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Analyse

Trudeau l’impatient

Le premier ministre Justin Trudeau est assis près de la gouverneure générale, Mary Simon, qui prononce le discours du Trône.

Le discours du Trône reflète l'état d'esprit d'un gouvernement Trudeau qui sent qu'il a les coudées franches.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Quand on lit les 3000 mots du discours du Trône, mais surtout quand on lit entre les lignes, on sent que le gouvernement Trudeau est impatient.

Impatience d’avancer rapidement sur SES dossiers prioritaires, mais de le faire à SA façon, sans trop se soucier, pour le moment, de sa situation minoritaire.

Quand Justin Trudeau regarde autour de lui, il voit une opposition à Ottawa qui a peu de pouvoir de négociation. Et des premiers ministres des provinces (notamment en Ontario, au Québec et en Alberta) aux prises avec leurs propres difficultés internes.

Ce paysage politique, au début du troisième mandat de Justin Trudeau, ressemble à une occasion à saisir, afin d'accélérer et de tenter de sécuriser son héritage. Le discours du Trône de mardi est sa feuille de route pour y parvenir, en espérant rencontrer le moins d’obstacles possible.

Pas de perche tendue à l’opposition

Les libéraux sentent qu’ils ont les coudées franches aux Communes pour les 18 à 24 prochains mois. Puisque tous les partis d’opposition ont dénoncé la tenue d’élections inutiles cet été, le gouvernement est convaincu qu’aucun adversaire ne prendra le risque de faire tomber le gouvernement rapidement, par crainte de provoquer la colère de l’électorat.

Cette conviction se reflète dans le discours du Trône, qui semble avoir été écrit par un gouvernement majoritaire. Il y a peu de tentatives, sinon aucune, de courtiser les partis d’opposition. Par exemple : les conservateurs auraient voulu plus d’indications que les libéraux vont mieux contrôler les dépenses et plus de mesures concrètes pour s’attaquer à l’inflation, mais ce n’est pas dans les cartons.

Le Bloc québécois souhaitait un langage plus clair sur l'augmentation des transferts en santé; le gouvernement Trudeau ne fait pas de promesse.

Le NPD espérait voir certaines parties chouchous de leur programme mentionnées, comme l’assurance médicaments universelle. C’était dans les discours du Trône de 2019 et 2020, mais pas dans celui de cette semaine.

Le mirage d’une alliance entre libéraux et néo-démocrates semble donc s’être évaporé. Le seul qui continue à l’évoquer, c’est Erin O’Toole, qui démonise une entente qui n’existe pas, peut-être pour détourner l’attention de ses propres problèmes concernant la vaccination des membres de son caucus.

Pas de promesses aux provinces

Le discours est plutôt court, mais il parle fort dans ses silences, notamment en ce qui a trait aux enjeux qui touchent les provinces.

Ottawa se défile sur l’augmentation des transferts en santé réclamée par les provinces, en affirmant que le gouvernement travaillera avec elles afin d’obtenir des résultats.

Ottawa refile la question de l’interdiction des armes de poing aux provinces et aux villes, en soulignant qu’il leur donnera les moyens de le faire.

Ottawa se faufile, en évitant de parler des normes nationales sur les soins de longue durée, alors que son intention est claire depuis le début de la pandémie.

Ce faisant, Justin Trudeau fait attention de ne pas attaquer directement les provinces. Mais il est conscient que sur ce front, il est aussi en position de force.

Doug Ford se prépare à des élections au printemps et se soucie de la remontée du Parti libéral de l’Ontario. En Alberta, Jason Kenney fait face à une forte opposition interne au sein du Parti conservateur uni. Au Québec, François Legault aussi se prépare pour les élections, avec le spectre de la COVID-19 dans les CHSLD qui le rattrape.

Justin Trudeau peut donc diviser pour mieux régner. Il a négocié des ententes bilatérales avec les provinces dans le dossier des garderies. Il avait fait la même chose dans le domaine de la santé en 2016. Tout indique qu’il pourrait utiliser la même méthode pour des normes nationales sur les soins de longue durée.

En mode « héritage »

Depuis le dernier discours du Trône, il s’est écoulé 14 mois et des élections fédérales, qui devaient remettre à jour les priorités des Canadiens. Or, le message dans le discours lu par Mary May Simon est sensiblement le même que celui lu par Julie Payette l’an dernier.

Pourtant, le contexte économique a changé. L’économie, au ralenti en 2020, reprend du poil de la bête et c’est l’inflation qui cause maintenant des maux de tête aux ménages. Un sujet que le discours du Trône mentionne, mais sans avancer de solutions concrètes.

Malgré ce changement de contexte, Justin Trudeau garde le cap sur ses priorités.

Au bureau du premier ministre, on confie que le discours du Trône est le point de départ de changements générationnels que le gouvernement libéral veut accomplir. Notamment sur les changements climatiques, les garderies, la santé et la réconciliation avec les peuples autochtones.

La fin de la pandémie devient pour son équipe une occasion à saisir, avec en poche la preuve que le gouvernement peut agir vite quand c’est nécessaire.

Le discours du Trône donne donc l’impression d’un Justin Trudeau pressé, en début de troisième mandat, qui a décidé de se concentrer sur la façon de faire sa marque comme premier ministre.

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