités après le drame qui a coûté la vie à 27 migrants mercredi dans la Manche, les passeurs actifs sur le littoral dans le nord de la France se sont professionnalisés pour profiter d'un marché lucratif, qui semble inépuisable.

Pas moins de 30 filières ont été démantelées en France sur les dix premiers mois de l'année, selon le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin. Contre 22 sur toute l'année 2020, selon une source proche des enquêtes sur les passeurs.

Et depuis le 1er janvier, 1500 personnes liées à ces réseaux ont été arrêtées, précise le ministre. Il s'agit cependant souvent de petites mains, chargées par exemple d'acheminer des bateaux sur la plage avant une traversée.

Le marché semble inépuisable. Au 20 novembre, 31 500 migrants avaient quitté les côtes françaises pour le Royaume-Uni depuis le début de l'année.

Les passeurs fonctionnent comme des organisations mafieuses internationales avec des pratiques proches du grand banditisme ou des terroristes, a assuré M. Darmanin jeudi sur les ondes de RTL, évoquant notamment l'utilisation de téléphones cryptés.

Selon la source proche des enquêtes, certains sont désormais équipés d'armes à feu, sur un marché où les méthodes, comme la concurrence, sont rudes.

Les filières non professionnalisées sont de toute façon rapidement démantelées, ajoute-t-elle.

Signe de leur dangerosité, l'unité d'élite de la police française et la brigade antigang ont récemment été mobilisées lors de l'interpellation d'une quinzaine de membres d'une filière composée de Kurdes irakiens, de Roumains, de Pakistanais et de Vietnamiens.

Il s'agissait d'un réseau de criminels bien endurcis et organisés, avait expliqué à l'AFP Xavier Delrieu, le chef de l'organisme chargé de lutter contre ces trafics.

Traverser, mais à quel prix?

Les passeurs sont évidemment attirés par les bénéfices qu'ils peuvent tirer des mises à la mer de bateaux fragiles souvent surchargés de migrants désespérés. Le tarif d'une traversée? Quelques milliers d'euros par personne, dit M. Darmanin. Mais difficile d'être plus précis.

La mairesse de Calais, dans le nord du pays, Natacha Bouchart, avance le chiffre maximum de 7000 euros par passage, soit près de 10 000 $ CA. Le réseau récemment démantelé faisait quant à lui payer 6000 euros. Et pour François Guennoc, président de l'association l'Auberge des migrants, les tarifs, en baisse, tournent plutôt autour de 2000 euros par passagers, ce qui équivaut à un peu moins de 3000 $ CA.

Les trafiquants n'ont aucune difficulté à trouver des clients. Il est très facile pour les passeurs de s'introduire dans les campements pour y faire leur marché, explique le préfet du Pas-de-Calais, Louis Le Franc.

Des personnes se réchauffent près d'un feu entourés de tentes et de biens.

Des migrants autour d'un feu dans un camp à Dunkerque, en France, le 25 novembre 2021

Photo : Getty Images / Kiran Ridley

Après le naufrage de mercredi, ces boss ont dit qu'ils allaient faire profil bas quelques jours, affirme Armat, un Irakien de 28 ans, qui patiente dans un camp de Grande-Synthe après avoir versé 3500 euros.

Les filières se sont organisées pour acheminer les embarcations, qui ne serviront souvent que pour une traversée. Ces bateaux gonflables de piètre qualité, probablement fabriqués en Asie, sont vendus 1000 $ pièce sur Internet. Un profit énorme quand des dizaines de migrants peuvent y être entassés, au péril de leurs vies.

Mais des bateaux sont aussi achetés en argent comptant en Allemagne, a affirmé Gérald Darmanin. Nous avons demandé au gouvernement allemand de pouvoir interdire cela, a-t-il précisé.

Selon la source proche des enquêtes, l'Allemagne apparaît désormais comme une base des passeurs. Ils s'y mettent au vert, estime-t-elle, jugeant difficile la coopération avec Berlin.

Un passeur interpellé le jour de la tragédie avait, selon M. Darmanin, une plaque d'immatriculation allemande. Et il avait acheté des zodiacs en Allemagne.

Sur un certain nombre de dossiers, on a soit des personnes de nationalité allemande soit des véhicules allemands, confirme le procureur Guirec Le Bras. Mais on peut avoir aussi des arrivées de Hollande ou de Belgique.

Faute d'une collaboration suffisamment fluide entre capitales, cette dimension internationale complique les enquêtes. À charge pour les ministres européens de l'Intérieur qui se réuniront dimanche à Calais de tenter de trouver des solutions.

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