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Climat : « D’échec en échec », dit le commissaire à l’environnement du Canada

Jerry DeMarco s'adresse aux médias devant une rangée de drapeaux.

Trente ans d’engagements fédéraux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre au Canada se résument à un échec, déplore le commissaire à l’environnement.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) au Canada ont augmenté de plus de 20 % depuis 1990, et ce, en dépit des engagements pris par le gouvernement fédéral depuis 30 ans, selon un rapport du commissaire à l’environnement et au développement durable destiné aux parlementaires, publié jeudi.

Le Canada a déjà été un chef de file dans la lutte contre les changements climatiques. Toutefois, après une série d’occasions ratées, il est désormais le pays avec la pire performance de toutes les nations du G7 depuis l’adoption de l’historique Accord de Paris sur les changements climatiques en 2015, fustige le commissaire Jerry V. DeMarco dans le document, qu’il a commenté jeudi après-midi en conférence de presse.

« Ce n’est pas une grande épopée des plus brillants exploits, c’est aller d’échec en échec. »

— Une citation de  Jerry V. DeMarco, commissaire à l’environnement du Canada
Autoroute effondrée.

Voici ce qu'il reste d'une partie de l'autoroute Transcanadienne près de Port aux Basques, à Terre-Neuve, après les pluies torrentielles de cette semaine.

Photo : Radio-Canada / Héloïse Rodriguez-Qizilbash

Le commissaire à l’environnement s’est dit cependant optimiste pour la suite des choses, au regard des nouvelles propositions environnementales des pouvoirs publics. Selon lui, nous avons du temps pour faire des progrès et améliorer nos résultats.

M. DeMarco souligne que, cette semaine seulement, trois provinces canadiennes ont été aux prises avec des événements problématiques liés au climat : la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador.

Le Canada doit donc tout mettre en œuvre pour atteindre ses nouvelles cibles de réduction de gaz à effet de serre, dit-il, soit une réduction des émissions de 40 % à 45 %, par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030, et la carboneutralité d’ici 2050.

Guilbeault et Wilkinson sur la défensive

Les conclusions du rapport portent sur les gouvernements libéraux et conservateurs précédents, mais aussi sur le gouvernement Trudeau actuel.

Les ministres de l’Environnement et des Ressources naturelles, Steven Guilbeault et Jonathan Wilkinson, ont rapidement réagi à la publication du rapport par un communiqué en soutenant que le gouvernement du Canada a, peu après l'arrivée des libéraux en 2015, travaillé à ralentir, arrêter et inverser cette tendance à la hausse des émissions.

Depuis 2016, le gouvernement du Canada a engagé plus de 100 milliards de dollars pour lutter contre les changements climatiques et protéger l’environnement, font-ils valoir, et que le travail n’est pas terminé.

Nous sommes convaincus d’avoir jeté les bases, notamment en mettant en place l’un des programmes de tarification de la pollution et de remise les plus rigoureux au monde, pour que la lutte contre les changements climatiques menée par le Canada passe à un niveau supérieur, avancent-ils.

Déçu du fonds de réduction des émissions

Dans la catégorie des programmes que le commissaire à l'environnement qualifie de décevants, de la conception à la mise en œuvre, figure le Programme côtier et infracôtier du Fonds de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Lancé en pleine pandémie afin de soutenir les travailleurs du secteur pétrolier tout en réduisant les émissions de GES, le programme en question avait été doté d’une enveloppe de 675 millions qui visait à subventionner les initiatives vertes de l’industrie pétrolière et gazière.

Mais le commissaire conclut dans son rapport que le programme a été mal conçu par Ressources naturelles Canada, notamment parce qu’il a accordé une aide financière à des entreprises sans considérer leurs émissions nettes de gaz à effet de serre. Par exemple, certaines sociétés avaient indiqué dans leur demande qu’elles augmenteraient leurs niveaux de production, explique le commissaire, ce qui va à l’encontre de la réduction de GES recherchée par le gouvernement.

Le commissaire va même jusqu'à qualifier le Fonds de réduction des émissions de subvention aux combustibles fossiles, du moins pour les parties non remboursables et leur financement sans intérêt.

Sur son site, Ressources naturelles Canada affirme pour sa part que les derniers résultats du programme sont encourageants et dit s’attendre à une réduction des émissions de l’ordre de 4,6 mégatonnes de GES 12 mois après la réalisation de quelque 80 projets totalisant 134 millions en soutien financier.

Le pétrole en question

L’industrie pétrolière, toujours en pleine expansion, note M. DeMarco, constitue le plus grand émetteur de gaz à effet de serre du pays, avec 26 % du total des émissions canadiennes en 2019, soit cinq mégatonnes de plus que le secteur des transports.

Représentant 5,3 % du produit intérieur brut canadien en 2019 – 7,8 % si l’on tient compte de ses contributions indirectes –, l’industrie pétrolière et gazière équivalait également à 23 % des exportations canadiennes et contribuait à l’emploi direct de 176 500 personnes, alors que 422 500 personnes occupaient un emploi lié à l’industrie de façon indirecte.

L’importance indéniable du secteur pour l’économie canadienne explique pourquoi des politiques climatiques gouvernementales réellement ambitieuses se heurtent à la résistance de divers intérêts industriels puissants, juge M. DeMarco.

Signe du laxisme fédéral, le gouvernement traite notamment de façon évasive ses données concernant les subventions accordées à la production des combustibles fossiles, indique le document.

Nos rapports de 2017 et de 2019 ont révélé que les évaluations canadiennes réalisées pour recenser les subventions fiscales inefficaces aux combustibles fossiles n’étaient pas exhaustives et que le ministère [des Finances] n’avait pas clairement défini ce qui constituait une mesure fiscale inefficace, peut-on y lire.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a promis pendant la dernière campagne électorale de devancer de 2025 à 2023 son engagement au G20 d’éliminer les subventions à l’industrie des combustibles fossiles.

L’engagement pris par le Canada, et par le G20 dans son ensemble à l’horizon 2025, concerne justement l’élimination des subventions inefficaces aux énergies fossiles. La suppression de ces subventions a également fait l’objet de promesses lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26), qui s’est tenue à Glasgow en novembre.

Avec des informations de Joëlle Girard

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