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Stress et emplois manqués : la longue attente de la citoyenneté canadienne

Près de 200 000 résidents permanents patientent pour devenir citoyens canadiens en raison de longs retards causés, selon Immigration Canada, par la pandémie.

Deux hommes devant la neige.

Sébastien Couturier et son fils attendent leur citoyenneté canadienne depuis de longs mois. Ils n'ont aucune nouvelle de la part d'Immigration Canada, qui a accumulé les retards depuis le début de la pandémie.

Photo : Gracieuseté : Sébastien Couturier

L'Ô Canada doit attendre. Encore et encore. Cet hymne national, des milliers d’immigrants aimeraient pourtant l’entonner, mais rien n’y fait. L’attente s’éternise.

C’est fatigant, dit Mohammad Khalil en soupirant.

Arrivé en 2015 au Canada avec sa femme et leurs quatre filles, ce père de famille originaire de l’île Maurice paraît désespéré par ces délais et le manque d’informations de la part d’Immigration Canada.

« Devenir canadiens, c’est notre rêve. C’est très important pour nous. On a quitté notre pays pour s’établir ici. »

— Une citation de  Mohammad Khalil

Résident permanent depuis plusieurs années, Mohammad Khalil a envoyé tous les documents nécessaires pour obtenir la citoyenneté canadienne en mars 2019. En novembre de la même année, la famille a passé et réussi l’examen de citoyenneté.

Mais depuis, silence radio du côté du gouvernement fédéral.

[Après l’examen], l’agent d’immigration m’a dit que, d’ici trois mois, on aura une réponse pour être "cédulé" pour la cérémonie de citoyenneté. Malheureusement, il y a eu la pandémie, raconte Mohammad Khalil.

Ce délai est d’ailleurs officiellement mentionné sur le site Internet d’Immigration Canada.

C’est vraiment un stress psychologique, ajoute-t-il. C’est indéterminé, on ne sait pas quand on va avoir cette cérémonie.

Deux personnes assises dans un fauteuil.

Mohammad Khalil et sa femme Reshma sont originaires de l'île Maurice. Ils ont réussi leur examen de citoyenneté fin 2019 et attendent leur cérémonie.

Photo : Radio-Canada

Comment devient-on citoyen canadien?

Pour devenir citoyens canadiens, les immigrants doivent remplir plusieurs critères. Dans un premier temps, ils doivent obtenir une résidence permanente. Le délai varie notamment s’ils vivent au Québec, qui a son propre système de sélection, ou dans le reste du Canada. Par la suite, ils doivent avoir été physiquement présents au Canada au moins 1095 jours, soit 3 ans, au cours des cinq années précédant leur demande. Une connaissance du français ou de l’anglais est également exigée, tout comme la réussite d’un examen qui évoque notamment les droits et responsabilités des Canadiens, mais aussi l’histoire, la géographie, l’économie et les lois du pays. Une cérémonie de citoyenneté, comprenant une prestation de serment, est ensuite organisée.

Des conséquences importantes

Adeline Menon vit une situation similaire. Établie à Toronto, la jeune femme, originaire de France, patiente elle aussi depuis plus de deux ans. Pis encore : elle n’a jamais été convoquée pour l’examen de citoyenneté.

Nous sommes nombreux à nous sentir démunis, abandonnés et sans recours, lâche-t-elle.

« Je vis très mal cette attente. C'est beaucoup de stress, car on ne sait pas quand on va recevoir une convocation, un courriel ou autre pour le test. »

— Une citation de  Adeline Menon

Si la citoyenneté donne accès au droit de vote et au passeport canadien, elle permet également de postuler à certains postes fédéraux qui ne peuvent être occupés par des résidents permanents ou des travailleurs temporaires.

Pour moi, c’est important [d’avoir cette citoyenneté]. J’aimerais avoir accès à des postes gouvernementaux, souligne Mohammad Khalil, qui travaille actuellement dans la fonction publique.

Entrer dans les Forces armées canadiennes, par exemple, exige d'avoir la citoyenneté canadienne. Le fils de Sébastien Couturier, qui vit à Québec depuis plus de huit ans, en rêve.

Il a projeté à la fin de son secondaire d’entrer dans les Forces armées canadiennes. Il a passé les tests de préentrée, mais il est bloqué, car on n’a pas eu la cérémonie et le certificat de citoyenneté, regrette ce Français d’origine.

Malgré plusieurs discussions avec les responsables de l’armée, Sébastien Couturier a dû se rendre à l’évidence : On m’a confirmé que mon fils n’a pas le choix. Il doit être citoyen canadien au moment d’entrer au centre de formation.

« Mon fils a arrêté ses études. Il se projetait, pensait aller dans l’armée rapidement... Je suis inquiet pour mon garçon. Je ne veux pas qu’il se démoralise, qu'il abandonne son projet et qu’il ne sache plus quoi faire. »

— Une citation de  Sébastien Couturier
La jeune femme regarde au loin.

Adeline Menon vit en Ontario. Elle a envoyé sa demande de citoyenneté en août 2019.

Photo : Gracieuseté : Adeline Menon

Examens et cérémonies virtuels en cours

Mohammad Khalil, Adeline Menon, Sébastien Couturier et leur famille ne sont pas les seuls, loin de là.

C’est devenu une préoccupation importante, explique l’avocate Stéphanie Valois, présidente de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI), qui déplore ces délais exponentiels.

« C’est l’incertitude complète. Cette problématique est devenue de plus en plus importante ces derniers mois, et c’est extrêmement difficile pour toutes ces personnes en attente, car la communication avec Immigration Canada n’est pas simple. »

— Une citation de  Stéphanie Valois, présidente de l’AQAADI

Selon des chiffres fournis par Immigration Canada, plus de 116 000 immigrants attendent actuellement de pouvoir passer leur examen de citoyenneté, et près de 78 000 personnes qui ont réussi ce test patientent pour l’ultime étape : la prestation de serment.

Environ la moitié de ces candidats à la citoyenneté résident en Ontario.

Devant cette incertitude, de nombreux immigrants hésitent à quitter le pays. Un ancien client a dû retourner en Europe pour s’occuper de sa mère. Il a manqué une convocation. Il est ensuite revenu, mais depuis des mois, il n’a plus aucune nouvelle. Il attend donc pour aller visiter ses parents âgés, dit Stéphanie Valois en soupirant.

Un sentiment partagé par Adeline Menon, qui vient de donner naissance à un jeune Canadien, mais qui n’a pas vu sa famille depuis bientôt deux ans. Elle assure avoir, elle aussi, une crainte de voyager par peur d’un message d’Immigration Canada et de ne pas être dans le pays à ce moment-là.

Une capture d'écran du site d'IRCC.

Le ministère fédéral de l'Immigration traite actuellement les demandes de citoyenneté qui ont été envoyées durant l'été 2019.

Photo :  Capture d’écran / IRCC

Retards de traitement

Le ministère fédéral de l’Immigration reconnaît sur son site Internet qu'il y a des retards de traitement [...] en raison de la COVID-19. Immigration Canada indique également qu'il analyse en ce moment les demandes reçues en août 2019, soit il y a plus de deux ans.

« De nombreux bureaux d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada [IRCC] au Canada et dans le monde entier ont été fermés pendant de longues périodes, entraînant des retards dans le traitement des dossiers et une multitude d’autres problèmes. »

— Une citation de  Un porte-parole d’IRCC

Immigration Canada affirme néanmoins, dans un échange de courriels avec Radio-Canada, avoir fait beaucoup de chemin depuis le début de la pandémie. Par exemple, près de 10 000 cérémonies de citoyenneté ont été organisées virtuellement entre avril 2020 et juillet 2021, mentionne-t-on.

Un examen de citoyenneté en ligne a également été créé en novembre 2020, précise-t-on. Des milliers de personnes qui souhaitent devenir citoyens canadiens ont désormais effectué leur examen en ligne, souligne un porte-parole, tout en ajoutant qu’une nouvelle plateforme numérique de pointe devrait voir le jour.

« Les examens en ligne, les événements virtuels et les assermentations par visioconférence demeurent les options préconisées. »

— Une citation de  Un porte-parole d’IRCC

Immigration Canada précise néanmoins être en processus de réinstaurer les services de citoyenneté en présentiel, particulièrement pour ceux ayant besoin d'accommodement spécial.

Avec la collaboration d’Élyse Allard

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