•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La deuxième vie qui commence lorsque la politique s’arrête

L'ex-conseiller Nicole Bergeron admire le coucher de soleil.

Après plus de 20 ans consacrés à la politique municipale, deux ex-conseillères à Sherbrooke se tournent maintenant vers de nouveaux projets.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Lundi 22 novembre à Sherbrooke, les membres du nouveau conseil municipal sont animés d’une grande fébrilité alors qu’ils se préparent à siéger. Pendant qu’ils sont réunis en comité plénier, Nicole Bergeron respire le grand air en déambulant au Marché de la gare. Pour la première fois en une vingtaine d’années, son lundi lui appartient. « J’ai manqué beaucoup de couchers de soleil dans ma vie parce que les rencontres se faisaient souvent le soir. Ce que je me promets de faire, c’est d’être plus souvent active et à l’extérieur. »

Nicole Bergeron tout comme Chantal L’Espérance ont tiré cette année un trait sur leur carrière politique après respectivement 22 et 23 ans de service à la population. Habitées par une certaine impression de vide, elles se sentent néanmoins prêtes à écrire une nouvelle page de leur vie.

Âgée de 63 ans, Nicole Bergeron a commencé sa carrière politique comme conseillère dans l’ancienne municipalité de Bromptonville. Au fil des ans, elle a occupé de nombreuses fonctions au sein de l’appareil municipal avant d’être, lors de son dernier mandat, présidente du comité exécutif.

Aujourd’hui, mon agenda est complètement libre. Le lundi, c’était la plus longue journée, souvent de 12 heures et plus [de travail]. [Ce matin] je me suis dit : "Aujourd’hui, ça marque vraiment l’étape [de la retraite] d’une façon très formelle".

L'ancienne conseillère Nicole Bergeron devant le lac des Nations.

L'ancienne conseillère Nicole Bergeron compte faire plus de plein air maintenant qu'elle est libre de son temps.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Même si elle a une pensée pour les élus en ce jour de conseil, on sent qu’elle est sereine face à la décision qu’elle a prise, il y a quatre ans. En 2017, c'était clair pour moi que ce serait mon dernier tour de piste. J’ai dit à mon conjoint : "C’est la dernière fois que tu poses des pancartes électorales".

« C'est sûr qu’il y a comme un pincement au cœur et de l’émotion, [mais] c’était la bonne décision et je n’ai aucun regret. »

— Une citation de  Nicole Bergeron

C’est en juin dernier que Chantal L’Espérance a pour sa part annoncé, d’abord à son mari qui était son directeur de campagne, qu’elle ne solliciterait pas un nouveau mandat au poste de conseillère du district du Lac-des-Nations. C’est un cadeau que je lui ai fait pour ses 75 ans à la fin du mois de mai dernier. Je lui ai dit : "Tu n’auras pas de campagne électorale à faire". Il était très content, s'exclame-t-elle en riant.

L'ancienne conseillère Chantal L'Espérance devant sa maison.

Chantal L'Espérance compte continuer à s'impliquer dans son milieu, même si elle vient de prendre sa retraite du monde municipal.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Âgée de 67 ans, Chantal L’Espérance aurait eu 71 ans au terme d’un septième mandat consécutif. Le temps était venu de passer à autre chose, même si elle a encore visiblement la politique dans la peau. D’ailleurs, celle qui affiche la plus longue longévité à l’Hôtel de Ville pour une femme vit une période de sevrage politique. Oui, j’y ai pensé [que c’était jour de conseil]. Mais en même temps, je n’ai pas eu de lecture qui précède le conseil à faire en fin de semaine, dit-elle avec le sourire.

Être conseillère, c’est travailler sans compter les heures. La charge de travail peut être énorme, surtout lorsqu’on siège à plusieurs comités. C’est aussi être souvent absent de la maison, avec peu de temps à consacrer à la famille et aux amis.

« La vie passe vite. Beaucoup de gens autour de moi ont été malades et n’ont pas pu profiter de leur retraite parce qu’ils l’ont prise trop tard. »

— Une citation de  Chantal L'Espérance

Mais celle qui aimait la frénésie des campagnes électorales avoue que cela lui a manqué d’aller à la rencontre des électeurs lors de la dernière campagne. Elle a toutefois mis son grain de sel en prodiguant des conseils à quelques candidats indépendants. Je suis bien avec mon choix, mais c’est sûr que c’est des deuils, précise-t-elle.

Ravies de voir la place des femmes à la Ville

Lorsque vient le moment de revenir sur les résultats des élections du 7 novembre dernier, Nicole Bergeron se montre réservée dans ses commentaires. D’emblée, elle se dit surprise de voir que Sherbrooke citoyen a pu faire élire autant de candidats. Après l’expérience du Renouveau sherbrookois de Bernard Sévigny, elle croyait que les électeurs préféreraient un conseil municipal sans parti. Elle salue toutefois le fait que, pour la première fois, une majorité de femmes aient été élues.

Comme femme en politique, je ne peux que me réjouir. D’ailleurs, ma mère [Gisèle Bergeron] a été la première femme conseillère municipale à Bromptonville. Je suis la nièce d’Estelle Gobeil, une grande Estrienne. J’ai baigné dans un univers où les femmes prenaient leur place et exerçaient des rôles dans lesquels on n'était pas nécessairement habitué à les voir.

Nicole Bergeron.

Nicole Bergeron se réjouit de ce que le conseil soit majoritairement féminin, mais se désole du faible taux de participation aux dernières élections municipales.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Chantal L’Espérance est aussi ravie de la tournure des événements. J’aurais rêvé être dans un conseil majoritairement féminin et dans un exécutif entièrement féminin aussi. Je fais partie de celles qui ont fait éclater des plafonds de verre au fil des années. Je suis ingénieure. Quand j’ai fait mon cours, on était 7 femmes sur 300 dans notre cohorte, souligne-t-elle avec fierté.

Sans qu’elles le réalisent, leur implication politique a ouvert la voie aux nombreuses femmes qui ont été élues au début du mois. Lorsque Chantal L’Espérance est arrivée en 1998, il y avait parité sous le maire Jean Perrault avec un conseil composé de six conseillers et six conseillères. Ça ne s’était pratiquement jamais vu dans une ville de la taille de Sherbrooke. On avait fait la manchette à travers le Canada, souligne celle qui a siégé dans les comités exécutifs des trois maires précédents.

Ce qui chagrine toutefois Nicole Bergeron, c’est le faible taux de participation de 43 %. Je trouvais que, dans cette élection, il y avait du choix dans tous les districts, des candidats en nombre suffisant à la mairie. J’ai encore beaucoup de difficulté à m'expliquer ce qui fait qu'en 2021, il y a si peu de gens qui ne prennent pas quelques minutes pour aller voter.

Retrouver du temps pour soi

Les deux nouvelles retraitées se donnent un peu de temps pour apprécier ce nouveau rythme de vie et bien meubler leurs journées.

Je ne réalise pas tant que ça que je suis à la retraite, mais ça va venir, surtout quand je vais tomber dans mes projets personnels, précise Chantal L’Espérance. Elle a des projets d’écriture, de voyages. Elle compte aussi se remettre au piano. Celle qui a occupé de nombreuses fonctions à l’Hôtel de Ville reste engagée dans plusieurs organisations culturelles, comme Le Rendez-vous d’Howard et le Off Festival des harmonies.

chantal l'esperance assise à son piano.

La conseillère sortante et nouvelle retraitée Chantal L'Espérance compte s'accorder du temps pour écrire et pour se remettre au piano.

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

Nicole Bergeron souhaite, quant à elle, poursuivre sa découverte des parcs nationaux du Canada et des États-Unis, pour y faire de la randonnée ou du ski. Elle ne ferme pas la porte à un travail à temps partiel qui lui permettrait de continuer à aller à la rencontre des gens.

Mais dans l’immédiat, tant Nicole Bergeron que Chantal L’Espérance comptent profiter des petits moments, spécialement en cette première journée loin du conseil municipal.

Je vais arriver à la maison et je vais cuisiner avec mon chum, dit la première. On va prendre le temps de s'asseoir ensemble. Même si j’ai travaillé pendant un an et demi en virtuel de la maison, j’étais dans la maison, mais pas vraiment dans la maison. On va se réapproprier notre espace de vie et un petit peu de temps de qualité pour pouvoir commencer une conversation, mais aussi pour pouvoir la finir.

Je ne regarde pas le conseil ce soir, assure Chantal L’Espérance même si la curiosité d’y jeter un œil semble forte. Je vais faire un bon souper [avec mon mari]. Ma fille va venir nous rejoindre. Je vais plutôt jaser avec eux autres. [Mais] c'est bien possible que je retourne le voir en différé et que je regarde les bouts qui m'intéressent.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !