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La réalité des garderies du Grand Nord

Une femme supervise un jeune enfant dans une garderie.

Au Nunavut et aux Territoires du Nord-Ouest, les places en garderies se font rares, surtout en garderie francophone, et la pénurie de personnel est monnaie courante.

Photo : CBC / Kieran Oudshoorn

Si de nombreux provinces et territoires canadiens, dont le Yukon, ont signé des ententes avec Ottawa pour mettre en place un système de garderies abordables; aux Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, les coûts pour avoir accès à un tel service restent exorbitants, et la pénurie de personnel n’arrange pas les choses.

Dans le discours du Trône de 2021, la gouverneure générale Mary Simon a déclaré que le gouvernement fédéral continuera de collaborer avec les deux territoires nordiques pour satisfaire à leur besoin en termes de garde d’enfants, tout en notant des défis uniques en matière d’infrastructure.

En attendant d’arriver à des accords pour des garderies à 10 $ par jour, les parents doivent donc prévoir de grosses sommes d’argent dans leur budget annuel pour s'acquitter des frais de garderie pour leurs enfants.

C’est le cas d’Isabelle de Grandpré. Ses deux enfants, âgés de 16 mois et de 3 ans, fréquentent une garderie en milieu familial à Yellowknife.

Chaque mois, son conjoint et elle doivent se délester de 1100 $ par enfant. À la fin de l’année, la garderie leur revient à plus de 26 000 $.

Mme de Grandpré se dit néanmoins chanceuse. Ayant déménagé du Québec aux Territoires du Nord-Ouest pour son travail, la mère de famille dit pouvoir compter sur un très bon salaire.

« On a la chance d’être capable de payer la garderie. C’est sûr que c’est une considération à prendre en compte quand on veut faire des enfants parce que c’est assez dispendieux. »

— Une citation de  Isabelle de Grandpré, mère de deux enfants à Yellowknife
Enseigne sur un édifice en bois avec le nom de la garderie et un dessin de cheval.

Le Yukon a signé un accord avec Ottawa pour la mise en place de frais de garderie de 10$ par jour.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Selon Statistique Canada, le revenu total moyen des ménages aux Territoires du Nord-Ouest en 2015 était de 134 794 $. Mme de Grandpré reconnaît pourtant volontiers que de nombreux parents au territoire n’ont pas la chance de toucher cette somme.

C’est sûr que ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’avoir de bons salaires. Alors, pour les gens qui ont des salaires dans la moyenne canadienne, c’est vraiment difficile de payer les frais de garde, ça c’est certain.

Elle se réjouit aussi que, dès l’année prochaine, son enfant le plus âgé entre en prématernelle, ce qui permettra à la famille d'économiser un an de frais de garderie, avant l‘entrée officielle à l’école, gratuite, l’année suivante.

Des garderies gratuites?

Au Yukon, le système de garderie à 10 $ par jour a été mis en place au printemps dernier. Au même moment, ces dernières sont passées sous l’égide du ministère de l’Éducation. Auparavant, elles étaient gérées par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Une petite fille sourit.

Dans une garderie Carcross au Yukon.

Photo : CBC / Max Leighton

Une aberration enfin rectifiée, que trouvait incompréhensible la directrice de l’Association Franco-Yukonnaises (AFY), Isabelle Salesse. Cette ancienne directrice de crèche considère que les garderies sont un service d’éducation et qu’à ce sens elles devraient donc être gratuites.

On a le Partenariat communautaire en éducation (PCÉ) qui, depuis 1999 [sur le site de la Commission scolaire francophone, la date mentionnée est 1998], met en avant un continuum en éducation de la petite enfance à la mort. Si on veut être cohérent avec ce concept-là, pourquoi les parents d’un enfant de 2 ans doivent payer pour avoir accès à un service d’éducation et que rendus à 4 ans, ils n’ont plus besoin de payer?

De meilleures conditions de travail pour les éducatrices

Même si elle louange le partenariat qu’a tissé le Yukon avec Ottawa, Isabelle Salesse note tout de même des défis persistants tels que le manque de places en garderie ainsi que la pénurie de main-d'œuvre dans le monde de la petite enfance.

C’est ce dernier qui est le problème central, selon Aglaë Thibaudeau, la directrice générale de la garderie francophone Les Petits Nanooks, à Iqaluit. Elle pense que cela est lié au fait que le travail des éducatrices et éducateurs en petite enfance n’est pas reconnu à sa juste valeur.

Le local principal de la garderie Les Petits Nanooks d'Iqaluit, qui sera démolie avant d'être agrandie.

La garderie Les Petits Nanooks d'Iqaluit a été démolie pour être agrandie. Elle se trouve de façon temporaire dans l'École des Trois-Soleils.

Photo : Photo fournie par Johannie Bouchard

C'est positif de vouloir offrir aux familles un service de qualité d'éducation préscolaire à leur enfant, mais plutôt que d'investir dans la formation de perfectionnement aux éducateurs(trices), il faudrait penser à offrir de meilleures conditions de travail ainsi qu'un salaire compétitif pour garder les éducateurs(trices) à l'emploi, explique-t-elle dans un courriel.

Mme Thibaudeau précise pourtant que ce problème se retrouve à l’échelle du pays. Au Québec, en ce moment, de nombreuses éducatrices à la petite enfance sont d’ailleurs en grève, entre autres, pour dénoncer leurs conditions salariales.

« Imaginez le défi pour une petite garderie francophone au Nunavut, comme la nôtre en situation minoritaire. »

— Une citation de  Aglaë Thibaudeau, directrice générale, garderie francophone Les Petits Nanooks

À ce jour, en plus des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, seules les provinces de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick n’ont pas encore signé d’accord pour les garderies à 10 $ par jour.

Avec des informations de Claudiane Samson et Matisse Harvey

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